Petit navire
 
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 A - Alja Minkovic

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« L’homme est le seul animal qui en fait souffrir d’autres sans autre but que celui-là. »
Arthur Schopenhauer

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MessageSujet: A - Alja Minkovic   Sam 22 Oct - 16:37

Alja Minkovic
FT. MICHELLE TRACHTENBERG
On peut faire de mauvaises actions pour de bonnes raisons

 
NÉE LE 10/07/1991 À SREBRENICA, BOSNIE-ET-HERZEGOVINE Ϟ 25 ANS Ϟ PRAYER OF INSANITY
ASSISTANTE D'HELENA COLES Ϟ CÉLIBATAIRE

 
Just an other psycho
Décrit le caractère de ton personnage en un minimum de 25 lignes pleines.

  Si Alja était une couleur ce serait sûrement le violet. Entre chaud et froid. Meilleure alliée ou meilleure ennemie. Sa naïveté apporte une vision différente du monde et ce n'est pas pour autant qu'elle manque d'intelligence. Bien au contraire, elle sait se protéger et user de ruse pour se défaire des situations désavantageuses. Il faut dire que ses antécédents n'ont fait que renforcer son adaptabilité et son jugement face aux circonstances auxquelles elle doit faire face. Son sens de l'observation lui à souvent rendu bien des services. Cependant, sa curiosité et sa franchise lui ont souvent porté préjudice. C'est encore assez récent mais la jeune femme à développé une certaine facilité à cerner les motivations de ses semblables. Ayant pris conscience de la nature des êtres humains, Alja comprend plus aisément leurs comportements. Ce n'est pas toujours évident pour Alja de contrôler ses émotions. Impulsive et instable, elle est parfois éprise de crises de colère parfois violente. Pourtant, ce n'est pas une bagarreuse. Déjà parce qu'elle ne sait tout bonnement pas se battre, de plus elle n'aime pas la violence. Même si elle tolère et qu'il lui arrive d'avoir recourt à elle, ça reste une chose très déplaisante pour la jeune femme qui ne se reconnaît pas là-dedans. Plus jeune, c'était une fille très compliquée. Elle ne parlait pas, n'extériorisait rien. Il faut croire les ces dernières années on débloqué son côté obscur. Alja a passé pratiquement deux ans à se faire rabaisser, humilier, maltraiter. Malgré tout ce qu'elle a enduré, ce qu'elle a dû traversé, elle reste intègre et attachée à ses principes. Lorsqu'on sait lui parler, Alja peut rapidement devenir une amie loyale et dévouée. Peu importe les risques que cela induit.



Nous recevons ce témoignage dans le cadre de l'enquête de la disparition de mademoiselle Alja Minkovic.

Se présente au bureau de Police madame Esma Sulvic, qui déclare :
Je me nomme Esma Sulvic,
Je suis née le 22 mai 1957 à Zenica,
J'habite au 503 à Gostilj,
J'exerce la profession d'enseignante.

- Qui êtes-vous pour Alja ?
- Mon mari et moi étions sa famille d'accueil. Enfin l'une de ses familles d'accueil. Nous l'avons eu quand elle avait douze ans et jusqu'à ses quinze ans.

- Étiez-vous proche d'Alja ?
- Alja était une fille plutôt discrète, réservée. Elle ne parlait jamais de ce qu'elle ressentait. C'était difficile de savoir ce qu'elle pensait, si elle était heureuse ou malheureuse. J'en ai vu des enfants différents, mais elle fait partie de ceux que je n'ai jamais compris. Des enfants si fermés sur eux-mêmes qu'ils semblent ne pas vivre leur propre vie. Ils assistent à celle des autres. Alja était comme ça. Alors difficile de dire si nous étions proches. J'essayais de m'intéresser à elle, à ses goûts, mais je ne sais pas si elle me considérait comme un poids, une amie ou une mère.

- A-t-elle déjà disparu sous votre garde ?
- Ah ça... c'est même la raison pour laquelle nous avons dû nous séparer d'elle. Et après cet échec, nous n'avons plus repris d'enfant. J'ignore où elle partait, mais ça lui arrivait de ne pas rentrer les soirs et de se réveiller tout de même dans son lit le matin. Parfois ses escapades duraient deux voire trois jours. Nous étions sans nouvelles. Mon mari a même dû faire poser des barreaux à sa fenêtre et mettre un verrou à la porte de sa chambre... Ça devenait n'importe quoi. Et lorsqu'on lui demandait où elle allait, ce qu'elle faisait, nous n'avions que son silence insolent en réponse.

- Avait-elle des amis, des loisirs ?
- Alja était très solitaire. Je croyais au début qu'elle n'arrivait pas à se faire d'amis. Mais à l'école je voyais bien que ce n'était pas le problème. Les autres enfants allaient vers elle. Mais Alja restait fermée. Je crois qu'elle ne les trouvait pas intéressants. Les autres l'ennuyaient. C'était une enfant difficile à intéresser dans les activités. Quelles soient sportives ou simplement ludiques. Les activités de groupes n'étaient pas pour elle. Pourtant, en classe, Alja était avide de savoir. Elle était attentive et captivée. Même si ses résultats n'ont jamais été très bons, au moins ce qu'elle apprenait et ce qu'elle décidait de retenir l'intéressait. Nous n'avions pas d'Internet à la maison, alors elle passait beaucoup de temps à la bibliothèque et au cybercafé de Srebrenica.

- Avait-elle un petit ami ou une mauvaise fréquentation ?
- Ce n'était pas une fille intéressée par les sentiments. C'était un peu le contraire du stéréotype de l'adolescente princesse avec romances et paillettes. Elle était plutôt garçon manqué. Lorsque des enfants s'en prenait à elle, Alja n'hésitait pas à les provoquer en retour. Il lui est déjà arrivée d'être mêlée à des bagarres. Même si frapper en premier n'était pas son genre, elle n'avait pas la présence d'esprit de désamorcer les conflits et sauter les deux pieds dedans. Alors ses fréquentations n'étaient pas les plus calmes et sages des enfants, c'est sûr. À son âge, elle se laissait entraîner dans les mauvais coups mais n'a jamais été influencée. C'est peut-être ce qui me faisait peur chez Alja : elle avait conscience des choses mal qu'elle faisait. Mais ça ne lui posait pas de problèmes. Il faut dire que le cadre de vie à Srebrenica n'est pas des plus enchanteurs pour les enfants. Bien qu'elle était encore toute petite, je me doute que les événements qui ont frappé cette ville ont dû laisser des marques.

- Pensez-vous qu'elle aurait des problèmes psychologiques dû à son enfance et à son environnement ?
- Je sais que sa première famille d'accueil n'était pas exemplaire. Ils prenaient des enfants à charge seulement pour l'argent. Les services sociaux nous avaient prévenus que son premier père avait été très violent avec elle. Mais elle a toujours refusé de nous en parler. Même à la police, elle n'en avait pas parlé. Les marques sur son corps avaient parlé pour elle, mais personne ne sait ce qui lui est vraiment arrivé dans cette famille. À cela ajoutez l'environnement... Je me doute qu'Alja ne doit pas être très équilibrée. On avait essayé de lui faire voir un psychologue, mais elle a toujours refusé avec véhémence. Ça n'a jamais été productif.

- Avez-vous autre chose à ajouter ?
- Alja n'est pas une mauvaise personne. Elle a juste besoin de trouver quelqu'un qui lui permettra de s'ouvrir au monde. Peut-être l'a-t-elle trouvé, cette personne qui lui fera le déclic. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave en tout cas. Cette gamine mérite de trouver le bonheur.

Après avoir relu sa déposition, madame Sulvic persiste et signe.


When you look at me
Décrit le physique de ton personnage en un minimum de 10 lignes pleines.

  Alja n'est pas particulièrement grande. Une taille ne dépassant pas les 1m65. Son poids est également dans la moyenne, ce qui lui dessine des formes harmonieuses et sans grande extravagance. Ce n'est pas une sportive, mais la jeune femme n'a jamais eu réellement de mal à se maintenir en forme. L'opulence n'a jamais été son milieu. Alja arbore de longs cheveux bruns raides qu'elle porte le plus souvent détachés. Ses yeux bleus sont grands et lumineux. Ils sont un vecteur incorrigible pour ses émotions. Le regard intense et expressif est aussi changeant que peut l'être l'humeur d'une femme. Ses lèvres très dessinées lui ajoutent un air coquet et innocent qui, ajouté à la clarté de sa peau, lui redonne un air d'enfant. Le sourire d'Alja est assez communicatif. Même si son rire est discret, ce sourire rayonne. La jeune femme n'a pas de tatouage ni de piercing particulier. Au-delà du peu d'intérêt qu'elle peut donner à ces personnalisation du corps, elle ne se complaît pas à penser à ce qu'elle ne peut obtenir. Cela se voit dans sa façon de s'habiller. Alja ne cherche pas à exprimer sa personnalité à travers ses tenues. L'aspect visuel n'est pas essentiel à son sens. Il lui plairait bien d'avoir de belles robes, de belles vestes, de beaux bijoux, mais elle s'habille plus souvent de simples chemisiers ou de hauts unis avec une veste en faux cuir et de jeans ou pantalons en tissu. Au moins, Alja peut aisément passer inaperçu et se mêler à la foule. Bien que forte de son caractère, c'est une femme qui aime être discrète. N'être remarquée que lorsqu'elle le veut. Attirer les regards, l'attention, ce n'est pas pour elle. Pouvoir disparaître, être oubliée, c'est un atout qu'elle souhaite garder. Même si quand l'occasion s'y prête, Alja n'est pas la dernière à se parer de ses plus beaux atours.


Miscellaneous
Alja parle correctement anglais mais avec un accent bosniaque marqué ϟ Sujette à des crises d'angoisse et de colère ϟ Loyale, elle est difficilement corruptible mais pas infaillible si on a le bon moyen de pression ϟ Alja ne supporte plus l'enfermement, elle a des tendances claustrophobes ϟ Alja n'est pas très au fait des lois te des règlement, elle a un côté anarchique et décalé par rapport aux mœurs américaines ϟ Alja n'est pas une mauvaise personne, mais elle fait ce qui doit être fait pour son bien et celui de ceux qu'elle considère comme ses proches.
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MessageSujet: Re: A - Alja Minkovic   Mar 25 Oct - 8:50

Live & let it die
L'histoire de ton personnage. Format libre. 40 lignes pleines minimum ! (un bref résumé est disponible à la fin, ne vous spoilez pas si vous comptez tout lire Wink )

Elles n'étaient pas moins d'une dizaine. Dans l'ombre, entassées sur des paillasses superposées. Il faisait sombre. Dans l'air virevoltaient les particules de poussière qui barraient le rayon de lumière que dessinaient les lampes torche. « Dole, brzo i mirno ! » De leurs expiration émanaient des nuages de buée s'évanouissant dans l'air humide de la nuit. Une à une, elles descendaient du camion. Vêtues sobrement de tee-shirt et de jogging bon marché. Les yeux vagues. C'est là que je la vis pour la première fois. « Postroje uza zid. » Elles s'exécutèrent, dans le silence de leurs tremblements et des sanglots étouffés, elles s'alignèrent. Des cigarettes s'allument et des rires éclatent dans la moiteur de la nuit. Pour eux, ceci n'est qu'une routine. Pour elles, c'est la dernière ligne droite avant la fin. Qui s'est déjà mis à leur place ? Ne serait-ce qu'un instant ? Personne. Depuis ces cinq ans où je suis tombé dans les griffes de Rodvic, jamais je n'ai fait preuve d'empathie à leur égard. Ces filles étaient si naïves... L'argent peut aisément vous faire fermer les yeux quand vous mettez votre humanité de côté. « Turquie, Californie, Mexique, Turquie, Floride... » S'enchaînent les destinations et mes hommes s'occupent au dispatche. C'est une étape importante. Certaines sont vouées à la prostitution, d'autres à la vente. L'Europe aimait acheter en choisissant parmi notre sélection. D'autres continents, comme les États-Unis, aimaient passer commande. Savoir ce qu'ils auront. Il n'y avait pas de nom, pas de pseudonyme. Elle, je devais simplement la faire transiter en Californie. « ...Californie. » État qui serait ma destination. J'allais conduire ces deux jeunes filles sur le Nouveau Monde. Elle avait l'air perdue et terrifiée. Mais dans son regard persistait cette détermination de se concentrer sur ce qui se passait. Un sourire se dessine sur mes lèvres et je la force à croiser mon regard en étreignant sa petite mâchoire de ma main. « En voiture, et bonne route à tous. » Les équipes se réorganisèrent en un éclair et voilà la cargaison en route vers les différentes destinations données. La plupart des filles viennent d'autres pays et ne parlent même pas la langue. Rameutées depuis le fin fond de l'Europe de l'Est, pauvres et asservies ou arrachées à leur vie pour servir celle d'un autre, on leur laisse rarement le choix. Certains faucheurs aiment leur promettre qu'elles travailleront dans de grands hôtels, garderont des enfants ou encore deviendront mannequins. Pour les commandes, ils préféreront une approche plus personnelle. J'étais curieux de savoir comment elle était tombée dans nos filets. Embarquées dans le van, je laissai mon collègue conduire et m'installais à l'avant. Il me fallait faire un rapport du dispatche à Rodvic. Il aimait être au courant de tout ce qui se passait.

J'ignorais ce qui allait advenir de moi, mais les pires images me venaient à l'esprit comme une énumération de toutes les possibilités qui allaient se présenter. La chance ne m'a jamais pris sous son aile, et encore aujourd'hui, ça reste vrai. Cela faisait cinq jours que je ne voyais plus la lumière du soleil. Depuis que ces hommes se sont jetés sur moi et m'ont embarquée... Ils m'ont d'abord frappée, puis droguée pour que je cesse de me débattre. Ils attendaient les oiseaux, ceux qui m’emmèneraient là où je devais me trouver. Je ne comprenais rien. Sans famille, sans travail fixe, je n'avais pas d'argent à échanger contre ma vie. Ça n'avait rien d'une demande de rançon... Leur silence s'abatis finalement et je n'entendis plus que quelques murmures. Le noir total comme seule compagnie les jours suivants. « Dommage qu'on ne puisse pas en profiter un peu avant le départ... » Articula l'un des hommes en me prenant par le bras pour me forcer à me lever. Peut-être pensait-il que je ne comprenais pas l'anglais... Son regard était si explicite que même dans une langue inconnue j'aurais compris ce qu'il attendait. Je me contentais de suivre les déplacements qu'il m'intimait de faire, gardant le regard vide comme si je ne comprenais rien à ce qu'il disait à son comparse. Discrètement, je tentais de trouver quelque chose dans cette vieille et sombre chambre que je pourrais utiliser pour me défendre, mais rien ne m'inspirait. Les quatre derniers jours passés sous stupéfiants semblaient m'avoir anesthésié le cerveau. J'avais à peine la force de me tenir droite. « Comment tu veux qu'ils soient au courant ? » Répondit l'autre sbire avec une expression bien plus sérieuse. Ceci attira inévitablement mon attention et je ne pus réprimer l'accélération de mon rythme cardiaque. « Le Bosnien risque d'être assez exaspéré de savoir qu'on n'a pas été capables de choper la bonne fille, en plus on va lui présenter une fille du pays où on les fait transiter, je pense qu'on cumule assez d'erreurs pour pas rajouter ça... » Presque déçu par l'excès de "sagesse" de son complice, il ouvrit la porte et nous lui emboîtâmes le pas jusqu'à l'extérieur. La lumière était éblouissante malgré le temps pluvieux et les nuages épais. Nous attendîmes là, au bord d'une route où la nature avait repris ses droits, pendant plus de trente minutes. J'avais froid, l'étreinte de mon ravisseur me faisait mal, mes forces semblaient s'amoindrir au fur et à mesure... C'est là qu'un camion arriva. Trois hommes en descendirent. « C'est tout c'que vous avez à charger ? » Lança l'un d'eux alors que les autres ouvraient l'arrière du camion. « Ouais, c'est tout c'qu'on avait à livrer. » Il me regarda d'un œil suspicieux puis hocha la tête en direction du camion. Mon ravisseur me traîna jusqu'à l'arrière de l'engin. Lorsque la porte s'ouvrit, je vis les planches de chaque côté ornées de draps en décrépitude et, dans le fond, des jeunes filles. Cette vision me glaça d'effroi et d'un coup sec, poussée par l'adrénaline, je me défis de l'étreinte de l'homme qui me tenait avant de courir au plus vite que je pouvais. Je ne veux pas... je veux pas y aller... Sur l'instant, j'aurais préféré mourir que d'être enfermée dans ce camion. Ils étaient après moi et hurlaient pour que je cesse ma course. Un tir d'arme à feu retenti. Par instinct de survie, je me penchai comme si cela suffirait à me protéger. Dans ce réflexe, je trébuchai et m'écrasai au sol. Ils n'eurent pas de mal à me rattraper avant même que je n'ai pu reprendre ma course effrénée. « sljedeći put : lopta u glavu » Malgré son accent et son vocabulaire décousu, je compris que si je retentais quoi que ce soit, la balle n'irait pas à côté, mais dans ma tête... L'arme qu'il pointait sur ma tempe jouait à faire passer le message d'une façon assez claire.

Les heures passèrent et au fur et à mesure des arrêts, le camion se remplissait. Les filles restaient silencieuses. Nous étions toutes catatoniques face à la situation. Nous commencions à prendre conscience de ce qui nous arrivait. C'était terrifiant. Le camion finit par s'arrêter pour de bon. On nous ordonna de descendre et de nous aligner le long du mur d'un bâtiment austère. Il faisait nuit, seules les lampes torche éclairaient les lieux. Certains rayons croisaient nos regards, nous éblouissant. Placée au fond de la ligne, on semblait ne pas faire attention à moi. Comme si cela m'aiderait, je repérais le nombre de personnes qui nous entouraient, celles qui étaient armées, celles qui semblaient ne pas l'être, le nombre de véhicules qui jonchaient l'endroit et les signes distinctifs qui ressortaient. Lorsque le meneur se posta face à moi, je l'entendis prononcer "Californie". Nos regards se croisèrent mais je ne le soutins pas. Ce à quoi il pallia en saisissant mon visage pour me forcer à le regarder. Nous étions assez proches l'un de l'autre pour que la brume de nos respirations se croise. Le sourire qu'il affichait ne me rassurait en rien, mais je m'efforçai de rester stoïque, de ne pas me décomposer. Il organisa d'un ordre le départ des différents groupes composés par destination et, sans étreinte forcée, il me conduisit jusqu'à un van. Nous étions deux filles à devoir grimper là-dedans. Nous montâmes sans lutter, moi par crainte pour ma vie, elle sûrement par dépit. Son visage était si fade qu'on avait l'impression qu'elle était déjà partie... Ils nous enfermèrent et le van démarra. « Je m'appelle Alja, et toi ? » Lui dis-je en bosniaque. Aucune réponse. « Je ne sais pas dans quoi on a été embarquées, mais je suis sûre que la police doit être à notre recherche ». Elle étouffa un soupir. « Tu viens d'où ? » Persistai-je. « Il ne faut pas parler, dangereux pour toi et pour moi », finit-elle par prononcer dans un accent russe très fort. Je me déplaçai, quittant le face à face que l'on avait pour me poster à sa gauche, entre l'entrée et elle. « Ils ne peuvent pas nous entendre, entre la carrosserie et le bruit du moteur, s'il y a un moment où l'on peut parler, ça semble être là... » Elle restait muette. Je n'avais pas d'idée pour tenter d'établir un dialogue plus poussé. Mon esprit était brouillé et je devinais l'inutilité de créer un semblant de lien entre elle et moi. Visiblement, elle n'était pas nouvelle dans ce trafic... « Pourquoi nous emmènent-ils en Californie ? » La jeune fille se contente de prendre ma main. Dans ma voix s'était entendue la peur que je nourrissais et les sanglots que je réprimais. « Avec chance, tu seras vendue pour riche mariage, sinon, tu te trimbaleras de pays en pays chaque mois pour des passes... » Au fil de ses mots, mon visage se décomposait. Je ne voulais pas finir comme ça. Je ne voulais pas. En même temps, qui voudrait... Mes mains tremblaient. De froid et de colère. C'était injuste. Voilà tout ce qui me traversait l'esprit : injuste. « Comment ils t'ont embarquée dans ce cercle infernal ? » Lui demandai-je tout en sachant que je n'aimerais pas entendre son histoire. Mais il fallait que je l'entende. Que je prenne conscience de ce qui m'attendait. « En Ukraine, ma famille compte sur moi. Je travaille et ils ont de l'argent. J'ai accepté de travailler à l'étranger. Mais j'étais loin de savoir quel travail j'allais faire... » Elle sortit de la poche de son pantalon un bout de papier plié et replié. Tellement plié que des marques noires gâchaient la blancheur du papier. Lâchant ma main, elle le déplia méticuleusement, avec une douceur presque sacrée. Il s'agissait d'une photo de ses parents et de son petit frère. Il semblait handicapé. « Mais je sais que l'argent, je ne l'ai pas, ils ne l'ont pas non plus. Rodvic garde tout... » La détresse aurait pu se lire sur son visage, mais son expression était plutôt résignée. « Comment fais-tu pour tenir bon ? » Repliant sa photo, elle planta son regard dans le mien. « Je tiens pas. » Prononça-t-elle avec un sourire innocent.

Cela faisait bien deux heures que l'on roulait. L'aube pointait le bout de son nez. « Arrête-toi » ordonnai-je au chauffeur. Je descendis du van, la tête si lourde qu'une migraine n'allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Cela faisait du bien de se dégourdir un peu les jambes. Nous étions plantés au milieu de nul part. Une colline qui partait sur un ravin vertigineux. Alors que mon acolyte allumait sa cigarette, j'observais les environs pour éventuellement laisser les filles prendre un peu l'air. J'ouvris les portes arrière. « Možete sići ». Elles descendirent sans trop se faire prier. J'aidai la seconde qui avait l'air à bout de forces. « C'est pas trop risqué ? » Clama mon collègue. « Tu ne saurais pas maîtriser une brindille de leur gabarit ? » Lui lançai-je, moqueur. Il grommela je ne sais quel mot dans sa barbe en s'approchant de celle qui, oscillante, marchait quelques pas. La nouvelle restait figée. Pensive. Alors qu'elle regardait au loin, je ne détachais pas mes yeux d'elle. Rodvic n'avait pas détaillé la commande dont elle faisait partie. C'est en bosniaque que je m'adressai à elle, tentant de lui expliquer ce qui allait se passer et d'en savoir plus sur elle. « Pour aller aux États-Unis on vous a fait des faux papiers. Vous les aurez avant le décollage. On ne vous demandera pas des talents de comédiennes, déjà si vous arrivez à dire "je viens pour faire du tourisme" en anglais ce sera pas mal. Pas besoin d'être crédible. Essaye pour voir ? » Son regard se tourne vers moi, interrogateur. Comme si c'était un affront de penser qu'elle collaborerait. Un rictus m'échappe et je m'approche d'elle. Passant mon bras autour de sa taille, je lui susurrai à l'oreille : « tu vois cette fille là-bas, Raya. Elle sait qu'un faux pas suffit à ce qu'on s'en prenne à elle ou à sa famille. Du coup, elle est calme, coopérative, ne fait pas de vagues. Si toi aussi tu es coopérative, plus aucun mal ne te sera fait, on ne s'en prendra pas aux gens à qui tu tiens et tout ira bien. Chacun a sa place en ce bas monde, et tu vas bientôt trouver la tienne. Autant que tu te fasses une raison et que tout cela se passe sans remous. Ce sera mieux pour toi. » J'arrange du bout de mes doigts une mèche qui lui tombe devant les yeux. Alors qu'elle œuvre pour ne rien laisser paraître, je la sens qui bouillonne de rage. J'espère qu'elle ne fera rien de... regrettable. D'un signe de tête je signale à mon acolyte que nous allons devoir reprendre la route. Lentement, j'abandonne l'étreinte que j'ai sur elle. Mais soudainement, elle est éprise d'un élan vers l'avant que j'arrête en agrippant. Un juron de mon complice dirige mon regard vers l'autre fille dont je ne vois qu'une parcelle du corps avant qu'elle ne disparaisse complètement. Il se penche comme s'il aurait le temps de la rattraper, mais elle avait déjà sauté, c'était trop tard pour tenter quoi que ce soit. Je maintenais la nouvelle qui s'était époumonée à la vue de cette chute. Nous étions tous les deux abasourdis par le geste de Raya. Je maintins celle qui nous restait contre moi, tentant de la calmer. Après quelques minutes, je la fis entrer à l'arrière du van et la rejoignis, laissant mon collègue seul devant pour reprendre la route.

Nous étions relativement silencieuses durant le trajet. Je lui posais quelques questions sur sa famille, comme pour essayer de lui faire penser à des choses heureuses. Ayant passé ma vie entre les familles d'accueil et les foyers, j'avais du mal à me mettre à sa place. Comment pourrais-je comprendre le manque de famille alors que je ne sais même pas ce que ça fait d'en avoir une, une vraie. Des personnes qui se soucient vraiment de ce qui peut m'arriver. Je ne m'estime pas malheureusement à ne pas avoir d'attache, même si parfois cela me pèse. Quand je vois que toutes les actions que l'on a menées pour mon éducation et mon insertion professionnelle étaient jonchées d'aides financières et d'avantages sociaux pour les "bienfaiteurs", je m'estime contente de ne pas être génétiquement liée à ces personnes qui n'agissent que pour l'argent et leur intérêt personnel. Elle souriait à certaines pensées mais je voyais bien que c'était plus pour me faire croire que ma tentative de lui remonter le moral fonctionnait... La voir réagir me rassurait. Quelque part, elle était encore là. Cela voulait dire que peu importe ce qui allait m'arriver, je pourrais conserver l'étincelle de vie qui m'animerait dans les heures les plus sombres. Si on se bat, peut-être pouvons-nous nous en sortir... Le van se stoppa. La porte s'ouvrit. Nous descendîmes. Cela semblait être un instant détente avant le reste de notre périple. Je restai près du van, pas vraiment la tête à faire une promenade. Je commençais à fatiguer, me sentir faible. Je me concentrai sur l'horizon qui se dessinait peu à peu avec le lever du soleil qui doucement se pointe, attendant que l'on reprenne la route. « Pour aller aux États-Unis on vous a fait des faux papiers. » Annonça l'un des hommes qui était resté près de moi. « Vous les aurez avant le décollage. On ne vous demandera pas des talents de comédiennes, déjà si vous arrivez à dire "je viens pour faire du tourisme" en anglais ce sera pas mal. Pas besoin d'être crédible. Essaye pour voir ? » Je me tournai vers lui, les sourcils froncés, offusquée. S'attendait-il réellement à ce que je me laisse trimbaler aussi facilement ? Vu son expression, je devinais qu'il savait à quoi je pensais... Il s'approche de moi, déclenchant un frisson glacé qui me parcourut le corps. De sa voix grave, il m'intima : « tu vois cette fille là-bas, Raya. Elle sait qu'un faux pas suffit à ce qu'on s'en prenne à elle ou à sa famille. Du coup, elle est calme, coopérative, ne fait pas de vagues. Si toi aussi tu es coopérative, plus aucun mal ne te sera fait, on ne s'en prendra pas aux gens à qui tu tiens et tout ira bien. Chacun a sa place en ce bas monde, et tu vas bientôt trouver la tienne. Autant que tu te fasses une raison et que tout cela se passe sans remous. Ce sera mieux pour toi. » Je ne fis même pas l'effort d'avoir l'air étonnée par leur procédé de faire pression sur les proches des filles qu'ils enlèvent. Son bras autour de ma taille m'oppresse sans même qu'il n'ait à faire montre de force. Mon souffle est saccadé et je n'ai qu'une envie : me réveiller de ce qui semble de plus en plus à un simple cauchemar. Je clos mes paupières lorsqu'il approche sa main pour arranger une mèche revêche de mes cheveux. J'ignore comment gérer cette proximité physique qu'il m'impose sans sombrer dans une crise de nerfs. Sur l'instant, il me paraît préférable de rester calme, de se contrôler. Comme, Raya qui... alors que nos regards se croisent, se tourne vers le ravin puis, dans un sourire, saute subitement. Je ne pus réprimer un élan pour tenter de l'en empêcher quand bien même est-ce vain, l'homme qui était près d'elle essaya également d'agir à temps, mais c'était sans espoir. Je ne m'entendis pas crier et ne pensai pas aux bras du ravisseur qui me retenaient. Des larmes roulèrent sur mes joues et je finis par ne plus lutter à l'enlacement de l'homme qui me tenait. Laissant ma tête se poser sur son épaule, je fermai les yeux, peinant à réaliser le saut de Raya. Il me fit remonter dans le van et me posa sur la paillasse de fortune qui était posée au fond.

La porte était fermée. Le van avait repris sa route. Le silence régnait. Il était là, assit près de moi contre la paroi de la carrosserie. Pourquoi était-il de ce côté du véhicule ? Avait-il peur que moi aussi je décide de mettre fin à mes jours ? Cela ferait tache dans leurs projets ? Ce n'était pas mon intention. Ils allaient vite comprendre que même si je n'ai personne pour qui survivre, je ne suis pas prête à tirer ma révérence au monde. J'ai cette étincelle qui me forcera à me battre coûte que coûte pour vivre. Peut-être que l'optimisme dont je fais preuve est naïf et risible, mais à mon sens, nous avons tous un rôle à jouer dans ce monde. Et même si j'étais loin de croire que le mien soit d'être une prostituée, je n'allais pas me laisser abattre aisément. Pour l'heure, ce n'est pas quelque chose qui sauterait aux yeux en me voyant... Le smartphone de mon geôlier se mit à vibrer. Il resta de longs instants rivés dessus. J'en profitai pour le jauger. Un homme de taille moyenne, baraqué mais dont le visage possédait des traits fins qui tranchaient avec l'expression dure qu'il affichait de part ses yeux d'un marron foncé si soutenu qu'ils paraissaient noirs. Mal rasé et mal coiffé, il était toutefois bien habillé. Sans aller jusqu'au costume cravate, il portait un jean droit noir et une veste de costume également noire sur un polo beige sdont les manches longues dépassaient légèrement sur ses poignets. Il posa ses yeux sur moi, je détournai brusquement mon regard. « Alja Minkovic. C'est un joli prénom. Mais ton nom n'est pas de naissance. Je me trompe ? » Dit-il en bosniaque.
« Si par cette remarque vous voulez savoir si j'ai une famille ou non, la réponse est que oui, probablement, mais je n'étais pas souhaitée aux réunions de famille. » Il esquissa un sourire. Pourtant mon sarcasme ne voulait pas donner l'impression que je veuille faire une note d'humour. Il soupira.
« Qu'allez-vous faire pour Raya ? » Demandai-je en me redressant pour m'asseoir. Il observait le moindre de mes mouvements avec attention.
« Ce qu'elle a fait est triste, mais c'était son choix d'en finir. » Mes yeux se plissèrent, la fatalité transpirait dans ses paroles. « Vous n'aurez pas de comptes à rendre ? Et vous, en tant que personne, ça ne vous fait rien de voir que vous avez poussé une jeune fille à se donner la mort ? » Il reporta son visage sur son smartphone, pianota quelques touches puis le rangea. « C'est la première fois que j'assiste à un suicide si telle est la question. De là à dire que ça me touche... cette fille n'était qu'une prostituée parmi tant d'autres. Il faut que tu comprennes que vous n'êtes que des objets à nos yeux. Pour ce qui est des comptes, sache une chose : moins tu en sais, mieux c'est pour toi. Pour l'heure, de ce que je sais, tu iras au club que tient l'une des têtes de cette entreprise. » Je n'insistai pas, comprenant que rien que le fait de converser avec moi est déjà un grand privilège. S'il me considérait, comme il le dit, comme un objet, il ne se donnerait pas cette peine de discuter avec moi et encore moins de me donner des informations sur ce qui m'attendait. Je compris qu'il ne faudrait pas que j'en demande trop si je voulais m'en sortir. « Tu devrais dormir. » Me conseilla-t-il en pointa son regard droit en face de lui. « Comment vous appelle-t-on ? » La question m'échappa comme on échappe une politesse. Avoir un nom sur un visage est toujours plus simple. Même si je n'étais pas assez bête pour penser qu'il me donnerait son vrai prénom. « Appelle-moi juste F, et dors. » Sans plus de cérémonie, je m'allongeai à nouveau puis fermai les yeux afin de trouver le sommeil.

Elle avait fini par fermer les yeux et se laisser porter par Morphée. Le rythme chancelant du van devait la bercer et vu l'état de fatigue dans lequel elle devait se trouver, ça n'avait pas dû être compliqué de s'endormir. Profitant de cet instant de solitude je ressortis mon téléphone afin de relire les informations que m'avait donné l'informateur de Rodvic. Alja Minkovic, née le 10 juillet 1992 à Srebrenica en Bosnie-Herzégovine, sa mère a accouché sous X et elle a pris le nom de sa première famille d'accueil de laquelle elle fut retirée à ses sept ans pour cause de maltraitance. Sa scolarité très moyenne s'est passée sans encombres, casier judiciaire vierge, elle a tout de même fait trois tentatives de fugue, pour chaque escapade elle fut transférée dans d'autres familles d'accueil. Elle ne donnait aucune explication quant à son comportement, disant aux psychologues qu'elle voulait simplement être libre. Elle fut placée en foyers sous tutelle d'un éducateur dont elle est toujours sous la charge. Écume les jobs à temps partiel, les petits contrats en attendant de pouvoir entreprendre des études. Le dossier était bien fourni, l'informateur doit avoir un bon filon aux services sociaux de Srebrenica. J'ai conscience que dans mon pays comme dans d'autres en Europe Centrale et de l'Est, il est facile d'obtenir ce qu'on veut. Étonnamment et surtout malgré mon métier, cela me désole profondément. Lorsque je prends du recul et que j'observe nos actions d'un point de vue externe, je me dis que le monde dans lequel nous vivons souffre d'un réel mal. C'est "facile" de prendre les filles que l'on prend. Évidemment, on prend celles qui nous poseront le moins de problèmes possible - d'ailleurs en cela c'est étonnant qu'ils aient pris une bosnienne... - donc les filles issues de pays pauvres ou instables. Mais la demande, pour acheter ou consommer ces filles, elle provient en majeure partie de riches pays comme l'Amérique du Nord ou les nouvelles fortunes éparpillées au Moyen-Orient, en Chine ou autres. Les visages publics d'aujourd'hui sont nos clients. Ces défenseurs des Droits de l'Homme, ces bienfaiteurs du monde sont les principaux acteurs de notre business. Pour eux, ces filles leur sont dues. Alja n'est, finalement, qu'un beau visage dans un corps qu'ils possèdent. Pour une passe ou pour la vie. Les filles sont des animaux de compagnie à leurs yeux. Nous finissons par arriver à l'aéroport où un vol nous attend. Alja n'a pas décroché un mot depuis son dernier réveil. Elle semble déboussolée et pensive à la fois. Je n'ai pas le temps de considérer ses états d'âme. Je pense qu'elle a compris l'intérêt qu'elle pouvait trouver dans la collaboration. Elle se contenta de faire ce qu'on lui demandait, mon collègue restait fidèle à lui-même et restait fixé sur notre destination sans prendre en compte Alja. Il était toutefois très silencieux depuis le saut de Raya. On allait devoir expliquer cela une fois arrivés au club. Elle était sous sa responsabilité. Il savait que je ne laisserai pas ses erreurs mettre une épée de Damoclès sur ma tête. Rodvic me faisait confiance. Entre autres parce que nous étions des amis d'enfance et que son père, celui qui dirige tout ça, m'avait à la bonne. Mais je ne laisserai pas mes confrères se reposer sur cette confiance qui m'est accordée. Cela me pose en marginal par rapport au reste du groupe, néanmoins cela me permet de me protéger. De plus, je n'ai pas envie de me familiariser avec ces personnes.

La nuit porte conseil. Même si ça n'avait pas été la meilleure nuit de ma vie, cela m'avait aidé à me recentrer sur ce qui comptait. Nous nous rendions aux États-Unis. Les États-Unis ! Je n'y avais jamais pensé mais une fois que l'avion se mit à survoler le symbole de l'Occident, c'est là que je me rendis compte que des filles rêveraient de cette opportunité. Quitter la misère des quartiers délabrés, des jobs de merde payés au lance-pierre... Le rêve américain, je ne l'avais jamais envisagé. Pourtant, et peut-être comme un dernier espoir auquel me raccrocher, je me mis à croire en l'oncle Sam. Un van, moins délabrés que celui de Bosnie, nous attendait à la sortie de l'aéroport. On me tenait pas le bras, guidant mes déplacements jusqu'à monter à l'arrière du véhicule. Ce que je fis sans rechigner. Il y avait deux hommes à l'avant qui étaient descendus pour recevoir mes accompagnateurs. Ils s'échangèrent quelques futilités avant que chacun ne prenne place. L'utilitaire dans lequel nous étions était encore plus vétuste que le précédent. Nous étions assis à même le sol avec pour seul objet à la ronde une bouteille d'eau. F était en face de moi. L'autre à ma gauche, me barrant l'accès à la sortie. D'ailleurs, aussi soucieux de son job qu'il pouvait paraître, il finit par s'endormir la tête reposée sur la paroi métallique. J'avais peur, si peur... l'appréhension était telle que je finis par poser mes questions à voix haute. « F... qu'est-ce qui m'attend "là-bas" ? » Lui demandai-je, l'air grave et soucieux. Expression résultant de toutes les hypothèses qui m'avaient traversé l'esprit. Et mes songes partaient dans des possibilités tellement extrêmes qu'il fallait qu'on me donne plus de précisions si je voulais garder mon calme. Il soupira. « Le club s'appelle le Mayfly. Rodvic s'en sert comme vitrine pour ses potentiels clients. On voit défiler toutes sortes de têtes. Des politiques, des commerciaux, des traîne-patins ayant été invités, des dilettantes et quelques têtes de la pègre. » Il marqua une pause. Comme s'il s'attendait à ce que je l'arrête dans ses explications. Mais je voulais qu'il poursuive. « Certains viennent pour profiter du spectacle et des services proposés, d'autres sont là pour négocier dans un cadre propice aux affaires. Les femmes, les cigares et l'alcool étaient les principaux attraits des personnes qui traitent les commerces délicats. Les filles que Rodvic garde au club sont là pour accueillir, mettre à l'aise les clients. Vu que tu ne parles pas anglais tu seras surtout là pour danser et... et bien... » Je fronçai les sourcils. La gêne était présente dans ses paroles. Pourquoi ne voulait-il pas exprimer simplement que j'allais devoir satisfaire les clients ? « Me prostituer auprès des clients ? » L'aidai-je à terminer. « Ça n'avait pas l'air de vous poser le moindre cas de conscience quand vous nous avez dispersées dans différents pays ? » Il détourna son regard, feignant de se soucier si son camarade dormait toujours. « Tu crois que je fais ça par plaisir ? Enlever des filles, les vendre ou les prostituer ? » Demanda-t-il en recroisant mon regard. « Je me suis laissé appeler par l'argent et les mauvaises fréquentations. Et tant que le monde ne changera pas, je n'échangerai pas ma place pour une vie plus "saine". Alors certes, en temps normal ça ne me pose pas de cas de conscience. Mais je conserve un minimum d'intégrité. » Je hochai la tête. Il n'était pas crédible sur ce coup-là.

Impossible de voir où, mais le van s'arrêta. Les deux animateurs de colonie patientèrent pendant dix bonnes minutes avant que quelqu'un ne tape sur le véhicule. Celui-ci poursuivit sa route quelques mètres avant de, me semble-t-il, entrer dans un souterrain. Arrêtés pour de bon, les portes s'ouvrirent. L'endroit était lumineux, tout de pierre avec quelques autres voitures et utilitaires garés. Nous étions très entourés. Mes deux accompagnateurs, le conducteur et son compagnon, deux hommes habillés de la même façon type agent de sécurité et un autre, tout de blanc vêtu. Une taille moyenne, plus petit que F mais toujours plus grand que moi. Moi baraqué, mieux habillé, bien peigné et rasé de près. Malgré ma moue fermée, je n'étais pas dubitative, sachant dans les grandes lignes ce qui m'attendait. Quant à l'identité de notre hôte, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute. Il ne prononça pas un mot face à nous et se contenta de murmurer à l'oreille de l'un de ses sbires avant de partir, suivi de près par F et les autres. Inquiète d'être séparée de mon duo tic et tac, je me débattis lorsque l'un des molosses de Rodvic me saisit par les bras et me poussait pour que j'avance. J'avais beau leur demander de me lâcher et appeler après F, personne n'y fit attention. On me poussa dans des escaliers. Un étage, un long couloir, une chambre avec plusieurs lits et deux autres jeunes filles attachées. Je redoublais d'efforts pour m'extirper de leur emprise. Ce que je parvins à faire ! Sans attendre, je détallais comme un lapin et traversai le couloir plus vite qu'une flèche. Toutefois, les marches incertaines se dérobèrent sous mes pieds et je tombai nez à nez avec le parquet dont était fait le sol. Cela ne me découragea pas pour autant, les deux molosses n'ayant pas eu un temps de réaction suffisant. C'est donc de façon disgracieuse et malhabile que je repris ma course effrénée vers... la sortie ? Où est la sortie ? J'ouvris une porte qui me semblait être la bonne : grande, massive, des voiles de chaque côté de la pièce circulaire d'un opaque lie-de-vin. Une femme changeait visiblement des draps... la pièce était sur plusieurs niveaux et faisait penser à une salle de cinéma sauf qu'au lieu des chaises, il y avait des lits disposés sur les contours. Au centre il y avait plusieurs tables rondes en face d'une estrade aux rideaux rangés soigneusement. Les marches que je dévalais avec pour revêtement un velours rappelant les voiles et l'on pouvait se tenir à une rambarde en bois sculpté de motifs floraux harmonieux. En bas, des deux côtés de la scène, des portes comme des sorties de secours. J'en poussai une qui me ramena à un couloir tout de pierre sans aucun apparat. Je continuai à courir et jetai un œil derrière moi. Ils me suivaient touj- « Ah ! » Je bousculai une personne qui me rattrapa avec fermeté. Je n'arrivais pas à me défaire de ses mains qui m'accrochaient et je suppliai sans même avoir encore pris le temps de voir qui j'avais rencontré. « Laissez-moi, j'vous en prie ! » Innocemment et pour augmenter mes chances d'être comprise, j'avais prononcé cette supplication en anglais devant... Rodvic, F et les trois autres sbires qui les accompagnaient. Derrière, les molosses reprenaient leur souffle si fort qu'on ne pouvait percevoir le mien, mêlé d'angoisse et de fatigue. Je ne me décomposai pas pour autant, réalisant juste que je venais de brûler une carte qui aurait pu m'être utile ; la barrière de la langue.

Tout se passait bien. Malgré la mauvaise idée qu'avait eue Alja de me demander des explications sur ce qui allait l'attendre, ça se déroulait comme prévu. Mais moi-même j'avais mes angoisses à affronter. Rodvic s'attendait à voir deux filles. Là, il n'en aura qu'une. Raya rapportait beaucoup et était modelée à notre façon de faire. C'était l'exemple qu'on présentait aux autres filles pour les calmer. J'espère qu'il en a d'autres sous la main, des comme elles. Car Alja ne survivra pas si personne ne la guide. Des esprits combatifs comme elle, on n'en veut pas. Les deux incapables qui me l'ont ramenée n'ont même pas été fichus de se renseigner sur les points que l'on pourrait utiliser pour faire pression sur elle. Il n'y en a d'ailleurs aucun. Je m'attendais au pire avec Rodvic. Il allait nous demander des comptes pour les deux filles. Arrivés au club, tout le monde descendit. Il ne prit même pas la peine de jauger Alja et la fit conduire immédiatement. Nous, on allait faire notre rapport. Je maudis la nouvelle lorsqu'elle cria mon initiale. Rodvic me jeta un regard moqueur que je décidai d'ignorer. Loin de moi l'envie d'aggraver mon cas. Nous marchâmes quelques mètres avant d'attendre l'extérieur et d'entrée par la grande porte. Le club était au rez-de-chaussée d'une imposante villa victorienne. L'intérieur était cossu, très décoré, voire trop. Les tapisseries sur les murs étaient sombres, de couleurs chaudes et les lumières étaient douces. Une porte discrète sur la gauche menait aux commodités, quelques bureaux et les escaliers qui menaient à l'étage. Le couloir était rudimentaire, ce qui tranchait avec le hall d'entrée. La villa était symétrique en cela que de l'autre côté on pouvait également accéder à des escaliers menant au premier où se trouvaient les filles. Au second, les gardes et les quartiers privés de Rodvic se voyaient condamnés à tout personnel non autorisé. Même les filles ne pouvaient y monter. Seules celles qui s'occupent de l'entretien de la villa le peuvent. Nous marchions dans un calme pesant. On s'engage dans le long couloir transversal lorsque au loin, j'aperçois une fille courir. Alja. Les yeux qui s'écarquillent, mon attention se porte plus sur Rodvic qui la réceptionne. « Laissez-moi, j'vous en prie ! » Lança-t-elle en toute impunité devant nous. Elle semblait cesser de se débattre. Rodvic la considéra du regard quelques instants. « Hm. Même pas soixante kilos et elle vous file entre les doigts ? Pourquoi je vous paye ? » Son regard est porté sur les deux gardes alors qu'Alja cherche à ce que je soutienne le sien. Hors de question. « Et toi, où croyais-tu aller ? » Dit-il sur un ton bien plus énervé. D'un geste brutal il la lança contre le mur et l'un des gardes la saisit avec fermeté. « Calmez-moi ça et vous me l'apportez. » Ils s'éloignèrent avec la fille et, remettant son costume en place, Rodvic nous fit entrer dans un bureau d'appoint. « Il y avait deux filles, non ? Où est la seconde ? » Mon regard n'était pas à la discussion. Ni mon esprit d'ailleurs. Mon collègue prit la parole et les remontrances qui s'y rattachaient. « Et cette fille ? Alja ? J'ai vu son dossier, qu'est-ce qu'ils consomment en Bosnie ? Faran ? » Mon prénom m'arracha à mes pensées. « Je... je ne sais pas. Ils n'ont pas dû avoir la possibilité de tenir leurs délais. J'ai reçu les infos en même temps que toi. J'ai des agents en Bosnie qui vont se charger d'eux. Pour ce qui est d'Alja, je préconise qu'on la garde au troisième le temps qu'on trouve un moyen de forcer son obéissance. » Je scrutais la moindre de ses expressions. Je le connaissais comme si nous étions frères. Il avait l'air de marcher à 200% dans mon sens. C'était encore trop tôt, mais peut-être sentait-il déjà mon désir de garder Alja loin des clients le plus longtemps possible. « Je verrai ce que je fais d'elle lorsqu'ils me l'auront ramenée. En attendant, on a des affaires bien plus urgentes à régler concernant le club. »

« Calmez-moi ça ! » Le coup et le choc émotionnel m'avaient sonnée. Je ne donnais pas cher de ma peau si je continuais à me comporter ainsi. La peur me faisait prendre des risques totalement inconsidérés... Cette villa doit être plus surveillée qu'une réserve de l'armée et je suis incapable de me repérer. Et se baser sur mon capital chance pour trouver la sortie du premier coup, voilà quelque chose de suicidaire. C'est au troisième étage que l'on m'accompagna avec colère et hargne. Ils grommelaient entre eux sans que je ne prenne la peine de chercher à comprendre ce qu'ils disaient. Les derniers escaliers étaient plus étroits, en mauvais état et cloisonnés de murs dont la tapisserie vieillotte se décomposait en lambeaux mélangés par la moisissure due à l'humidité et le manque de soins des locataires. En haut de ces escaliers morbides, un petit palier avec un petit couloir donnait sur des petites portes en bois qui ne payaient pas de mine. L'un des sbires la déverrouilla la première avec une clé puis l'ouvrit, le second me poussa dedans et ils suivirent, refermant soigneusement la porte à clé derrière eux. Nous nous trouvions sous des combles. L'endroit était grisâtre, poussiéreux. Rien qu'à respirer dedans on se sentait sale. des chaises en bois cassées étaient entreposées. De longs draps blancs semblaient protéger des meubles dont il n'y avait pas l'utilité en bas et au sol, un vieux matelas décharné et mal placé sommeillait. L'endroit me donnait la chair de poule. C'était glauque au possible et je ne souhaitais pas rester une minute de plus ici. Je me retournai et comme dans une tentative désespérée, je tentai d'outre-passer les gardes qui bloquaient la porte. L'un d'eux me pris par les bras et me jeta violemment au sol. Avant même que je n'eus le temps de me relever, il m'assainit un coup de pied dans le ventre qui me cloua à nouveau par terre. Ma chute avait fait se lever un nuage de poussière qu'il m'aurait semblé sentir se reposer sur mon visage. Un deuxième coup m'extorqua un cri de douleur. Le second me força à me relever en me faisant une clé de bras. Le dos plaqué contre son torse, je pouvais décrire le rythme de sa respiration. « Tu te crois plus maline que les autres à pouvoir t'échapper si facilement ? J'espère pour toi que tu comprendras vite que le seul moyen d'obtenir des privilèges ici, c'est de rester dans les bonnes grâces de Rodvic. » Son clone se posta face à moi et me gifla, si bien que mes jambes fléchirent. Mais l'autre s'assurait de me maintenir debout. « T-t-t, pas le visage. » Préconisait celui qui m'étreignait. Je sentais un filet de salive ou de sang ruisseler lentement sur le coin de mes lèvres. D'autres coups s'ensuivirent, si bien que j'étais complètement sonnée. Peinant à maintenir les yeux ouverts, ils durent presque me porter entièrement jusqu'au premier étage. Ils m'emmenèrent dans la salle où j'avais lancé l'entreprise de m'enfuir tout bêtement en courant. Ils me posèrent sur un lit. Il n'y avait plus qu'une fille dans ce qui semblait faire office d'infirmerie. Ils m'attachèrent un poignet au barreau du lit. Impossible de lutter, mais je tentais tout de même. Lorsqu'il approcha une seringue à mon bras immobilisé, je portai l'autre à son niveau dans une dernière supplication avant de sentir la piqûre et de m'endormir.

« ...évidemment, il pourra voir sur place. Ce serait un plaisir de le voir participer. Je te laisse gérer ça et tu me tiens au courant. » Mes yeux s'entrouvraient sur ce qui semblait être un salon. J'entendais une voix derrière moi sans parvenir à mettre de visage dessus. Déboussolée, je ne savais même plus où j'étais. C'est à la douleur de mes muscles et des hématomes que je réalisai. Quelques gémissements de douleur et mon essai de me relever échoua. À bout de forces. « Réveillée ? » Constata avec brio le maître des lieux qui fit quelques pas avant de s'asseoir en toute impunité sur la table face à moi. Il approcha sa main vers mon visage, l'air déçu. Caressant du bout des doigts la joue que ses sbires avaient violemment frappée, il soupira. « Je suis cerné par les incapables ici. » Alors que le silence devenait ma prière, lui restait là à me regarder comme on regarde un objet. Je ne remarquais pas la mine renfrognée que j'affichais. « Je n'aime pas devoir en arriver là, Ali. La violence est un recourt que je ne souhaite pas adopter avec vous. D'autant plus que tu comprendras vite que je ne suis pas un bourreau mais un hôte plutôt attentionné et prévenant. » Dit-il en se levant. « F m'a dit que tu n'étais pas prête. Je le crois sur parole. Vu les incapables qui semblent t'avoir choisie, je me doute qu'ils aient pris le temps de te faire comprendre ce qu'on attendait de toi à présent. Alors je me mets à ta place et c'est vrai que cela peut être déroutant. Mais garde à l'esprit que si tu nous poses problème, alors tu ne constitueras plus le moindre intérêt pour nous. Tu comprends ce que je veux dire ? » Rodvic s'approcha d'un pas et vint s'asseoir sur le canapé où j'étais étendue. Il posa sa main sur mon épaule et la laissa voguer le long de mes courbes. « Tu m'as l'air d'être une fille intelligente Ali, tu dois donc comprendre : c'est dans ton intérêt d'être gentille avec nous... » Finit-il par me murmurer au creux de l'oreille, penché tout contre moi. Mon visage et chaque parcelle de mon corps criait au dégoût. J'avais envie de disparaître de la surface de la Terre, je refusais catégoriquement de vivre ça. Mais il ne me laissait pas le choix. Et alors que chaque mouvement était une torture pour moi, je n'avais plus de force pour l'éloigner. Cela faisait deux jours que je n'avais pas mangé, je descendais encore de la drogue que l'on m'avait injectée dans le bras et le souvenir des coups m'empêchait toute tentative de rébellion. Je compris alors que j'étais à sa merci et que ce n'était que le début. La seule réaction que j'étais en mesure d'avoir était ces larmes qui perlaient et roulaient le long de mes joues dans un silence mortuaire. Quand il eut fini, Rodvic se releva, réajusta ses vêtements et se dirigea vers son bureau qui se trouvait derrière le salon. « Tu peux descendre rejoindre les autres. » Lâcha-t-il d'un ton peu naturel et même confus. Je restai là, allongée quelques minutes, tétanisée par ce que je venais de vivre. Finalement, je trouvai la force de me relever. J'arrangeai ma tenue puis quittai les lieux en me tenant à ce que je pouvais. Une fois dehors, je fondis en sanglots. Adossée au mur, je me laissai glisser jusqu'au sol.

Vu la colère des deux gardes et leur ego ainsi heurté, je me doutais qu'ils ne joueraient pas les tendres avec Alja... Lorsqu'une fille était amenée au troisième, c'était rarement pour des marques de tendresse. Cela dit, je connaissais assez bien ces gars pour savoir qu'ils n'abuseraient pas d'elle. Il lui faudra essuyer des coups, mais elle s'en remettra. Une fois l'entretien avec Rodvic terminé, mon compagnon de route quitta le bureau. Nous nous retrouvâmes en tête à tête. Il nous servit un verre que l'on sirota en discutant de choses et d'autres. Il voulait que je reste au Mayfly quelque temps. Les fédéraux commencent à fouiner dans les parages et il avait besoin de mon aide pour éloigner taupes et mouchards. Je n'étais pas contre une pause sur les transferts. Voyager me donnait de ces maux de tête... D'ailleurs, boire ne devait pas être le meilleur des choix. Toutefois, je ne pouvais pas refuser. Le moindre refus, Rodvic trouverait cela suspect. Il y a toujours eu une certaine compétition entre nous. Malgré notre complicité passée, des jalousies et des rancœurs "oubliées" sommeillaient. Il savait que je n'étais pas emballé par nos activités et que je ne faisais cela que pour l'argent. Son père m'a en quelque sorte poussé dans ce trafic dont je ne peux m'extirper à présent. On dit qu'on choisit ses amis et pas sa famille. Paradoxalement, mes fréquentations ont toujours été dirigées et ma famille totalement absente. Ma mère était très - peut-être trop - proche du père de Rodvic. Quant à mon père, je ne l'ai jamais connu. Elle, je l'entretiens grâce à l'argent des trafics et elle s'éclate à voyager à travers le monde. Moi, je reste avec le fils de notre bienfaiteur que j'ai, de fait, toujours considéré comme un frère ; un ami que je n'ai pas choisi. Après ces échanges superficiels, je suis remonté pour voir si Alja était dans la salle de repos. Les filles avaient des chambres, mais les turbulentes étaient maintenues en salle de repos où on apportait également des soins à celles qui en avaient besoin. Je poussai la porte pour l'ouvrir, elle n'était pas fermée. Alja était allongée dans le fond à côté d'une autre que je ne connaissais pas. Je m'assis sur le bord de son lit et la regardai un instant. Je portai ma main à son visage et époussetai une trace rougeâtre de sa bouche. Elle ne méritait pas d'être là. Aucune - ou presque - ne méritait le sort qu'on leur réservait. Mais Alja n'aurait même pas dû être dans notre collimateur. Sa présence est un malheureux hasard qui va détruire sa vie. Je laisse ma main descendre délicatement le long de ses seins, puis de ses hanches, avant de la retirer lorsque j'entends quelqu'un entrer. Il s'agissait de Lena. C'était en quelque sorte notre infirmière. « Je... peux sortir si tu souhaites... » Proposa-t-elle avec gêne. « Non... non, j'étais juste venu voir comment la nouvelle aillait. » Expliquai-je sur un ton tout aussi embarrassé du fait qu'elle ait pu imaginer que je veuille... enfin... « Prends soin d'elle Lena. » Sans attendre sa réponse, je quittai la salle. J'avais la désagréable sensation de perdre le contrôle, que quelque chose ne tournait plus rond dans ma tête. Il fallait que je m'aère l'esprit et que je pense à autre chose. Une rage montait en moi et me faisait bouillonner, je n'aimais pas ça...

Ma fureur avait été emprisonnée. Quelques jours suffirent pour que les autres filles m'emportent dans le mouvement. On m'avait attribué une chambre et je devais participer aux activités de la villa. Outre les corvées, nous avions des instants de loisirs et de travail. Ils nous faisaient répéter des danses pour les bals de dégénérés qu'ils organisaient. Il y avait une véritable vie de communauté qui jalonnait la dire réalité de ce qui se passait dans cet établissement. Des filles devaient subitement s'absenter et ne revenaient que le soir venu. Loin d'être bête, je compris toute seule qu'elles avaient des clients. Kate, notre "grande sœur" qui, ayant la confiance de nos hôtes, faisait office de relais et de meneuse, m'expliquait que si je me tenais à carreau, je pourrais être à même de choisir mes clients et, pourquoi pas, avoir un poste dans l'organisation qui pourrait à terme m'éloigner des passes. Je ne voulais pas participer à tout cela. Mon cœur ne demandait qu'à la croire : fais ce qu'on te dit et tout ira bien, mais à elle aussi on lui a dit ça un jour et cela fait des mois qu'elle est mêlée à ce trafic. Elle y passera sûrement le reste de sa vie. Et, paraît-il, on meurt jeune dans ce milieu, surtout quand on est une femme. Je voulais revoir F. À défaut de l'apprécier, au moins je lui accordais du crédit. Mais les jours passaient et je ne le croisais toujours pas. Je n'osais pas demander après lui. Mais il me devenait de plus en plus difficile de jouer leur jeu en silence... Passé la période d'adaptation supposai-je, on commença à venir me chercher. Accompagnée jusqu'à une chambre, on fermait la porte et j'attendais, assise sur un lit. Il est arrivé que j'attende une journée entière. Rien. Quand la porte s'ouvrait à nouveau, je reprenais les activités quotidiennes avec les autres filles. Il m'était difficile de savoir ce qu'on attendait de moi, au final. À mon retour, les autres me regardaient toujours avec un air désolé. Comme lorsque les filles reviennent de leurs passes... Je finis par comprendre que ça n'avait rien d'habituel ce qui m'arrivait. Quelqu'un voulait faire croire aux autres que j'étais entrée dans l'engrenage et que, comme les autres, j'étais servie en pâture. J'aimais à penser que malgré son absence, F était derrière tout ça. Mais ce sentiment de protection ne dura qu'un temps. En effet, Heath, un des hommes de Rodvic, sembla flairer la combine. Quelques minutes après que le garde m'ait fait entrer dans la chambre, la porte s'ouvrit. Je me levai, presque enthousiaste, pensant voir F. Mais c'était lui... Heath. Il menaçait de faire tomber le voile sur mon cas si je n'obtempérais pas gentiment. Ne voulant porter préjudice à F ni alarmer les mauvaises personnes, je me résolus à le laisser faire. Il est généralement seul, mais il n'était pas impossible que des gardes se joignent à lui. Comme un groupuscule des hommes de Rodvic c'était ligué pour pallier à leur frustration d'encadrer des filles sans jamais pouvoir les toucher. Car selon Lena et Kate, seul Rodvic pouvait autoriser un de ses hommes à avoir une fille.

Cette impression de voir ma situation se désagréger un peu plus à chaque fois qu'on tente de m'aider commençait à me ronger. Chaque fois que Heath posait ne serait-ce qu'un regard sur moi, je me perdais dans une haine qui ne me ressemblait pas. Mon principal désir était de le voir crever la bouche ouverte. Je voulais en finir avec lui, le faire payer tout le mal qu'il me faisait. Mais j'étais pieds et mains liées. Trois semaines plus tard, le Mayfly organisait un show. Nous étions majoritairement postés dans la salle de spectacle lorsque d'en bas, je vis F. Malheureusement, ça faisait quelque temps que je ne l'attendais plus et je mis du temps avant de réagir et d'attirer son attention. Heath supervisait, avec d'autres, les répétitions. Il s'était posté face à moi de telle sorte à ce que F ne puisse me voir et quand bien même, Heath était trop près de moi. Il aurait empêché toue mouvement de ma part. L'homme posa sa main sur mon épaule et appuya avec insistance pour me faire asseoir. Ce que je fis sans le quitter des yeux. Mon regard envers lui était si noir que mes yeux clairs paraissaient sûrement possédés. Rodvic et F descendirent nous rejoindre. Le gérant du club fit tout un pitch pour le show qui allait avoir lieu mais rares étaient les filles qui transpiraient l'engouement. Elles avaient plutôt hâte que ça se termine. Je luttais pour ne pas crier à l'aide du regard à F... « Deux d'entre vous accompagneront Faran et moi pour cette soirée, vous serez nos hôtesses. Faran, à toi l'honneur. » Dit-il à son ami en présentant d'un geste ample du bras les filles qui étaient présentes. Il fit mine de réfléchir un instant en arrêtant son regard sur chacune de nous. « Je vais me contenter d'Alja, la petite nouvelle. Elle risque d'être perdue à cette soirée. » Annonça-t-il. Je faillis exprimer un sursaut de victoire mais je me contins aisément vu le regard que posait Heath à ce même instant sur moi. « Ah.. Ça ne va pas être possible pour Ali, elle sera déjà avec moi. Tu n'as qu'à prendre Kate, elle sera sûrement heureuse d'être dispensée de spectacle. » Il était plus que probable qu'on m'ait vu me décomposer petit à petit. Même si comparé à Heath, l'aversion que je lui vouais était infime, c'était tout de même à cause de lui que tout cela arrivait. Rodvic nous intima d'un signe de reprendre les répétitions et remontant avec F pour s'installer à une table et travailler sur je ne sais quel dossier de leurs obscurs trafics. Kate et moi fûmes reléguées au banc des remplaçants.
« Dommage, on ne pourra pas apprécier ton déhanché. » Cingla Heath avec un sourire lubrique. Exaspérée, je préférai quitter les lieux. Le souffle me manquait, je suffoquais... Après quelques pas dans les couloirs, il fallait que je me pose. Poussant la première porte qui passait, je me laissai tomber sur une assise et portai mon bras à ma bouche. Sans retenue, je me mis à hurler. Le bruit étouffé par ma manche restait audible, mais à bien moindre mesure. Je finis par me calmer. À l'écoute de pas pressés dans le couloir, je repris les esprits puis essuyai mon visage tout en reprenant mon souffle.

Le temps est une denrée rare dans mon métier. Malgré mon assignation à différentes tâches concernant les relations délicates avec les autorités de la ville, je devais toujours garder un œil sur les transferts. Mon temps au club était dérisoire. De toute façon, je n'avais pas envie d'y passer mon temps. Rodvic paraissait faire exprès de me submerger de travail. C'était à peine si je rentrais pour dormir... Je me surprenais parfois à penser à elle. Les songes allaient des instants d'insouciance où elle dormait à la vision de clients l'ayant payée pour une passe. Cela avait l'effet immédiat de me forcer à penser à autre chose. Une soirée événementielle aurait lieu avant la fin du mois. Les préparatifs étaient lancés et je devais organiser la sécurité pour les différents invités qui seraient présents. Ce genre de soirées très spéciales demandaient un maximum de discrétion dans son organisation et son déroulement. Des potentiels acheteurs, clients pour les trafics d'armes et de drogues. Nos partenaires attendaient cet événement avec impatience. L'alcool, la drogue et les filles pouvaient faire aisément tourner la tête, et j'aimais à observer le comportement des gens en ces conditions. Comme à chaque fois que son emploi du temps le permet, c'est dans le "théâtre" que Rodvic aime à régler les détails de ses affaires. Avec les filles qui font leur répétition, cela donne une atmosphère plus relaxante pour bosser. Avant de commencer, nous atteignons la hauteur de la scène. Rodvic me propose alors de choisir une des filles pour m'accompagner au long de l'événement. Feignant une réflexion en passant en revue toutes les filles présentes, j'arrêtai mon choix sur Alja. « Je vais me contenter d'Alja, la petite nouvelle. Elle risque d'être perdue à cette soirée. » J'affichai un sourire moqueur sans en penser un mot. Alja n'avait pas l'air perdue mais plutôt effrayée. Son visage s'était illuminé un bref instant. « Ah.. Ça ne va pas être possible pour Ali, elle sera déjà avec moi. Tu n'as qu'à prendre Kate, elle sera sûrement heureuse d'être dispensée de spectacle. » Je fronçai les sourcils. Il devait avoir une dent contre Kate, tout le monde ici savait que la danse était un exutoire pour elle... Nous restâmes dubitatifs quelques instants. Rodvic remonta s'installer à une table pour commencer le travail. Je lui emboîtai le pas. Je n'écoutais que d'une oreille ce qu'il me disait, distrait par sa manœuvre. Il devait sentir quelque chose qui lui déplaisait... Alja finit par se lever et quitter le théâtre. Un petit quart d'heure après, quand j'en eus terminé avec Rodvic, je quittai également la salle en espérant la trouver. Une porte était restée ouverte. Je la poussai et la trouvai. « Que se passe-t-il ? » lui demandai-je à voix basse en bosniaque. Elle explosa en sanglots. Démuni, je me contentai de l'enlacer. Une fois calmée, elle s'ouvrit à moi. « Tu voulais bien faire mais je vis un enfer... » Je ne comprenais pas ce qu'elle disait, c'était entremêlé de sanglots. « Comment ça ? Je n'ai rien fait, de quoi parles-tu ? » Je l'écartai afin de la voir, comme si cela changerait ma compréhension. « Et bien... faire comme si j'avais des clients alors que... Non. » J'arquai un sourcil. Faire ceci n'était pas en mon pouvoir. « N-non Alja tu ne peux pas ne "pas avoir de client". Rodvic surveille les comptes de près et te payer n'est pas dans mes projets. » Répondis-je sèchement. Je n'aimais pas ne pas comprendre. Elle mordilla sa lèvre inférieure avant de poursuivre, sans prendre en compte ma remarque. « Heath... il est au courant et... » La jeune femme peinait à s'exprimer, même dans sa langue maternelle. « Il t'a fait du mal ? » Tristement, elle acquiesça. Peu importait l'histoire des passes, sans aucune cérémonie je la quittai pour demander des comptes à Rodvic.
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MessageSujet: Re: A - Alja Minkovic   Ven 28 Oct - 11:55

Avant même que je puisse lui expliquer ce qui se passait, F quitta la pièce. Cette nuit-là, impossible de fermer l'œil... Le lendemain fut difficile à appréhender. Dans l'après-midi, on vint me chercher. Des frissons irrépressibles s'emparèrent de moi. « Non, je ne veux pas y aller... pitié non ! » Mon sang-froid envoyant une carte postale du paradis, je me débattais pour échapper aux gardes. Ils se mirent à deux pour m'enfermer dans cette maudite chambre. Je frappais la porte de mes poings, de moins en moins fort avant de me glisser le long de la porte en pleurant. Heath n'allait pas tarder. Que me réservait-il comme service ? Qu'allait-il faire de moi ? Allait-il parvenir à détruire ce qui restait de mon intégrité ? Le cliquetis de la poignée s'établissant fut mon signal d'alarme. Je me levai précipitamment et m’éloignai de l'entrée. Pour chaque pas en avant qu'il faisait, j'en faisais un en arrière. Au niveau du lit, mes genoux fléchirent et je me retrouvai assise à sa mi-hauteur. « Je t'en prie, arrête... Heath... » Les lèvres tremblantes des sanglots que je réprimais, je le suppliais de cesser ses agissements. C'est en défaisant la boucle de sa ceinture qu'il accueillit mes paroles fébriles. Mais Il stoppa son entreprise lorsque la porte s'ouvrit une nouvelle fois. Dans l'encadrement, Rodvic apparut. Il refera la porte derrière lui. La verrouilla. Mon cœur battait si fort... L'adrénaline que gênerait la peur dont je transpirais provoquer des tremblements dans mes doigts. « Rodvic ? » S'étonna Heath. Le taulier s'avançait vers lui d'un pas déterminé. « T-tu te la réservais ? F-fallait le dire, à défaut de t'en servir... du coup... ça... enfin on aurait pu éviter ça tu vois... » Il leva le bras et tendit une arme sur la tête de son serviteur. « Rodvic arrête ! » M'étais-je surprise à crier. Plus par morale que par pitié pour mon bourreau. Il prit un élan et frappa violemment Heath au visage, si bien que ce dernier chancela avant de tomber au sol. Rodvic s'approcha de moi, je restais stoïque, cachant ma peur alors que mes mains tremblaient toujours. Il me saisit par la nuque avec force et m'entraîna au niveau de Heath. Il me mit l'arme dans les mains. « Rodviiic arrêêête », lança-t-il avec sarcasme. « Je n'ai pas besoin que tu m'expliques ce qui s'est passé, je me doute que cette larve en a profité. Il t'a violée, frappée, je me doute qu'il ait fait montre d'une once de respect à ton égard. Maintenant si pour toi cela doit rester impuni soit. Laisse-le partir. Mais si pour une fois dans ta vie tu veux ressentir un minimum de justice... » Il glissa sa main le long de mon bras et prit mon poignet pour relever mon bras et me faire viser la tête de Heath. « Vise et tire. C'est aussi simple que cela Alja. » C'était la première fois qu'il prononçait mon prénom correctement, mais le plus choquant restait sa détermination à vouloir que je tue son homme. Qu'en tirait-il comme avantage ? Pourquoi me donner une arme ? J'aurais pu me retourner contre lui et le tuer... Pourquoi tant de risques ? Me croyait-il tout simplement incapable de faire ça ? Je ne pensais pas l'être non plus... Mais à ses mots que je répétais dans mon esprit, aux images que j'y rattachais, je n'étais plus capable de penser. Lorsque je pressai la gâchette et que la détonation retentit, je dois avouer avoir ressenti une vague libératrice. Comme si mon esprit s'était subitement allégé. Mais la vue du corps inerte de Heath me donna un violent haut-le-cœur...

Un garde avait déposé un sac dans ma chambre puis s'en était allé sans dire un mot. Cela faisait deux jours que je restais enfermée dans l'obscurité. Les filles qui partageaient la chambre ne se donnaient plus la peine de savoir si j'étais encore en vie, je ne leur répondais plus. Ce soir se déroulait le fameux show. Prenant mon courage à deux mains, je finis par me lever et prendre le sac. Une robe et un coffret de bijoux étaient mis à ma disposition. Sans me poser de questions, je m'affublai de ces apparats et me rendis dans la salle de préparation. Toutes les filles se faisaient belles mais aucune n'avait l'esprit festif. Un garde auparavant proche de Heath s'approcha de moi et me beugla que je n'avais rien à faire ici, le patron m'attendait en haut, au deuxième étage. Je n'avais pas le droit d'y aller en temps normal, c'était peut-être une combine pour m'attirer de nouveaux ennuis. Mais je ne me considérais plus à ça près... rapidement, je me rendis dans le bureau de Rodvic. Celui-ci était accroché à son téléphone. Il resta un instant figé à me jauger avant de me faire signe d'approcher. Il coupa court à sa conversation. « Tu pourrais au moins feindre d'être en vie. Un sourire vaut mieux que mille parures. » Je forçai un sourire, consciente que ça ne paraissait pas bien probant. « Oublie. Tout ce que tu auras à faire c'est être là. Tu es libre de profiter du spectacle et de tout ce qui est mis à disposition des convives tant que tu restes à mes côtés. » J'acquiesçai, après quoi il s'avançait vers moi et me rendis son bras que je pris. Alors que nous descendîmes, je m'autorisai à lui poser une question délicate. « Comment as-tu su pour Heath ? » Il marqua un silence éloquent avant de répondre. « Mes hommes savent très bien qu'ils n'ont pas à faire ça. Et encore moins en vous faisant du mal. Vous n'êtes pas des prostituées de rue et les clients auxquels vous êtes destinées sont assez exigeants. » Je l'écoutais partir dans ses explications en plissant les yeux. Cela ne répondait pas vraiment à ma question. Il comprit rapidement que cette réponse n'était pas satisfaisante. Mais ma place ne me permettait pas d'insister. « Pour le reste, tu es mieux de ne pas chercher à comprendre et de ne pas en parler. » Son ton était sec et sévère. Comme s'il s'agissait d'une question délicate. Je me contenterai de cela. Nous rejoignîmes F et Kate avant d'entrer dans la grande salle où une ambiance langoureuse et clinquante s'était installée. J'étais bien trop gênée et mal à l'aise pour faire attention aux regards des autres. Je ne faisais même pas attention à F ni aux filles qui déambulaient entre les invités. Nous nous installâmes à une table légèrement écartée des autres, en hauteur par rapport à la plèbe. J'œuvrais pour afficher un sourire et garder mon calme. Les personnes qui nous entouraient semblaient être des personnes importantes. On me servit un verre que je pris sans me faire prier. Il m'était impossible de suivre la conversation. Politique, filles, économie, filles, drogue, filles, ça tournait et je fermai les yeux quelques instants pour occulter le brouhaha ambiant et la musique. Une inspiration salvatrice. « Tout va bien Alja ? » S'enquit F. Je revins à la réalité. « Euh oui, oui, désolée. Tout va bien. » Un rire gras sonna à ma droite. « Haha les femmes ne tiennent pas l'alcool, faut que tu les entraînes à être un peu plus résistantes ! » La table se mit à rire et il posa fermement sa main sur ma cuisse, m'arrachant un sursaut et une expression patibulaire à Rodvic qui, par politesse, se passa de commentaire et leva son verre avec un sourire approbateur.

Après les révélations d'Alja, je m'étais empressé de retrouver Rodvic. Il était le seul à pouvoir falsifier les comptes destinés à son père. De but en blanc, je lui avais mis les aveux faits à demi-mot par Alja. Sa réaction me surprit. « De quoi tu te mêles ? Qu'est-ce qui ne va pas avec cette fille ? » Fermait-il les yeux sur ce qui pouvait arriver à ses filles avec des hommes qui commençaient à ne plus respecter ses règles ? « Cette fille ? C'est toi qui as un problème avec elle. Tu la préserves et te l'accapares, pour quelle raison ? » Mon ton était gorgé de colère. Plus pour Alja que pour les manœuvres de Rodvic. Il avait beau être plus petit que moi, il ne manquait pas de force et sans que je ne m'y attende, il me plaqua violemment contre le mur en m’agrippant le col. « Rien de tout ça ne te regarde, Faran le fils modèle. JE dirige ce club alors JE décide de ce qui s'y passe ! » Le voyant rougir de rage, j'en restai là pour le moment. Me défaisant de son étreinte, je pris congés. Son comportement avait changé depuis quelque temps, je ne le comprenais plus. Les jours qui suivirent, j'étais très occupé. L'arrivée de la soirée allait peut-être me permettre de faire un break. Ces derniers temps, j'agissais comme un robot, sans penser à ce que je voulais, ce que je pensais. Fuyant le moindre instant où je pouvais m'isoler avec moi-même pour réfléchir. Kate faisait une tête d'enterrement mais semblait heureuse d'être avec moi ce soir et non avec un de ces pervers qui arpentaient les couloirs autorisés aux invités. Malgré moi, je ne fis pas honneur à celle qui m'accompagnait et porta mon regard sur Alja. J'évitais de croiser son regard et d'agir de la façon la plus indifférente possible. Mais je la trouvais ravissante. Rodvic et moi n'échangions que quelques politesses rudimentaires. Nous évitions de nous adresser la parole depuis notre dernière rencontre. Tout semblait se dérouler sans encombre. Mais quand l'un des invités, le député Roorke, entama une approche physique envers Alja, je sentis Rodvic bouillir. Je fis un signe de tête à un garde qui s'approcha. Dans un chuchotement, je lui demandai de ramener des filles pour les convives installés à notre table. Chaque parcelle de peau visible d'Alja semblait se compresser, désireuses de voir cet étranger les quitter. « Ah ! Un peu de compagnie pour ces messieurs. » Lançai-je à l'arrivée des filles. L'une d'elles attira le député et la conversation repris dans le calme. Les minutes suivaient leur cours, des convives quittaient la table alors que d'autres y étaient invités. Au milieu de l'alcool et des stupéfiants se discutaient de nouveaux plans, renégociaient quelques contrats. Malgré ses efforts pour la garder près de lui, Rodvic constata que sa protégée attirait à nouveau les attentions de son voisin. Elle était tellement saoule qu'Alja ne réagissait pas à ces attouchements. Rodvic se leva et, dans une surprise rendant la tablée amusée, quitta le théâtre avec Alja. Ils pensaient qu'il allait simplement profiter de sa soirée en intimité. Mais je compris qu'il voulait seulement l'éloigner des invités. J'étais le seul à ne pas sourire.

Il me fallait trouver un moyen de me détendre. L'alcool, nonobstant les remarques désobligeantes de mon voisin de table, me sembla être la meilleure solution. Ces contacts faciles entre toutes les personnes présentes dans la salle me dégoûtaient. Après l'arrivée d'autres filles, Rodvic passa son bras autour de ma taille, me serrant contre lui. Bien que j'entendisse les conversations, je ne les écoutais pas. Le temps passait vite avec les verres de... je ne sais même pas ce qu'il y avait dans mon verre. Me guidant avec son bras toujours autour de moi, Rodvic m'intima de me lever. La soirée n'était pas terminée, mais je n'étais pas en état de lui faire part de mes interrogations. Quand bien même, je n'avais pas à discuter. Mon alcoolémie apposait des œillères à mes yeux, me faisant bousculer par moments les personnes que nous croisions. C'est jusqu'à ses quartiers que me conduisit Rodvic où il m'accompagna jusqu'à un lit. Ça devait être sa chambre. De longs voiles sur un lit à baldaquin dont le matelas m'avait engloutie. Cela me fit rire. Cette façon dont le lit me mangeait. Il revint vers moi avec un verre d'eau qu'il me tendit. Me redresser était impossible, mais il m'aida et porta le verre à ma bouche. « Hm pourquoi tu me donnes de l'eau ? » Demandai-je, le rire moqueur. « Ça t'épargnera peut-être un mal de tête affreux. » Doucement, mon sourire s'effaçait. Même assise, j'étais chancelante, peinant ainsi à rester à distance de Rodvic. « Pourquoi moi ? » Demandai-je avec un sérieux inattendu. La vérité est que ces mots s'étaient échappés de mes lèvres. Il fronça les sourcils avant de prendre la peine de me répondre. « Tu n'es pas plus jolie qu'une autre, à part tes grands yeux bleus tu n'as rien de remarquable. Tu es naïve et inconsciente des choses qui peuvent t'arriver. Ni maline ni particulièrement intelligente. Je ne sais pas pourquoi. Tu devrais te contenter de te sentir chanceuse plutôt que de te poser ce genre de questions. » Il afficha un sourire que je ne lui connaissais pas. « Peut-être que j'ai besoin d'une pause. » Ses derniers mots s'évanouirent dans le silence qui régnait dans la pièce. Il approcha son visage du mien et déposa un baiser sur mes lèvres. Je n'opposai aucune résistance, ne me posant pas de question sur la logique et la Morale dans le fait de s'abandonner physiquement à un proxénète de haut lieu qui a déjà abusé de moi auparavant et qui m'a "forcée" à tuer un homme. Ô comme le réveil de cette parenthèse fut dur...

Entre les piverts qui s'échinaient à percer mon crâne et mon corps nu contre celui de Rodvic, il m'a fallu faire appel à toutes mes forces mentales pour ne pas sombrer dans une crise d'angoisse. Doucement, je quittai le lit et remis mes vêtements. Enfin, ce que j'en retrouvai. Le plus discrètement possible, je sortis des quartiers de Rodvic et traversai le couloir sur la pointe des pieds. Impossible de me rappeler comment ça avait pu se produire, mais une chose était tristement sûre : je n'avais pas rêvé ce regrettable rapprochement. On s'évitait comme deux énergies opposées ne voulant pas se retrouver. C'était mieux ainsi. Le pire dans tout cela, est que je n'éprouvais aucun sentiment pour cet homme. Ses activités me révulsaient et la manière dont il traitait les filles comme du bétail me donnait des nausées. La simple évocation de cette nuit suffisait pour me détester. Une voix à présent familière m'interpella. Je retins mon souffle un bref instant. F. Il me fit signe de le suivre. Ce que je fis sans me poser de questions. Mon souffle s'entrecoupait, je n'étais pas à l'aise. « La disparition de Heath fait parler de toi. » Je baissai les yeux. Ce n'était pas ma journée... penser à Rodvic et à Heath dans le même quart d'heure était un véritable purgatoire. Ma bouche s'ouvrit mais aucun mot n'en sortit. « J'ai eu une discussion avec Rodvic au sujet de Heath. Mais ça ne s'était pas révélé très constructif. Cela dit, on ne voit plus Heath et certains disent que Rodvic et toi l'auriez... tué. » Je figeai mon regard dans le sien, haletante. « Peu importe le contexte, tu es rendue complice d'un meurtre, en as-tu conscience ? Qui sait, c'est peut-être même toi qui as pressé la gâchette. » Aucun mot ne me venait. « Je ne suis pas là pour te juger, et je serais très mal placé pour le faire. » Dit-il en posant ses mains sur mes épaules. « Il faut juste que tu prennes conscience que malgré la situation, tu restes dans le monde réel. Si Rodvic a une seule preuve pour te lier à cette affaire, alors il a trouvé un moyen de faire pression sur toi et d'obtenir tout ce qu'il veut de ta part. En a-t-il ? » Des larmes font briller mes yeux humides. Je n'avais pas pensé à tout cela sur le coup... « L-l'arme... » F ferma les yeux et soupira. Il me prit dans ses bras comme si cette attention suffirait à me rassurer. Après quelques minutes, il m'avoua être incapable de me promettre de m'aider même s'il ferait de son mieux. Ce n'était pas à lui de prendre des risques pour rattraper les erreurs... Il n'avait rien à me promettre.

Alja était un rayon de clarté dans l'ombre où je baignais depuis des années maintenant. Si proche de moi et en même temps à des années-lumières de moi... Je voulais l'aider. Faire en sorte qu'elle ne finisse pas comme Raya. Mais Rodvic semblait vouloir la garder près de lui. Trop près. Très vite cela pourrait porter préjudice à la jeune fille qui n'a rien demandé. Les jours passaient et je tentais d'apaiser la situation entre Rodvic et moi. Ce n'était pas une mince affaire... Il était méfiant, comme s'il avait quelque chose à me reprocher et surtout, quelque chose à cacher. Son père n'allait pas tarder à demander des comptes sur le rendement du club. Je redoutais sa venue. Ça n'aura d'ailleurs pas tardé. Deux semaines plus tard, on entendait parler de sa venue. Les contacts avec Alja se faisaient rares, à chaque fois que je la croisais, elle était trop accompagnée. Quand bien même, ça n'avançait pas de mon côté. Amir. Personne ne l'appelait ainsi. Peu connaissaient son prénom de toute façon. À l'annonce de sa venue, Rodvic n'était pas plus inquiet que ça en apparence. Lorsque son père arriva au Mayfly, il fut accueilli comme un roi. La bimbo qu'il entretenait avait changé depuis la dernière fois. Il me salua d'une accolade chaleureuse et se contentera d'une salutation verbale pour son fils. Nous fîmes le tour de la villa jusqu'à atteindre l'étage des filles. À peine nous eûmes terminé de monter les escaliers que dans l'angle du palier Amir se fit bousculer violemment. « Alja ! » Gronda un garde au loin. Elle avait le chic pour rencontrer les mauvaises personnes... leur rentrer dedans n'était toutefois pas la meilleure idée. Rodvic lança un juron dans sa barbe avant de prendre les devants et de vouloir l'éloigner. « Tu ne vas tout de même pas t'occuper de ça toi-même. » Déclara son père en le stoppant. D'un claquement de doigts, l'un de ses hommes s'avança. Il prit Alja par le bras et alors qu'elle tentait de refuser son étreinte, il la gifla d'un aller-retour. Je détournai le regard alors que Rodvic s'indignait. Après lui avoir assaini d'autres coups, l'homme l'élan dans les bras du garde. Le cortège d'Amir reprit sa route à travers les couloirs avant d'arriver au deuxième étage dans le salon qui nous servait de salle de réunion. Après un verre et l'échange d'informations, le patron annonça qu'on allait effectuer quelques ventes privées. Il disait avoir reçu quelques demandes qu'il aimerait honorer. « Quels types de ventes ? » Demandai-je tout en me doutant de la réponse. « De filles. »

Les heures et les jours passaient. Naturellement, je m'étais éloignée des autres filles. Elles n'étaient plus sans savoir que Rodvic m'avait dans ses bonnes grâces. Certaines n'hésitaient pas à me le faire payer d'ailleurs. Kate avait usé de sa bonne aura pour me piéger et m'enfermer dans une des chambres des filles. Je reprendrai à la naïveté que Rodvic avait décelé chez moi... Je me détestais. Cette nuit à oublier disparut de mon esprit lorsque la porte s'ouvrit sur deux des gardes qui étaient à la botte de Heath. Je leur dis présentée comme un cadeau, un gage de réconciliation. Il n'était pas question que je sois servie ainsi en pâture. Je leur filai entre les doigts et courus jusqu'aux escaliers pour chercher de l'aide. L'un des deux gardes était sur mes talons. Ma course fut brusquement stoppée par un inconnu accompagné de Rodvic et F. Dans un premier temps, je fus soulagée. Mais la parole de l'homme semblait diriger les actions de Rodvic qui avait amorcé un mouvement pour me venir en aide. Je ne comprenais pas, mais fus rapidement prise en main par un type que je n'avais jamais vu ici. Il me maintint à sa hauteur et me gifle si violemment que je serais tombée à terre s'il ne m'avait pas retenue. Il planta son poing dans mon ventre à plusieurs reprises, s'attachant à chaque fois un cri de douleur. Pourquoi personne ne réagissait ?! La douleur forçait des larmes à s'échouer sur mon visage alors qu'on me balançait dans les bras du garde qui, quelques minutes plus tôt, était prêt à défaire sa ceinture... Une fois l'homme mystère et toute la troupe partit, le garde hésita quelques instants. Sonnée, je n'étais plus capable de savoir ce qui allait m'arriver. « Que s'est-il passé ? » Entendis-je être prononcé avec la voix de Lena. « Elle est littéralement tombée sur le Patron. » Je sentis sa main froide se poser sur mon visage. « Pourrais-tu l'emmener en l'infirmerie ? » Il soupira. Comme si mon état l'avait freiné dans sa pulsion. Il m'aidait à marcher le long du couloir jusqu'à atteindre la salle de repos où on m'installa sur un lit. La douleur était encore fraîche, mais je n'étais pas sans savoir que le plus dur, c'était le lendemain. Une fois le garde parti, Lena s'occupa de moi. Ma main se posa sur la sienne. « Merci... » Échappai-je avant de recevoir un sourire de sa part qui aurait pu dire : "C'est normal, il faut être solidaire". Visiblement, ça n'était pas la politique de tout le monde... Je parvins à fermer les yeux et à m'endormir.

Ce fut le surlendemain que Lena me déclara que je devais sortir. Sinon elle risquerait d'avoir des ennuis. Je ne me fis pas prier et laissai ma place. Partagée entre l'envie de monter subrepticement voir Rodvic et celle de m'enfermer dans ma chambre, je restai figée quelques instants. J'avais trop peur de croiser à nouveau la route du "Patron" comme m'avait expliqué Lena. Celui qui chapeautait toute l'organisation. Le grand manitou, le père de Rodvic. Même si elle m'avait assuré que les deux étaient aussi détestables l'un que l'autre, je ne pouvais m'empêcher de voir l'incarnation du diable dans le Patron et un simple ange déchu dans les yeux de Rodvic... Prenant une grande inspiration, je me décidai à monter les quelques marches qui menaient au deuxième étage. Il devait être un peu moins de midi, la majeure partie des habitants de cet enfer sur Terre devait être tout en bas dans l'attente de se restaurer. Pour le moment, la voie semblait dégagée. Mais lorsque je passai devant une des chambres, j'entendis s'élever des voix. « Tu es allé lui raconter quoi pour qu'il prenne cette décision ?! » Accusait Rodvic. « Que vas-tu imaginer ? Je n'ai rien dit à qui que ce soit ! Si tu n'es pas capable de prendre sur toi et de te montrer un minimum discret, tu ne peux pas me blâmer moi. C'est uniquement de ta faute si Amir en arrive là ! » Rétorqua une voix que j'assimilai à celle de F. Pourquoi se prenaient-ils la tête ? N'étaient-ils pas amis ? « Vu la situation actuelle jamais je n'aurais préconisé de relancer les ventes. C'est trop dangereux. À l'extérieur ça grouille de fédéraux avec ces histoires à Downfall. En plus de ralentir nos trafics, ça impacte notre clientèle. Alors autant te dire que si cette histoire d'acheteur est vraie, s'il a vraiment obtenu de lui cette somme, il la vendra sans ciller. Et vu comment elle t'affecte, n'importe quel prix lui suffira pour se débarrasser d'elle. » Un élan de rage résonna dans un grognement avant que des bruits sourds se fasse violence. Sans me poser de questions, d'ouvrir la porte. Ils étaient en train de se battre avec une telle colère dans le regard... Je m'interposai entre les deux hommes pour qu'ils cessent et faillis me prendre un coup. Les deux énergumènes restèrent pantois. Même si leur colère était encore vive, au moins ils ne se tablaient plus dessus. Ils s'écartent et me firent face. « Qu'est-ce que tu fais là ?! » Tonna Rodvic. Je bégayai quelques tentatives de justification mais sans succès. « Tu ne t'es jamais dit qu'à force de chercher les ennuis tu allais en trouver de plus gros que toi ? » Suivit F. Cet acharnement soudain me stupéfia. Je me sentais si vulnérable que j'eus un pas de recul alors que F avança. « Tu n'auras pas toujours des inconscients qui prendront des risques inconsidérés pour toi. Jusqu'alors, tu as juste eu beaucoup de chance. Et ça ne va pas durer. » Déclara-t- il avant de partir. Je restai plantée là, encaissant. Lorsque je repris contact avec la réalité, Rodvic était toujours là, tenant son épaule endolorie. « De quoi parle-t-il ? » Demandai-je. Un silence pesant s'installa. Il me fixa quelques secondes. « Tu vas quitter le club. » Un léger sourire se dessina sur mes lèvres. Jusqu'à ce qu'il me dise par quel prodige j'allais partir...

Malgré mes tentatives de désamorçage concernant ses projets de vente, Amir ne démordait pas de son idée. Il finit par me prendre en aparté pour m'expliquer son entêtement qui notait plus d'un caprice que d'un choix mesuré. « Rodvic est à la dérive depuis plusieurs mois. Il n'a jamais vraiment eu les épaules pour le job mais ça tenait parce que tu étais là pour redresser la barre. On dirait que ça ne suffit plus. La disparition de Heath a soulevé des questions. Qu'on perde des filles, ça arrive. Mais des hommes de confiance... Je ne peux pas laisser passer ça. » Mes traits se durcirent à l'évocation de cet "incident". « Il a fait descendre l'un de nos meilleurs éléments. » Mes poings se serrèrent à l'image de ce que Heath faisait subir aux filles. À Alja. « Et cette fille... Alja. J'ignore d'où elle sort mais ce que j'entends me déplaît. Si l'éloigner permet à Rodvic de se reprendre, ça m'évitera d'avoir à agir. » Agir... Est-ce que le Patron était capable de remplacer son fils unique ? Sans l'ombre d'un doute. Je ne voulais pas qu'il arrive malheur à Rodvic. Je passai ma main sur mon visage. « Et tu as déjà un acheteur ? » Amir eut un rictus. « Ce ne sera pas un problème, l'acheteur. Le plus important et de la rendre docile. Je ne laisserai pas cette gamine ternir notre image. » Son téléphone se mit à donner, ce qui termina notre conversation. Je devais convaincre Alja d'être coopérative avant qu'Amir ne cherche à la mater. La trouver ne fut pas compliqué. Je la pris par le bras sans ménagement pour l'éloigner des autres regards. C'est au troisième étage que je l'amenai. Avant de monter les derniers escaliers, elle me harcela de questions sur ce que je comptais faire en l'empêchant en haut. Sans lui répondre, je me fis violence pour l'amener dans une pièce à l'abri de regards et oreilles indiscrètes. « Tu me fais peur F... » me dit-elle en bosniaque. « Tu as bien raison d'avoir peur. » Je marquai une pause en la regardant. « Mais pas de moi. » Ses traits semblèrent se détendre. « Tu vas être vendue et rien ne pourra l'éviter. Le mieux pour toi, c'est que tu obtempères le plus possible. » Alja s'offusqua. Elle n'imaginait pas à quel point elle avait été chanceuse depuis son arrivée dans le réseau... « Nooon... » Dit-elle dans un soupir décontenancé. Son regard avait beau me supplier de lui éviter ça, je restais de marbre. J'étais impuissant. Et vu comment Amir paraissait remonté contre Rodvic, ce n'était pas le moment de faire un faux pas. « Il trouvera rapidement un acheteur. Peut-être demain, ou après-demain. Ensuite il cherchera à s'assurer de ta docilité. Vu ton comportement et les antécédents dont il a eu vent, il va sûrement vouloir constater ça par lui-même... » Au fur et à mesure que je lui décrivais comment la suite se déroulerait, Alja se décomposait. Je lui expliquais ce qui serait attendu, comment elle devrait agir pour s'éviter des ennuis. Mais elle se mit à me pousser et me crier de dégager. D'abord surpris, je saisis ses bras pour qu'elle arrête. La jeune femme ne se clamait pas. « Ressaisis-toi ! » Rien n'y faisait. Je lâchai prise sur elle et quittai la pièce en la verrouillant derrière moi. Il fallait qu'elle se défoule visiblement. Cela dit, si j'étais resté, je l'aurais probablement calmée à la manière forte. Je redescendis en rangeant mes clés dans ma poche. Amir croisa ma route sur le palier. « Hm tu as pris les devants avec cette Alja ? Ça m'évitera une peine. Plus qu'à espérer que ce sera suffisant. »

Impossible de pleurer, impossible de simplement crier jusqu'à plus de souffle. C'est en frappant dans ce qui se trouvait autour de moi et en balançant des objets à travers la pièce que je parvenais à extérioriser. Je me fichais du vacarme que ça produisait. Cela participait même au processus. Le cauchemar semblait sans fin... Arracher les draps qui découvraient de vieux meubles, retourner les vieilles commodes, lancer les bibelots dans les murs et les observer se briser au sol... Cette crise finit par m'épuiser. Je me laissai tomber sur le matelas qui dormait au fond de la salle et fondis en larmes. J'ignore combien d'heures j'avais dormi, mais à mon réveil, rien ne semblait avoir changé. Je me levai puis tentai de quitter la pièce. La porte était ouverte. À pas feutrés, je descendis les marchés jusqu'au rez-de-chaussée pour trouver de quoi me restaurer et m'hydrater. Les cuisines étaient vides. J'en profiterai pour me servir. Entre deux plans de travail et un vieux tabouret, je mangeais, pensive. La porte s'ouvrit dans un grincement qui me fit sursauter. « Tiens donc. » Amir s'avança jusqu'à moi. Se penchant pour approcher son visage du mien, il glissa sa main sur ma nuque et expira longuement. « Et dire que le blé que tu vas me rapporter ne remboursera même pas ce que je paye pour t'entretenir. Tsss... nous vivons une période vraiment merdique, tu ne crois pas ? » Je restais silencieuse, ne voulant pas que ma voix réagisse cette panique qui s'emparait de moi peu à peu. Il quitta cette proximité physique avant de poursuivre. « Même vendue, finalement, tu me devras cet argent. » Mon rythme cardiaque s'accélérait mais je restais muette. Soudain, Amir plaça sa main derrière ma tête et appuyant violemment pour qu'elle heurte la table. Je ne puis étouffer un cri de douleur. Ce qui ne manqua pas de lui faire plaisir. « Peu importe où tu iras, ce que tu reviendras, nous serons comme une ombre sur toi qui réclamera son dû. Jour, après jour, après jour, après jour. J'espère que c'est bien rentré dans ta tête d'écervelée. » Il exerça une dernière pression avant de me relâcher et de quitter la pièce en prenant quelque chose dans un placard. Ma tête se relevait presque toute seule, comme allégée de cette oppression inopinée. Trois jours après cet entretien bref mais intense, je fus appelée. Il était arrivé, celui qui me posséderait jusqu'à la fin de ma vie. Je n'avais pas l'intention de rester un objet. En cette vente, je voyais une meilleure occasion pour s'enfuir et partir loin. Ils sauraient retrouver en Amérique. En Bosnie. J'ignore où, mais il fallait que je parte loin d'eux. Ma passivité semblait déplaire à Rodvic qui ne daignait pas m'adresser un seul regard. F était plus perplexe. Au détachement dont il a pu faire preuve, je me doutais qu'il savait que je n'avais pas l'intention de rester avec mon acheteur. Amir se demeurait déjà intérieurement de l'argent qu'il allait recevoir. L'attente ne fut pas longue avant que le client arrive. Son entrée était discrète mais attendue. C'était un homme assez grand pour la moyenne, les cheveux d'un blond foncé brillant, bien coiffés. Son teint hâlé contrastait avec ses yeux bleu clair. Sa posture bien que droite et rigide, ne manquait pas d'élégance. Sans qu'un seul mot autre que des salutations ne soit prononcé, Amir, Rodvic et F quittèrent le hall avec le client qui ne m'avait pas lâché du regard.

Les négociations étaient terminées et sans faire d'histoires j'étais partie du Mayfly. La mine renfrognée et le regard hostile, je n'adressai pas un mot à mon acheteur. Joshua. La route fut longue. Enfin longue... pour une personne qui n'est pas montée dans une voiture depuis des mois, ces deux heures parurent longues. À mi-chemin je m'étais endormie. L'arrivée me réveilla en sursaut. Joshua me souhaita bienvenue sur un ton froid avant de sortir de la voiture et de venir m'ouvrir. Je sortis et restai scotchée sur la maison qui se dressait devant moi. Un manoir imposant aux airs robustes. Il n'était pas large, mais ses deux étages savaient le démarquer dans ce coin résidentiel un peu isolé. J'emboîtai le pas de Joshua. Tout était silencieux, vieux et abîmé. Comme si le manoir avait été abandonné pendant des années. « Tu as une chambre à l'étage avec une salle de bain. Si tu as besoin de moi je reste en bas. La cuisine est sur la droite après la salle à manger, à gauche il y a un salon donnant sur une véranda et juste après une petite bibliothèque. » J'écoutais tout en sentant quelque chose d'étrange. « Il n'y a que nous ? » Demandai-je même si la réponse n'allait rien changer à ma vie. Il opina du chef. « Ils m'ont prêté cet endroit mais qu'ils ne comptent pas sur moi pour mettre de l'ordre dans tout ce bazar. » Dit-il sèchement avant de poser son manteau dans l'entrée et disparaître dans le manoir. Le laissant seule. Derrière moi, la porte d'entrée était ouverte. Je pouvais partir, m'échapper. Puis je repensai aux paroles d'Amir. Ils me retrouveraient. Je devais me procurer de l'argent et quitter le continent... Un pessimisme vint entamer mon moral déjà bien bas. Installée dans la chambre qui m'avait été attribuée, je guettais le moindre bruit de plancher, la moindre ouverture de porte. Mais rien n'avait l'air menaçant. Je passai le reste de la journée dans cette chambre à redouter, réfléchir, tenter de trouver un moyen de s'extirper de cette situation. La nuit tombée, je descendis. Joshua était installé dans le salon, silencieux. Il lisait un magazine. « Joshua ? » L’interpellai-je d'une voix douce et hésitante. Je ne voulais pas faire un faux pas. Il baissa son magazine et leva les yeux vers moi. « Qu'attendez-vous de moi ? » La question pouvait paraître directe mais mon interlocuteur avait l'air plutôt laconique alors autant ne pas tourner autour du pot. « Rien. » Il retourna à son magazine sans rien ajouter. Le lendemain, je me réveillai l'esprit étrangement serein. J'aurais aimé ne jamais quitter ce lit. Même si son moelleux me rappelait celui de Rodvic, j'étais prêté à y passer ma vie... Cependant, ce n'était pas possible. Inéluctablement il me fallut descendre et subvenir à mes besoins physiologiques. Forcément, je croisai Joshua. Le gratifiant d'un bonjour - plus par automatisme que par politesse - Je me servis une tasse de thé. « Fais comme chez toi. » Envoya Joshua avec un train de sarcasme. « E-euh vous... vous alliez me faire un thé ? » Peut-être avais-je raté un épisode mais ça m'étonnerais qu'il me fasse le service. « Ton accent, il vient d'où ? » Demanda-t-il avec intérêt. Intriguée, je lui répondis simplement. « Bosnie-Herzégovine. Pourquoi ? » Il haussant les épaules. Une heure plus tard, Joshua me dit qu'il devrait passer la journée à l'extérieur. Il me tendit un téléphone portable. « Mon numéro est en favoris. S'il se passe quoi que ce soit ou si tu as besoin de quelque chose, tu m'appelles. Ha. J'oubliais : "ne sors pas" c'est pour ton bien que j'dis ça mais si tu ne tiens pas à ta vie tu peux toujours te barrer. » Sur ces mots, il quitta le manoir.

Ce n'était pas évident pour Rodvic de voir partir Alja. Pourtant, c'est ce qu'il y avait de mieux pour elle au final. Lors de la transaction, Amir restait silencieux, effacé. Comme toujours lorsque des personnes extérieures étaient présentes. Le paiement planifié, nous quittâmes le bureau. Alja partit avec le client. On ne la reverrait peut-être jamais et je le lui souhaitais. Même si l'avenir se redéfinissait pour elle, je ne pouvais m'empêcher d'avoir peur. Depuis le temps, j'avais saisi comment elle fonctionnait et toute seule, elle ne pourra pas réussir à se défaire de cet homme. Là où je me rassurais, c'était d'ailleurs dans l'acheteur. Même si cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu, c'était un client respectueux et sans histoire. La seule fois où son nom est ressortis en mal dans nos rangs, c'est quand une des filles s'est suicidée à coup de médocs pendant une séance avec lui. Cela eut pour mérite de calmer ses venues. C'est également cette fille que Rodvic voulait remplacer en commandant Alja. Assez ironique que ce soit celle qui lui soit vendue... À défaut de la rendre heureuse, au moins il la respectera plus que certains clients qui foulent les couloirs du Mayfly. Amir me somma de surveiller Alja dans ses moindres déplacements, que mes hommes soient même visibles pour lui faire comprendre qu'on épie sa vie. Donner l'impression à Alja que même échangée contre de l'argent, elle nous appartient. « Quitte à ce que tu t'en occupes personnellement. » Cette mission m'arrangeait. Je pouvais légitimement l'observer et continuer à veiller sur elle, même de loin. Rodvic ne s'adressait que des regards noirs. Il pensait que j'avais tout fait pour éloigner Alja car je la voulais pour moi. C'était une réaction complètement puérile qui toutefois, résumait bien son état d'esprit. Un enfant pourri gâté qui pense que tout lui est dû et que tout le monde veut ce que lui possède. On le craint, le jalouse. Enfin c'est ainsi qu'il pense. « Je ne "veux" pas Alja, ce n'est pas une chose à s'approprier. Tu as pris soin d'elle pour que justement, elle ne soit pas réduite à ça. Certes, pas de la façon la plus intelligente qui soit. Tout ce que je veux, c'est qu'elle survive à tout ça. » Il ne me comprenait pas. Pourquoi l'enfant gâté ne pouvait pas avoir ce jouet ? Pourquoi papa l'envoyait ailleurs et pourquoi petit frère ne l'aidait pas à le récupérer ? Au lendemain de son départ, Rodvic me demandait déjà des informations sur elle. « Tu vois Rodvic, c'est avec des comportements comme celui-ci que tu perds. Tu n'as toujours pas compris que c'est par ta faute qu'Amir l'a vendue ? Je te ferai savoir si quelque chose lui arrive si tu veux. Mais ne viens pas me poser de questions à son sujet. » Voilà qui mettait fin à notre amitié intemporelle. Les récents événements n'avaient fait que nous éloigner l'un l'autre. À présent ne résidait qu'une animosité réciproque. Même si paradoxalement, je tiendrai ma parole de lui donner des nouvelles d'Alja.

Rester enfermée dans ce manoir était bien moins déplaisant qu'au Mayfly, mais de la fenêtre, je guettais la liberté. Comme si j'avais oublié ce que ça faisait, de disposer de son libre arbitre. Ces derniers mois m'avaient-ils changée ? Probablement. J'aimais à croire que cela m'avait renforcée. Mais hormis le fait que je sois devenue plus réfléchie, je ne nourrissais pas l'espoir que ça m'ait métamorphosé. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j'aurais aimé que cela me rende plus comme F. Il savait aisément tenir à distance tout ce qui pouvait l'impacter. Réfléchi et froid mais fort de ses convictions et de ses principes. Il ne laissait pas les autres lui dicter ses gestes et savait poser les siens de sorte à obtenir tout ce qu'il voulait. Il restait cet homme que j'avais rencontré : un trafiquant d'êtres humains, un vendeur d'âme. Cependant, il est intègre et honnête. Ce n'était pas une personne qui allait passer par quatre chemins pour dire ce qu'il pense. À défaut de respecter la Morale, au moins il respectait ce qu'il était. F n'était pas foncièrement mauvais. Bien qu'il soit du côté "sombre", il n'était pas intrinsèquement mauvais. Je respectais F. Pas pour ce qu'il faisait, mais pour ce qu'il était. Malheureusement, sa place dans la société creusait un fossé entre nous. Comme si nous étions sur deux plans différents, deux mondes parallèles. Néanmoins, cet obstacle ne semblait pas infranchissable. Un instant, je me mis à sa place. C'est un moyen de gagner de l'argent pour lui. Vu sa proximité avec les garants de ce réseau, il n'aurait pas survécu longtemps s'il aurait fait le choix de ne pas suivre le mouvement... Ma vision naïve manichéenne du monde avait changé. On pouvait faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons, sans forcément cautionner ce que l'on fait. Sans forcément y prendre plaisir. Sans forcément être mauvais. En conclusion, mon rapport à l'illicite avait bien changé. D'autant plus que même des hommes de moi, des politiques et autres acteurs de la société craignaient dans ces vices illégaux. Une nouvelle fois, Joshua rentra. Il prenait une douche, réchauffait quelque chose à manger et s'installait devant un journal, un bouquin ou un magazine. Je m'assis non loin de lui. Après un long moment silencieux, il daigna constater ma présence. « Demain tu viens avec moi. » Exposa-t-il brièvement sans réellement décoller ses yeux de son livre. « En quel honneur ? Et pour quel motif ? » Poussai-je sur le même ton froid. Il laissa échapper un léger rictus. « En l'honneur que je fais pas dans le baby-sitting et pour le motif suivant : contribuer à la société. » Je fronçai les sourcils. Il m'exaspérait tellement ! Sans réponse, je rouspétai d'un souffle forcé et montai me coucher.

Comme dans un ralenti, je cours. Je cours. Il faut que je coure le plus loin possible, le plus vite possible. Mais plus j'avance et plus la porte s'éloigne. Ce couloir est sans fin, mais j'ai toujours espoir d'atteindre la sortie. Les secousses tentent à me faire tomber pour que derrière, les ombres me dévorent. La terre entière paraît trembler et soudain, mon souffle se coupe. Je continue de courir malgré ça, je cours jusqu'à ce que mon corps ne suive plus. Je finis par tomber. Et tomber. Tomber encore et encore dans un siphon tournoyant où le néant semble m'étreindre. M'éteindre. Ma poitrine se compresse. Dans une douleur électrique, je ferme les yeux. « Ne bouge pas ! » Je me réveillai en sursaut toute en sueur. Il faisait noir mais j'étais éblouie. Les cris et le vacarme environnant me perturbaient. Je ne savais quelle voix suivre. Des ordres étaient criés. À moi, à eux, à Joshua. On me traîna hors du lit et me passa les menottes avant de me faire dégringoler les escaliers. Totalement perdue, mon regard se fixa sur Joshua qui était agenouillé au sol, menottes aux poignets. Je voulais crier. De peur, d'incompréhension, pourtant mes muscles ne répondaient plus qu'aux paroles des hommes dans le noir. Des ombres. Nous fûmes embarqués dans des vans sombres. « Q-qu'est-ce qui se passe ? Qui êtes-vous ? » M'obstinai-je à demander. Il m'était incapable de bouger, mais je pouvais toujours parler. Les hommes armés restaient de marbre. Aucun ne répondait. Après vingt bonnes minutes de route, quelqu'un ouvrit le van et nous descendîmes. Le parking où nous nous trouvions était désert. Seule une voiture noire était à noter. Un bâtiment qui ressemblait à un local abandonné. Je tremblais. Non pas du froid qui s'éprenait de mes bras et de mes jambes découvertes, mais de l'angoisse et des craintes qui m'envahissaient. L'une des ombres me poussait jusqu'à l'entrée du bâtiment. À l'intérieur, des lumières donnaient la dimension de ce qui se passait. Des agents des forces de l'ordre. Leur équipement était intimidant et les seules personnes en tenues civiles n'étaient pas particulièrement avenantes. Un vieux moustachu avec un costume trop lavé, un ahuri à lunettes dont le comportement capillaire a probablement aidé à déceler le syndrome des cheveux incoiffables, puis un autre qui, au-delà de son air renfrogné, paraissait être le plus équilibré. C'est d'ailleurs lui qui s'avança en premier. « Bonsoir, Elias Werner, LAPD. Voici mon coéquipier Wayne Ridler et l'agent spécial Dave Martel. » Le pédant en costume s'approcha de moi et me tendit la main. « Enchanté... » Je penchai la tête sur le côté. Il retira sa main, comprenant qu'il m'était impossible de faire quoi que ce soit menottée. Werner se retenait de rire. « Allons au sous-sol, on sera plus à même de faire le point sur la situation. » N'ayant d'autres choix que de suivre les directions que l'on me donnait, je suivais le mouvement. Nous nous retrouvâmes, Joshua et moi, dans une pièce s'apparentant à une salle de réunion secrète entouré des trois hommes qui constituaient notre comité d'accueil. Deux ombres étaient venues puis nous avaient détachés avant de prendre congés. Le dit Ridler nous fit signe de prendre place. Joshua avait l'air totalement serein. Je n'allais pas tarder à comprendre pourquoi.

Les déplacements de Joshua paraissaient être des plus normaux. Aucun mouvement du côté d'Alja. Mon gars en position dans le quartier m'avait indiqué que parfois il la voyait près d'une fenêtre au premier étage de la résidence où elle était assignée. Quelques clichés furent pris. Elle paraissait en bonne santé et encore entière dessus. Difficile pour mon sbire de faire remarquer sa présence à l'intéressée. Ce n'était, à mon sens, pas une bonne chose de se faire voir. Si Alja pouvait nous voir, d'autres le pouvaient aussi. Et pour ces autres, on se doit être invisibles. Je comprenais difficilement cette lubie d'Amir de rappeler à la jeune femme chaque jour l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Les ordres ont beau être les ordres, je faisais ce qu'il y avait de mieux pour les intérêts du réseau. Je retirai mon homme du quartier de Joshua. Au matin, il lèverait le camp. Dans la nuit, la sonnerie de mon téléphone me réveilla alors que je faisais un horrible cauchemar. « F j'écoute. » Au bout du fil, mon envoyé spécial. « Les flics, ils ont débarqué dans le manoir et ont emmené Joshua et la fille. J'ai essayé de les filer mais j'ai perdu leur trace. » Et merde. Si la police s'en mêlait, les fédéraux redoubleraient leur attention. Ce n'est pas bon pour nous... Ils avaient un client et Alja. Elle savait bien trop de choses... Pour quelle raison la police aurait eu un mandat contre la résidence de Joshua ? Il n'avait rien à se reprocher, c'était flou... Réveillant mes lutins informateurs, je les chargeai d'éplucher au peigne fin tout ce qu'ils pouvaient trouver sur lui. Savoir si l'acheteur n'a pas eu d'affaires étranges contre lui. Le but étant d'étudier son rapport avec les autorités et la justice. Je me mis un instant à la place d'Alja. Au-delà de l'angoisse qu'elle devait ressentir, elle ne dirait rien. Amir m'avait assuré s'être occupé de lui faire comprendre que quoi qu'il advienne, nous pourrions la retrouver et disposer d'elle.

Les présentations faites, ils en vinrent enfin aux faits. « Joshua est un informateur à qui nous avons donné les moyens de retourner dans le cercle du Mayfly. Ils font très attention à qui ils laissent accès à leur club, c'est donc difficile, voire même impossible, pour un agent fédéral de s’immiscer directement dedans. Cela fait près de quatre mois que l'on attendait un signe de vie des activités illégales du club. Ils étaient tellement pressés de vendre l'une d'entre vous qu'ils ont relancé le business avant d'éclaircir leur route. » Expliqua l'agent spécial. « L'objectif premier des fédéraux était de mettre la main sur une employée du club pour avoir des informations sur l'envers du décor. On a bien vu avec Joshua que le rideau menant aux loges restait fermer. Du coup, ce sont eux qui t'ont... achetée. » Ajouta Werner. Je portai mes main à ma tête. Ils m'embrouillaient l'esprit. Je peinais à emmagasiner tout ce qu'ils déblatéraient. « Désolé si notre premier contact est brutal. Mais nous savons que des hommes du réseau qui vous a amenée ici surveillaient le manoir. On devait faire croire à une descente. S'ils avaient suivi Joshua qui vous amenez à nous tranquillement, ça aurait mal tourné pour vous deux. » Cela expliquait la mise en scène, mais ça ne me plaisait pas pour autant. Joshua restait muet. Fidèle à lui-même. « Du coup Joshua n'est pas un... enfin si mais pas vraiment au final, un acheteur ? Ce qui veut dire que je suis libre de mes mouvements ? Que tout est terminé ? » Demandai-je pleine d'espoir et en même temps hésitante. Leur mine se fit basse. « Pour le moment, vous êtes sous la coupe des fédéraux. Vous allez donc rester ici le temps de l'enquête. Il vous sera demandé de faire une déposition et d'écrire votre témoignage écrit. Une fois le dossier constitué, oui, vous serez entièrement libre. Nous pourrions aisément demander à ce que vous puissiez résider sur le sol américain, ou alors vous payer un billet retour vers votre pays. » J'eus un mauvais pressentiment qui me poussa à me lever et à me mettre sur la défensive. « V-vous voulez dire que je suis en état d'arrestation ou un truc du genre le temps de l'enquête ? Que je ne serai libérée qu'une fois l'affaire close ? Vous avez quelque chose dans vos lois, votre constitution, qui vous autorise à retenir des innocents contre leur gré ? » Werner expira longuement. Mais pas d'énervement. En tout cas pas contre moi. Ridler se leva et s'avança vers moi. « Disons simplement que pour l'instant, on ne peut pas prouver que vous êtes réellement innocente ou coupable. Ce sera au juge d'en décider. Dans tous les cas, vous êtes sous notre responsabilité pour le moment. C'est-à-dire qu'on vous protège et qu'on subvient à vos besoins. Je pense que pour votre bien, vous feriez mieux de rester avec nous. » Je n'étais à l'abri nulle part. Peut-être que ces personnes parviendront, comme elles disent, à me protéger. « Et où allez-vous me garder ? » Un silence s'installa. « Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne s'en prennent au manoir. Joshua devra leur rendre des comptes, dans sa version, nous vous avons renvoyée dans votre pays. Lui devrait être tranquille et nous on devrait pouvoir facilement collaborer avec vous et ainsi espérer les faire tomber. Pendant ce temps, vous allez devoir résider ici. C'est sécurisé, surveillé. Il y a des caméras partout à l'étage, et une patrouille veille au grain à l'extérieur. Un agent du LAPD restera également ici le temps que vous nous donniez les informations dont on a besoin. » Une nouvelle cage. Mais sans fenêtres cette fois.

Les émissaires des forces de l'ordre quittèrent la salle. Ils avaient à discuter entre eux. Seule avec Joshua, j'en profitai pour tenter d'avoir son aide. « C'est donc ça... tu es un... espion infiltré ? » Cela n'avait pas l'air de le faire réagir. « Pourquoi tu les aides ? Tu étais un habitué du club pour avoir tes entrées, pourquoi les vendre subitement ? » Il se redressa sur sa chaise. Je sentis un malaise. Une corde sensible avait été effleurée. « J-je n'ai jamais eu affaire avec ces gens Joshua. J'ignore si je dois les craindre plus que le Mayfly, s'ils sont honnêtes ou si ils essayent de me piéger... Je ne sais pas qu'en penser... » Exprimai-je comme une supplication. Il inspira profondément avant de se lever. « J'ai... fréquenté une fille du club. Elle s'est donné la mort en ingurgitant je ne sais quelle merde. J'ignore comment les gars se sont débrouillés, mais le corps a refait surface et mon ADN a été retrouvée. Si je ne veux pas être enfermé pour meurtre, il faut que je contribue à l'enquête visant à démanteler le réseau. Si mon aide est constructive, je pourrais bénéficier du programme de protection des témoins jusqu'au procès et ma dette à la société sera payée. » Il me racontait cela comme une fatalité. « Mais tu ne l'as pas tuée, pourquoi ce serait à toi de porter le chapeau ? » Il sourit d'un air moqueur. « Tu comprendras vite que la justice américaine ne cherche pas la vérité, seulement à avoir un coupable et gagner chaque round. Si tu veux un conseil : méfies-toi de ce que te proposent les fédéraux. Ils s'en fichent que tu survives à tout ça tant qu'ils parviennent à mettre quelqu'un derrière les barreaux. » Je peinais à croire à ses paroles. Les États-Unis étaient un symbole de liberté et de justice. Quelqu'un ouvrit la porte. Joshua devait partir. Je me retrouvais seule avec l'agent Werner. « Bon... il fait encore nuit, je vais t'accompagner à ton lit. » Il commençait à faire froid et l'endroit était lourd d'humidité. Je le suivais en observant bien autour de moi. Mais j'étais trop fatiguée pour réfléchir à quoi que ce soit. Demain serait un nouveau jour. Des vêtements étaient posés sur une chaise en bois à côté d'un lit en toile orné d'une petite couverture de laine. Le sommeil me vint étonnamment vite. Le lendemain, je me réveillai plus tôt que je ne pensais. Mais impossible de le savoir sans lumière du jour... Une odeur de café embaumait toute la cellule. Je me rendis dans la salle d'hier. Werner avait comme peint les murs de clichés, plans, visages, noms, lieux. Je fis le tour de la pièce en regardant avant attention tous les éléments. Ils avaient un dossier énorme... Comment le Mayfly pouvait encore exister avec toutes ces informations à leur disposition ? « Bonjour Alja, un café ? »

Avec plus de prudence et de discrétion, je gardais un œil sur le manoir de notre cher Joshua. Nous n'avions rien trouvé de significatif à son encontre. Mais j'étais persuadé que quelque chose ne tournait pas rond. Un message lui avait été envoyé lui donnant rendez-vous dans un lieu neutre. S'il avait les flics sur le dos, le club n'était pas une bonne idée. C'est plus tard dans la la journée que l'on se rencontra. Je n'étais pas seul, mais ça, il n'en savait rien. « Alors, comment ça se passe avec Alja ? » Mon ton était suspicieux. S'il n'était pas trop idiot, il ne me mènerait pas en bateau. Ce qu'il fit sans hésiter. « J'ai un petit problème avec les flics... rien de grave et rien qui ne concerne notre business. Mais lorsqu'ils ont fait une descente chez moi, ils l'ont prise. Son visa ayant expiré, ils l'ont expulsée du territoire. » Je fronçai les sourcils. Les papiers étaient à jour. Le type qui gérait l'administratif des filles n'avait jamais fait une seule erreur. Je demanderai tout de même confirmation. « Hm. Et du coup, que vas-tu faire ? » Il me regarda d'un ton interrogateur. « Tu vas pas t'asseoir sur autant d'argent si facilement, si ? » Le provoquai-je. « J-je ne veux pas d'ennuis tu sais. Cette fille c'était... pour éviter de revivre la même chose que... enfin tu sais de quoi je parle. » J'acquiesçai d'un signe de tête. « Pourquoi tu n'essayerais pas de te trouver une femme tout simplement ? » Suggérai-je sur un ton plus détendu. Il rit un instant. Mais il semblait nerveux. « Joshua, qu'est-ce qui ne va pas ? » Repris-je avec sérieux. Il me cachait quelque chose, mais impossible de savoir quoi. « La police t'a parlé de nous ? Elle t'a posé des questions ? » Amorçai-je pour lui faciliter les choses. « N-non... ils m'ont posé des questions sur la fille, forcément, mais elle n'a rien balancé. Elle s'est contentée de suivre ma version. Elle ne posera aucun problème. » J'arquai un sourcil. Alja, ne pas poser de problèmes ? J'étais déjà étonné qu'elle puisse avoir été docile avec cet homme. Et en plus elle n'aurait pas cherché à dire la vérité aux autorités ? Son manège aurait pu marcher auprès de n'importe qui. Mais mauvaise pioche. Je connaissais Alja et malgré les nombreuses tentatives menées pour la rendre plus raisonnable et discrète, elle ne pouvait pas avoir changé aussi rapidement. Je posai une main sur l'épaule de Joshua en baissant les yeux. « Tu es quelqu'un de bien Joshua. Je ne sais pas ce que tu as fait d'elle, mais si j'apprends que tu l'as mise dans une situation merdique, je retrouve ta famille et toutes les personnes auxquelles tu tiens et je leur fais la peau. Compris ? » Je plantai mes yeux dans les siens. Il se crispa sous mon regard et mon emprise. Il savait que je ne plaisantais pas et que je prenais pas à son histoire. « Attends-toi à avoir de la visite prochainement. » Sur ces mots, je le laissai et repartis.
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MessageSujet: Re: A - Alja Minkovic   Ven 28 Oct - 14:55

Werner s'arrangea pour faire venir du thé. On se mit au travail rapidement. Je ne lui posais pas de questions, il n'osait pas non plus. Il se contentait de faire défiler des photos sur la table et je devais seulement dire si la personne me disait quelque chose ou non. Je voyais des visages de femmes. La plupart m'étaient inconnues. Mais pour celle que je reconnaissais, elles étaient rayonnantes, belles. Plus que dans mes souvenirs. La drogue, les passes, la captivité, ça changeait des personnes. Les sévices subits nous changeaient physiquement. Je me demandais à quel point j'avais changé... Apparut une photo de Raya. Je n'énonçai rien. « Alja ? » Je secouai ma tête, reprenant mes esprits. « Désolée... » Expirai-je. « Ce n'est rien. Je me doute que ça ne doit pas être facile émotionnellement. Tu veux qu'on fasse une pause ? » Je répondis par la négative d'un simple mouvement de tête et nous reprîmes. Des photos d'hommes, des clients pour certains. Vinrent des têtes qui pouvaient être apparentées aux membres du réseau. Je l'arrêtais sur les visages qui m'étaient connus. Vint le visage de F. Un dilemme se posait. J'aurais dû dire oui directement, sans réfléchir. Mais devant cette hésitation, je passai la photo pour voir la suivante, comme si son visage ne me disait rien. L'effacer de l'enquête policière n'était pas à ma portée. Mais je ne voulais pas que mes informations ajoutent du poids à son dossier. Si F m'avait permis de me sentir mieux, de traverser tout ça en continuant de regarder de l'avant, il pouvait très bien le faire pour d'autres personnes. Je me mis également à penser comment je réagirais lorsque la photo de Rodvic passera. Puis résonna la voix de Joshua dans ma tête. Ils veulent un coupable. Au moins un. Amir et Heath étaient les deux personnes que je détestais le plus au monde. L'un, je l'avais tué, l'autre, je n'avais que peu d'informations sur lui. D'ailleurs, cette histoire de Heath me fit un électrochoc. Rodvic avait probablement gardé l'arme avec laquelle je l'avais tué... Je me levai, suscitant l'interrogation de Werner. Mon souffle s'accélérait. « Q-quoi, qu'est-ce qui ne va pas avec cet homme ? » Je peinais à prononcer le moindre mot. « J-je... je ne veux pas participer à l'enquête. » Finis-je par avouer. Il se leva à son tour, perplexe. « Tu ne veux pas contribuer à l'arrestation des personnes qui t'ont enlevée, séquestrée, maltraitée, probablement violée, vendue ? » Mes yeux devenaient humides mais je retenais les larmes. « C'est juste que... c'est trop dur de revivre tout ça. Je pensais que c'était terminé avec Joshua... Que ma vie finirait par reprendre son court. Mais là... si je vous dis tout ce que je sais... ils me retrouveront et me tueront... » Je jouais la carte de la petite femme fragile trop embrumée par ses émotions. Cela semblait marcher. Ou pas... Il fronça les sourcils, comme s'il comprenait mes appréhensions. « Assieds-toi. » Son ton était posé et rassurant. Je m'exécutai. « J'aimerais juste que tu m'aides sur ce coup. » Il fit glisser jusqu'à moi une sorte de pêle-mêle qui semblait être un organigramme. La hiérarchie du réseau. Frêle et hésitante, je replaçai les photos. Rodvic était placé tout en haut, suivi de F et d'autres. Amir n'était même pas dans le tableau. Maintenant, il allait y paraître. Amir à la tête, F inconnu et Rodvic au même niveau que les autres. « Il n'est qu'une façade. Le vrai garant du club et de leur trafic, c'est Amir. » Werner restait dubitatif mais semblait me porter crédit. « Bien. Je te remercie. On va faire une pause. »

Assise sur mon lit, j'explosai en sanglots. Prenant la mesure des risques que je prenais en restant ici, la peur m'envahissait. Avaient-ils conscience du danger qui me guettait ? Si les trafiquants apprenaient que j'étais avec la police, il n'y aurait qu'une seule issue : une balle dans la tête. J'eus un flash de la tête de Heath. La détonation de l'arme. Cela ne fit qu'encourager mes pleurs. Même si je me sentais stupide et faible de me mettre dans cet état, j'en avais besoin. Il fallait que je lâche prise. Werner n'avait pas pu ne pas m'entendre. Il enta dans la chambre et vint vers moi avec lenteur. Il s'assit à mes côtés et m'enlaça. Je ne voulais pas de sa pitié et de son attention, mais je ne voulais pas non plus lutter contre lui. Mes démons me demandaient déjà trop d'énergie. Alors je me laissai aller dans ses bras. Une fois calmée, je me redressai et quittai son étreinte. Il se leva et éteignit la caméra de la chambre. « Alja, je vais poser tous les appareils électroniques en ma possession par terre. Ils sont tous éteints. Je n'ai pas de micro. » Ajouta Werner en déboutonnant sa chemise et en me montrant ses oreilles. J'étais intriguée et gênée, ne comprenant pas ce qu'il voulait. Je commençais même à avoir peur... « Rien n'est en mesure d'enregistrer ce qui se passe dans cette pièce à présent. » Je pris un peu de distance avec lui. « Qu'est-ce que vous allez me faire ? » Lui demandai-je en témoignage de ma peur. « Rien rien, non, je vais rien te faire. Je veux juste que tu me racontes ton histoire. Ce dont tu te rappelles. Tu ne veux pas témoigner dans l'affaire par peur de représailles, parce que tu cherches à protéger quelqu'un ou parce que tu n'es pas blanche dans cette affaire, peu importe. La raison de ton silence ne me regarde en rien et je la respecte. Une fois dehors, ces types pourraient te retrouver peu importe où tu iras. Je suis conscient que vivre dans ces conditions, ce n'est pas pour toi. Mais j'aimerai que tu penses à toutes ces filles. Celles qui n'ont pas la chance d'être à ta place aujourd'hui. L'enquête est au point mort. Les fédéraux sont aveuglés par le rendement et ne font pas attention aux nouveaux éléments, tout ce qu'ils veulent, c'est un témoin qui répondra à toutes leurs questions, qui fera le dossier pour eux. Ils pensent l'avoir trouvé en t'ayant toi. Mais si je parviens à trouver des preuves grâce à ton aide, je pourrais sûrement les convaincre de te laisser tranquille. Tout ce que tu as vécu peut nous permettre de trouver de nouveaux indices. Si on les suit et qu'on trouve quelque chose de concret, tu n'auras pas à témoigner. » Sa tirade aurait pu m'effrayer, mais il me rassura. Je me sentais moins paranoïaque, moins décalée. Je me livrai à lui, occultant certains passages. Je lui parlai de la Bosnie, de Raya, des conditions de voyage, du club, d'Amir, des drogues, des filles. Il était concentré, comme s'il voulait pouvoir se rappeler des mots exacts que j'employais.

« On a aucune trace d'elle. S'ils l'ont renvoyée, c'est par l'opération du divin. » J'expirai un juron. Ces connards de flics avaient Alja et ils ne la lâcheraient probablement pas jusqu'à ce qu'elle leur ait donné toutes les informations qu'ils voulaient. Bien que je sois d'un naturel calme et que mon self-control était légendaire, je mis un violent coup de poing sur la table. « Il faut que notre gars au LAPD se rapproche de l'enquête. Je veux savoir s'il y a du nouveau sur notre dossier et si possible où ils la gardent. » Mes hommes quittèrent la pièce et s'empressèrent de faire leur boulot. Moi je me laissai tomber sur une chaise et regardai le plafond. Si Amir apprenait ça... Il fallait que je me charge de Joshua personnellement. Que je prenne de l'avance pour qu'il considère le job fait. Ce n'était pas le choix le plus intelligent, mais le seul qui pourrait empêcher à Alja de nous avoir sur le dos. Elle devait sûrement avoir de quoi faire déjà avec les flics. J'entrepris donc la mission de refroidir Joshua. Je n'avais rien contre lui, en finir avec ce type ne m'enchantait guère. C'était un gars visiblement honnête même s'il manquait de droiture. Mais il fallait bien agir. On ne peut pas épargner tout le monde. À un moment, il faut que des têtes tombent. Faire passer des messages. Je conduisis jusqu'au manoir et attendis le moment où il sortirait. Lorsque Joshua pointa le bout de son nez dehors, je démarrai la voiture et vins me poster entre lui et son véhicule. « Monte ! » Il jeta un regard autour de lui puis monta. Je repartis et l'emmenai loin. « O-où est-ce qu'on est ? » Me demanda-t-il lorsqu'on sortit de la voiture. « Un chantier. Ils sont en train de construire des appartements résidentiels je crois, un truc du genre. » Autour de nous, il n'y avait pas un chat. Le sol était quadrillé, jalonné de petites barrières, de signes colorés. « Pourquoi tu m'as amené ici ? » Je le jaugeai un instant. Il n'était pas si dupe que cela. « Tu sais pourquoi. Pas vrai ? » Il baissa les yeux. Il n'était pas serein mais resta silencieux. Il savait. « Pourquoi est-ce toi qui t'en charges ? V-vous... d'habitude vous laissez vos chiens de garde faire le sale travail, non ? » J'acquiesçai. « Il parait qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Et disons que tu as piégé la mauvaise personne. » Il ne comprit qu'après un instant de réflexion. « Alja ? Hm je pense qu'elle saura s'en sortir avec eux. Mieux que moi. Tu la sous-estimes. » Je plissai les yeux. Avait-elle vraiment pris du plomb dans la tête pour qu'il pense ainsi qu'elle soit capable de s'en sortir ? « Ça ne change rien. Tu m'as menti et tu l'as mise dans une merde encore plus profonde qu'elle n'était déjà. Et je suis un homme qui tient ses paroles. » Dans le silence de la nature saccagée, la détonation du coup de feu résonna. Alors que je me débarrassais du corps, une voiture débarqua. Deux hommes en sortirent. Comment savaient-ils que j'étais là ? Je compris rapidement que c'était Joshua... Son téléphone avait sûrement un traqueur GPS et il devait probablement avoir un micro sur lui. Les fédéraux s'attendaient à ce que l'on agisse... C'était la première fois que je trahissais ma minutie. Et cette erreur me coûterait la vie. Je les vis sortir leurs armes. Ils n'avaient aucune intention de m'interpeller. Ils allaient tout simplement me tuer. Avant même que je ne puisse ressortir mon arme et leur tirer dessus, ils avaient déjà pressé la détente... Ma dernière pensée fut son visage. Ce visage qui se dessinait dans la pénombre de Bosnie. Ce visage endormi dans le van. La douceur de sa peau... j'aurais aimé, ne serait-ce qu'une dernière fois, l'effleurer... Sentir sa chaleur... Mais un froid immense me transperça et plus rien. Je me sentis juste, m'en aller...

Cela devait bien faire dix heures que je dormais. Je me réveillais doucement. Mais l'état de la salle où on travaillait brusqua mon arrivée dans le monde réel. Trois hommes décortiquaient nos tableaux, nos documents. Tout était photographié puis trifouillé. « Où est l'agent Werner ? » Demandai-je au premier homme qui fit attention à moi. Il fronça les sourcils. « Il est de sortie pour la journée. On vient faire un point sur l'avancée de vos travaux. Ça nous paraît assez maigre. Il faudrait commencer à se bouger. » Sa remarque m'offusqua. Mais mon regard fut attiré par des croix tracées sur deux visages. Celui de Joshua et de F. « Vous barrez les personnes ne faisant pas partie du réseau ? » La personne me regarda, l'air hébété. Il se pourrait qu'avec mes informations, ils aient décidés d'écarter F et au passage, d'enlever Joshua du tableau. « Non... ce sont les personnes décédées mademoiselle. » Un instant de stupeur. Je reculai d'un pas avant de me retourner et de partir dans ce qui me servait de chambre. Là, je pris une seconde pour réaliser. Je m'effondrai au sol. Comment était-ce possible ? Il m'était impossible de contenir la rage et la colère qui grandissaient en moi. Sans comprendre, je me mis à tout envoyer valser et à donner des coups contre les murs. On frappa à la porte. Je ne répondais pas, continuant d'extérioriser ma peine. Ils ouvrirent et l'un des hommes me maîtrisa au sol pour que je cesse ces élans de violence. « On se calme, on se calme. » Ordonnait avec nonchalance l'un des agents présents. « Nous avons épluché les éléments que tu as apporté à Werner. Et ils s'avèrent... comment dire. Insuffisants. Loin de nous l'idée que tu cherches à protéger tes ravisseurs, mais on commence à se poser des questions. Surtout en voyant que tu n'as toujours pas rédigé de déposition signée. » Il s'accroupit et se pencha vers moi. « Tu sais que le seul moyen d'avoir notre protection est d'accepter de témoigner ? » Calmée, je le regardais droit dans les yeux. « Que leur est-il arrivé ? » Il fronça les sourcils. « Un règlement de compte à l'arme à feu, les deux hommes se sont entre-tués. » Expliqua le troisième homme. Mon regard se perdit quelques instants. « Alja. Si tu ne veux pas coopérer avec nos services, on n'aura pas d'autre choix que de te laisser dehors, seule. Tu comprends ce que ça signifie ? » J'acquiesçai d'un signe de tête. « Bien. Tu m'as l'air d'être une fille intelligente. Essaye d'agir en tant que tel. » Le deuxième homme me lâcha mais je restai à terre. Les trois mousquetaires s'en allèrent. Mais arrivé à l'encadrement de la porte, le premier se retourna. « Une petite question. Pourquoi avoir désactivé cette caméra ? » Je regardai ladite caméra en me relevant. « Question d'intimité... » Répondis-je en époussetant la poussière sur le pantalon qu'on m'avait donné. Les énergumènes avaient quitté les lieux.

Ce n'est que tard dans la soirée que j'entendis les portes s'ouvrir et se fermer. Werner entra dans la chambre sans frapper, l'air inquiet. « Alja, ça va ? » Me demanda-t-il. Je lui assurai que ça allait et lui parlai des agents qui étaient passés. Il soupira. « Avec la mort de Joshua, ils n'ont plus que toi comme potentiel témoin. Ils ne te laisseront pas le choix, tu devras les suivre ou disparaître de leur champ de vision. » Il m'était difficile de comprendre dans quoi j'étais à nouveau embarquée... « Ils pourraient s'en prendre à moi si je refuse ? » Il répondit par l'affirmative. « Il n'y a qu'un seul moyen de leur échapper si tu persistes à ne pas vouloir témoigner. » Son visage était grave. Lui-même n'était pas en accord avec ce qu'il allait me proposer. « Je pourrais t'aider à entrer dans l'enceinte de Downfall... » J'ignorais de quoi il s'agissait. Ce nom ne m'était pas inconnu. Je me souvins l'avoir entendu à plusieurs reprises au Mayfly. Cela devait sûrement concerner leurs trafics de drogue ou d'armes. C'était brouillon. « Si tu parviens à entrer dans ce quartier, tu seras hors d'atteinte des fédéraux. » Werner sentait que j'étais perplexe. « Qu'est-ce que je vais faire une fois là-bas ? » Il haussa les épaules. « Si tu arrives à y entrer, tu seras libre d'y vivre ta vie. Mais ce ne sera pas sans risques. Il faudra que tu fasses attention à qui tu fréquentes et à ce que tu fais. C'est la loi de la jungle qui régie cette ville. Il faudra être prudente. » Ça me semblait être ma seule option. L'idée de témoigner et d'aider ces fédéraux était inconcevable à présent. Je préférais vivre en marge de la société toute ma vie que de contribuer à ce système. « Je pourrais t'expliquer comment se passent les choses là-bas, mais je ne pourrais pas t'accompagner. Il y a des personnes vers qui je peux t'orienter. Si tu parviens à te rendre utile pour eux, ils veilleront sur toi. » Pour moi, il n'y avait pas à hésiter. « Je suis prête à tenter le coup. » Werner commença à m'explique comment la société était organisée à Downfall. L'évocation des gangs, des trafics et des assauts me glaçaient le sang, mais il valait mieux vivre dans cette perdition que de ne plus vivre du tout. Si je cédais aux fédéraux, rien ne m'assurait qu'ils me protégeraient une fois l'affaire close. Downfall serait ma destination. Quitte à laisser ma peau, autant la laisser en essayant de m'en sortir. Je ne veux pas que mes choix soient dictés. Je veux me battre et survivre. Pour les morts laissés derrière moi, pour ceux qui m'ont aidée, et pour donner un sens à ma vie. Je ne cherche ni la gloire, le pouvoir ni forcément l'argent. Le deal de Werner me semblait risqué mais jouable. Loin de moi l'idée de gâcher cette porte de sortie. Ou plutôt, cette porte d'entrée.

Le lendemain, Werner vint me réveiller dans un silence des plus oppressant. Il me conduisit à l'extérieur alors que l'aube sommeillait encore. Je suppose que nous étions dans sa voiture personnelle. Nous fîmes quelques kilomètres avant qu'il ne s'arrête à l'orée de Downfall. Ce coin paraissait désert et pourtant, on s'y sentait épié, surveillé, observé de partout. « Sois vigilante. » Conseilla Werner. Cela me paraissait plus qu'évident. Nous vîmes à la rencontre d'un homme sombre et renfrogné. « Werner, quelle surprise. » Il s'avança vers nous d'un pas sûr. « Une surprise, vraiment ? » Le type me dévisagea et me jugea. J'ignorais ce qu'il y avait entre les deux hommes et je ne voulais pas le savoir. Pourquoi Werner connaissait ces gens ? La question resta dans mon esprit et je soutenais le regard de l'inconnu. Il sourit du coin des lèvres. « Je dois faire quoi d'elle ? C'est mon anniversaire ? » Je serrai le poing, imaginant que je lui mettais dans la tête en lui demandant si j'avais vraiment une tête de cadeau. « J'ai un deal à te proposer. » L'inconnu esquissa un rictus. « C'est moi qui propose les deals, Werner. T'es pas en position de force. On a bon dossier sur toi. » L'agent baissa les yeux un instant. « Cette fille travaillait pour un réseau qui revend votre came en grandes quantités. Je peux m'arranger pour passer sous silence tout ce qui pourrait lier les Prayers à ce réseau. À condition que tu t'arranges pour lui trouver une place chez vous. » Le contact resta dubitatif. « Pourquoi elle est encore en vie si elle ne travaille plus pour eux ? » Décontenancée par le fait qu'il préfère poser ses questions à Werner plutôt qu'à la principale intéressée, moi, présente, je pris les devants. « Les intérêts du groupes doivent passer avant les intérêts personnels du dirigeant. Or, le garant du réseau est devenu instable et tellement centré sur sa personne qu'il a mis à mal toute son organisation. Son manque de discernement et son incompétence l'ont mené à me vendre aux fédéraux. Sauf que je ne suis pas du genre à me laisser faire. Werner me devait une faveur, alors il m'a mise en contact avec vous. » Je gardais mes bras le long de mon corps, tentais de cacher le tremblement frénétique que me procurait l'adrénaline de l'instant. Je n'avais aucune idée de ce que je faisais, mais ça avait l'air de marcher. Werner me regardait, stupéfait que je me prenne au jeu. Cependant, ce n'était pas un jeu. C'était ma vie qui se décidait dans cette entrevue improvisée. L'inconnu soutenait mon regard. Je ne cillai pas un instant face à lui malgré la peur qu'il m'inspirait. J'étais parvenue à parler d'un ton franc et sec, presque coléreux, en pensant à Rodvic. Je lui en voulais. Selon F, il avait de l'affection pour moi. Alors pourquoi, au lieu de me protégé, avait-il agit comme un enfant à en faire qu'à sa tête à mon égard ? Pourquoi n'a-t-il pas réfléchi à comment me protéger de son père et du reste ? Le Prayer fit un pas vers moi. « Comment puis-je savoir que tu es fiable si tu as fréquenté les féd' ? Qu'est-ce qui me prouve que je ne ferais pas mieux de simplement te descendre, là, plutôt que de t'embaucher ? » Il était assez proche pour que la buée sortant de sa bouche m'atteigne. Toutefois, je m'approchai également, réduisant encore l'espace qui nous séparait. « J'ai été jusqu'à me laisser vendre pour servir les intérêts de mon boss, pensant qu'il avait d'autres projets que de me laisser en pâture. Côté dévotion, je ne suis pas du genre à me moquer de mes supérieurs tant qu'ils sont fiables et qu'ils agissent dans l'intérêt du business. J'en sais assez sur vous pour ne pas me tromper en affirmant que vous avez toujours besoin de main d'œuvre. Pour ce qui est de me refroidir, permettez-moi de vous dire que vous n'avez rien à perdre à me prendre en test. Si je ne vous conviens pas, vous pourrez toujours avoir le loisir de disposer de ma vie comme bon vous semble. » Son visage affichait une expression de satisfaction inquiétante. Comme s'il s'imaginait déjà me tirer une balle dans la tête. « Hm. Et tu n'as pas peur en déblatérant ta tirade que je te réduise à servir de putain pour nos hommes ? » Dit-il, provocateur, en passa sa main d'un geste ferme dans mes cheveux. « Je suis plutôt douée dans les rapports sociaux, mais pas tant que ça dans les rapports physiques. Je m'occupais plus de faire signer les contrats que de "convaincre" les clients. Cela dit, je suis prête à faire beaucoup de concessions pour gagner votre confiance et servir votre cause. À vous de voir ce que vous voulez faire de cette proposition. » Je posai ma main sur la sienne et la retirai. Il suivit mon mouvement sans que je n'ai à forcer. « Ouais. À nous de voir. Rendez-vous dans deux heures. Je te communique le lieu. » Conclut-il en regardant Werner. Nos chemins se séparèrent. C'est donc deux heures après, alors que nous attendions dans la voiture, que Werner fut contacté. Le rendez-vous était donné. L'heure de vérité. Mon ventre était noué dans l'attente de savoir s'ils me descendraient ou s'ils m'accepteraient. Un camion s'arrêta au point de rendez-vous. « Fais attention et prends soin de toi Alja. » J'acquiesçai d'un signe de tête et le remerciai avant de sortir de la voiture pour rejoindre le camion. Un homme ouvrit les portes arrières. Le Prayer de tout à l'heure m'aida à monter. Je comprenais dans son regard qu'au moindre pet de travers, il n'hésiterait pas à me tuer. Mais que pour l'heure, ils allaient m'accorder une chance de faire mes preuves.
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MessageSujet: Re: A - Alja Minkovic   Sam 29 Oct - 0:00

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A - Alja Minkovic

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