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 Journal de Saoreen Menotios

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Avatar : Magdalena Zalejska
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« L’homme est le seul animal qui en fait souffrir d’autres sans autre but que celui-là. »
Arthur Schopenhauer

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Lun 11 Jan - 1:36

Journal de bord
#15
Altis, balle en plein cœur
On m'a fait passer pour une criminelle, par mes actes et mes sentiments : faisant du mal à ceux qui m'entourent et ceux qui croisent mon chemin. Comme une ombre qui s'attache à chaque âme qui s'approche d'elle et attire un nuage sombre. Plus j'avance et plus je comprends les raisons qui me firent vivre en solitaire durant toutes ces années. Pourtant, j'ai essayé. J'ai essayé mais j'ai tout foiré... Alors j'ai prié pour que l'on m'aide. Je ne veux pas finir comme ça. Il me reste encore des forces pour me battre, ce n'est pas terminé. Hugo Frais est bien déterminé à m'aider, même si à côté, le Loup ne fait que m'enfoncer, mettant en exergue mon inaptitude à contrôler le manque que me suggère la drogue. À chaque fois que l'on me rappelle ma faiblesse, j'ai envie de replonger allègrement dans mes travers. Si je m'étais trouvée face à Dalkhan et non le Loup, je crois qu'il m'aurait été difficile de réprimer une violente impulsion. J'essayais de m'en sortir, ne voyait-il pas les efforts que je fournissais ? Pour lui, ce n'était pas assez. Parce qu'il avait réussi à s'en sortir facilement, il ne pouvait tolérer que j'ai besoin d'aide. Une semaine. Le Loup avertît le médecin que je devais me détacher de cette dépendance en une semaine maximum. Il sembla prendre cela en compte et, après que je me sois confiée à lui, Hugo me proposa un planning mélangeant drogues et substituts. Pourvu que ça fasse effets... Que je me débarrasse de cette addiction...

Le jour où une partie de mes cauchemars vont cesser. Enfin je l'espérais... Le Loup, mes frères, allaient me vendre au gouvernement. Profiter du premier ministre, lui soutirer tout ce que je pourrais. Ce n'est pas une chose que j'appréciais ; abuser des sentiments d'une personne. Surtout que vu le personnage et mon état, je ne saurais lutter bien longtemps. J'avais si peur ! Appréhendant ce qui allait m'arriver, j'avais envie de me jeter genoux à terre devant le Loup et lui supplier de ne pas me vendre. Mais j'ai pris une dose et j'ai relativisé. Suis les directives et tout ira bien. Il te protégera. Il te l'a promis. Il l'a promis à Mikali. Il t'aime... J'essaye tant bien que mal de me rassurer, mais des larmes arrivent à chatouiller mes joues. Les essuyant d'un revers de la main, j'attends l'heure fatidique où je serais livrée. Les mains derrière le dos, menottée, sans armes, sans rien pour me défendre. On m'assoit dans le humvee et direction lac de sel. Ce lac... comme je le hais. Sans cette guerre avec Natalya, rien de tout ça n'aurait dérapé. J'aurais gardé le contrôle. Pas le moment de penser à tout ça. Je gardai la radio sur la fréquence de la MS. Dalkhan me donna une fréquence privée sur laquelle il m'assure qu'il restera. Je devrais lui communiquer la situation pour qu'ils interviennent au cas où que ça dérape. Mais ça va déraper... c'est obligé... Il était si sûr que ce ne serait qu'un verre ou deux qu'il ne prit pas le temps de prendre en compte ce que je savais du comportement de De Ryckman. Pour lui, ça resterait cordial. Mais les rendez-vous cordiaux étaient déjà fait. Il allait passer à la vitesse supérieure, c'est obligé. C'est le Loup, je ne pouvais pas en dire plus. Mon avis d'Ushtar n'a pas de poids face à lui. Le problème fut le même lorsque je partageais mes inquiétudes face au comportement de certains frère à mon égard : mais non, ils ne t'en veulent pas ! Bien sûr. On a beau me dire en face ce qui ne va pas, lorsque j'en parle à des personnes extérieures : je me fais des films. Alors je prends sur moi, comme d'habitude. Si la situation part en vrille, ils ne pourront pas agir à temps, le mal sera déjà fait. Prenant cela en compte, je prépare mon esprit à combattre seule. Seule face au monde.

Le rendez-vous se passait bien, même si je peinais à garder mes idées claires. Salif Touré était là, c'était déjà rassurant. Je ne serais pas toute seule. Toute la cour du gouvernement était présente. Nous arrivâmes au complexe gouvernemental sans trop d'encombres - même si le conducteur a failli nous tuer... Et nous nous installâmes dans un petit jardin. Lambert m'y témoigna quelques attentions qui me mirent mal à l'aise. Le regard du Président et des autres était insistant. Je fermai les yeux et pris une grande inspiration lorsque Lambert me déclara qu'il avait écrit une chanson pour moi, interprétée par Dene Paki. Nous écoutâmes tous la chanson avec attention. Bien que les paroles étaient belles, j'aurais aimé qu'elle sortent de la plume de n'importe qui sauf de De Ryckman. D'ailleurs, je me permis de douter qu'il soit l'écrivain de ces vers... Après cette chanson, il me demanda en mariage. L'épée qui sommeillait au-dessus de ma tête sembla tomber sur moi. Ma fierté me poussait à mettre dans le visage de Dalkhan l'erreur qu'il avait fait en me livrant à eux et en même temps j'avais si peur de la suite des événements que je ne pouvais réprimer mes tremblements. Comment sortir de là ?! Recentrant mes esprits, je pris le temps de repenser à ma mission. Tentant de faire jouer cette demande en mariage à mon avantage, je lui confiai mes réticences à m'engager dans quoi que ce soit avec ces oubliés qui me traquent. Ce fut difficile, mais il finit par me proposer que si jamais il me rapportait la tête du roi de ces lépreux, alors je ferais tout pour que la balance penche en faveur d'un oui. Manipuler les autres n'est pas mon premier atout. Faire espérer des personnes, même cet homme, me procurait un sentiment de lâcheté et de révulsion. Au même instant, je recevais des messages de Mark. Il me disait qu'il tenait une belle brochette d'oubliés. Cela avait bien plus d'importance pour moi que ce qui se passait là. Ce roi qui m'empêchait de vivre comme bon me semble, ce roi à cause de qui je devais rester enfermée à Molos tant qu'une escouade n'était pas là pour me protéger. Je voulais le découper moi-même et le donner à bouffer à ses congénères dégénérés. Il me donna un lieu de rendez-vous mais je lui confiai que j'étais retenue au complexe gouvernemental...

Une attaque semblait imminente sur l'île. On nous demanda d'aller nous mettre à l'abri. Lambert et d'autres insistèrent pour que j'aille me réfugier chez lui. Hors de question. Je préférais de loin rester à l'extérieur. Salif me demanda de le suivre, Dene et Felix aussi, mais aucun n'allait dans le même sens. Je demandai à mes frères d'aller au point de rendez-vous que me donna Mark et prévins ce dernier que je ne pourrais m'occuper personnellement de ces erreurs de la nature. Priant pour que tout se passe bien pour eux, je me dis que vu ce qu'on me forçait à vivre, la MS me devait bien ça. Je suivi un instant Dene et Felix qui me confièrent le comportement violent de Lambert. Ils me mirent en garde en m'expliquant qu'il s'en était physiquement prit à eux de façon totalement démesurée et injustifiée. Cela n'arrangeait en rien ma situation... Dalkhan, pourquoi tu m'as envoyée ici... Le maudissant intérieurement, je rejoignis Salif qui, en aparté, me demanda si j'avais apprécié ses diamants. Mes idées n'étaient pas claires et je ne réalisai à moitié la signification de ce cadeau que j'avais pris pour un avertissement des oubliés. Refusant catégoriquement de rester au complexe gouvernemental, il parvint à dépêcher un convoi afin de nous extraire. Nous partîmes alors direction Sofia pour que je puisse retourner chez moi. Mais le trajet n'allait pas être sans encombres... Salif resta au volant et le Loup me communiquait l'avancement de l'opération qui allait m'extraire de cette situation. Je tentai d'orienter le convoi, allumant ma radio pour communiquer les informations à la MS. Assise près de Ducreux et Filoche, je me rendis compte que les ennuis ne faisaient que commencer. Alors que sur Altis Telekom je reçu un message dans lequel le roi des oubliés affirmait cesser la traque sous couvert que je ne remette plus jamais les pieds en zone rouge, j'avais le gouvernement qui déclarait vouloir tout faire pour que je me marie à De Ryckman. Ils n'avaient jamais vu Lambert se mettre dans un tel état pour une femme et ils me firent la promesse que si je ne disais pas oui, alors ils raserait Sofia, refroidiraient mes amis, ma famille et tout ce qui peut avoir une once de valeur à mes yeux.

Salif sort-moi d'ici, je t'en prie...

Plusieurs plans furent étudiés par mes frères afin de m'extraire, il ne manquait que l'opportunité pour m'éloigner du groupe. Un arrêt au QG de gendarmerie et une diversion qui focalisait tout le monde sur autre chose que cette demande en mariage. Salif me demanda à nouveau de le suivre. Aveuglément, je marchai sur ses talons. Hors de la vue des autres, devant le bus, c'était le moment. Salif me demanda d'attendre son signal avant de me mettre à courir. Je n'étais pas au meilleur de ma forme et il me serait impossible de courir longtemps... Mais je n'aurais peut-être pas d'autre occasion de m'échapper. Alors j'écoutai attentivement mon ange gardien qui me donna le signal pour partir. Effrayée et en même temps animée par l'adrénaline, je me mis à courir à toute vitesse sans regarder derrière moi. Mais comme je l'appréhendais, je n'allais pas pouvoir courir longtemps. Des fougères ! Je me cachai dedans, attendant les directives. Je n'étais qu'à quelques mètres du QG et je me mis à chialer comme une lâche. Mes mains tremblaient et j'étais incapable de me calmer. Odd m'envoya un message, je le suppliai de nous rejoindre sur la radio. J'avais besoin d'entendre une voix, sa voix. Dalkhan était presque muet, comme si mon état ne l'inquiétait pas. Odd pourrait me rassurer. Si seulement j'entendais le son de sa voix... Hugo viendrait me récupérer en hélicoptère, Odd resterait en retrait et si jamais ça foire, il arriverait avec une voiture pour m'extraire. Le plan me paraissait jouable mais je restais perplexe. Loin d'être totalement lucide, j'avais peur de faire une connerie. L'hélicoptère se fit entendre. Une fois posé, je courus vers lui et montai. Oh Hugo... Nous décollâmes et nous éloignâmes du QG avec Ducreux qui pointait son arme vers nous, prêt à faire feu. Dans quel merdier suis-je encore tombée...

Comme j'aimerai que tout s'arrête... Octroyez-moi quelques jours de pause, je vous en supplie... Alors que les russes m'enlèvent une épine du pied, voilà que la MS m'en plante une autre... Enfin ce n'est pas vraiment de la faute de la MS. Jamais je ne pourrais leur en vouloir. Après ce que j'ai fait - aurais fait - à Odd, je comprends que ma vie n'a, pour eux, plus aucune valeur. Mark... comme j'aimerai que tu sois là... que l'on parte tous les deux loin de tout ça et que plus jamais je n'entende parler de toute cette merde... Ce serait la solution de facilité, de partir en cavale loin de tout. Mais pour le moment, ça m'est impossible. Je suis trop attachée à ma famille. A mon oncle, à Dalkhan, à Odd et à tous mes frères. Dans les airs, je parviens à me calmer. Les yeux fermés, je laisse le stress redescendre. Salif et Hugo ont prit tellement de risques pour moi... Leur couverture est mise à mal par ma faute... Je n'arrive pas à mettre ça sur le dos du Loup. Sa voix fait office de prière, je ne peux aller à son encontre. Alors je répercute la faute sur moi. Culpabilisant dans mon coin. Il me déposa au point de repli et je retrouvai mes frères, complètement perdue. J'ai envie de rester enfermée dans un coin et de ne plus jamais avoir à sortir le nez dehors. Je veux qu'on m'oublie... Certains de mes frères semblaient révoltés face à cette opération. Surtout vu les conséquences qui en découlèrent : Hugo dût subir le courroux du gouvernement qui s'en prit à son identité, voulant lui ponctionner son compte. Salif tenta d'alléger la peine si Hugo acceptait de changer de nom, mais ce dernier refusa et De Ryckman demanda une sanction démesurée : 14 millions d'euros lui seraient prélevés sous prétexte que les médecins n'ont pas à recevoir de dons. Cela engagea toute une grève des secours publics Altos. Je ne pouvais m'empêcher de me morfondre dans la culpabilité après tout ça... Mon cœur était déjà en miette, mon corps le devient, et voilà que ma conscience elle-même s'en prend à moi...

De retour à Molos, il fallait que je trouve un moyen de décompresser, de passer outre toute cette merde. Je n'avais qu'une seule fenêtre pour m'aérer l'esprit... Je l'ouvris tout en maudissant ma faiblesse... Pourtant j'étais déterminée à lutter ! Mais là, ça faisait trop. Je ne pouvais pas encaisser tout ça sans une aide sûre. Profitant que tout le monde partait se coucher ou faire ses petites affaires, je pris les clés du garage et sorti une voiture. Je me rendis à l'aéroport pour reproduire cette fameuse nuit où; avec Mark, nous faisions des allers retours à l'aéroport du Sud-Est. Je ne me souviens plus de la région, mais je me rappelle Mark. Le LSD. La vitesse. Le cache-cache et les lapins. Je souris naïvement tout en braquant le volant et tirant sur le frein à main. On me demanda où j'étais, ce que je faisais et si j'étais accompagnée. À la radio je répondis avec nonchalance à chaque question. On me déclara qu'une escouade allait me récupérer pour me changer les idées. Pas besoin, je m'occupe très bien toute seule... Avec des stupéfiants et mes souvenirs embrumés... Des visiteurs s'arrêtèrent à l'aéroport. Je rejoignis l'escouade qui leur tomba dessus. Ils ne m'intéressaient pas. Je commençai à sortir mes voitures, des camions, tout ce que le garagiste pouvait me donner. Je garai les véhicules les uns près des autres et demandai aux importuns d'y mettre les leurs. Un petit jeu. Plutôt, un petit feu. Mes frères se demandaient ce que j'allais faire et me dirent qu'ils avaient un jeu plus marrant pour les deux arrivistes. Débrouillez-vous, j'en n'ai que faire. Continuant ma pyramide, je finis par lancer quelques grenades incendiaires tout autour. Les explosions m'éblouissaient. De l'art contemporain. Cela communiquait parfaitement l'état dans lequel se trouvait mon cœur. Trop de choses, trop d'emmerdes. Tout allait exploser petit à petit. Chacun leur tour, les fantômes qui me hantent allaient exploser. J'allais tous les brûler. Sans exception. Dés que j'aurais repris le contrôle, que tout sera à nouveau entre mes mains, c'en sera fini. La petite Saoreen allait arrêter de se laisser manipuler par les autres. Seul Mikali, seule la Cause pourra diriger mes pas. Viva Kalia mes frères. Viva Kalia Altis. Viva Kalia le monde. Vous avez mis mon cœur et mon âme en miettes. Une fois les morceaux recollés, vous le payerez tous par le feu et le sang.

Malgré la chaleur des flammes, la clarté du brasier, je ne peux m'empêcher d'avoir mal. Si mal. J'ai beau lutter pour le détacher, mon cœur saigne de l'intérieur. Et je repense à la longue discussion que j'ai eu avec Jean à mon retour sur Molos. Malgré l'assurance de mes mots, je ne savais dire si je lui parlais en toute lucidité ou non. Les effets de la drogue m'étaient trop familiers pour faire la différence... Il m'en voulait tellement de faire souffrir Odd... d'avoir appuyé sur le bouton... Je savais qu'il allait rejeter mes actes. Autant pour Arkanys j'avais eu du mal à comprendre pourquoi il m'en voulait à ce point d'avoir écouter les ordres, autant j'étais persuadée que jamais Jean ne m'accepterait comme avant. Pour lui, j'étais coupable d'avoir susciter chez Odd tant de sentiments et de ne pas voir eu le courage de le repousser clairement avant qu'il ne se fasse des idées. Lorsqu'Odd a commencé à me confier ses sentiments de façon anonyme, c'était déjà trop tard. Il souffrait déjà. Le reste ne fut qu'une descente aux enfers pour lui. J'étais impuissante face à cela. Tentant de le faire comprendre à Jean, je lui demandais ce qu'il attendait de moi concrètement. Il n'attend qu'une chose : que j'assure à Odd que rien ne se passera jamais et que je n'ai aucun sentiment pour lui. Le problème est que c'est totalement faux... Certes, je ne lui voue pas un amour si brûlant qu'il me consume, mais je suis prête à beaucoup pour lui. Le problème est que, contrairement à Jean et sûrement à d'autres, je fais passer la cause en premier. Pour moi, Mikali est la voie à suivre quoi qu'il en coûte. J'en veux au Loup d'avoir utilisé cela pour me forcé à appuyer sur ce putain de bouton. Je m'en veux d'avoir chercher à le pousser au bout de sa connerie en acceptant. Tellement obstinée, je pensais que perdre Odd lui ferait plus de mal à qu'à moi. En réalité, le Loup n'en n'a que faire. Encore plus embourbé dans la cause que moi... Mais je ne me suis pas dégonflée devant sa cruauté et j'ai appuyé. Putain de merde... j'ai appuyé ! J'ai tué Odd... Jean me confia qu'il allait trouver une femme sur Athira pour tenter de remettre Odd sur pieds car je l'avais tellement écœuré des femmes qu'il se devait de faire quelque chose. Je savais qu'il m'attendait au tournant, qu'il voulait voir ma réaction. Venant de lui promettre que j'allais arrêter toutes ces conneries et m'éloigner des hommes, rester dans mon coin à ne partager avec eux que les missions, je ne pouvais me défiler en montrant que cette idée me révulsait. J'ai acquiescé, tout en lui assurant que s'il lui apportait une femme indigne de lui, je la tuerai. Ignorant s'il tint compte de mes menaces ou s'il prit cela à la légère, je me mis en tête de prendre contact avec une amie qui connaît bien la gente féminine d'Athira afin de m'assurer qu'aucune femme bizarre ne fasse du mal à Odd. Je l'avais détruit, je me devais de tout mettre en œuvre pour que plus jamais aucune femme ne le détruise à nouveau.

Après cette discussion, je me sentis tomber. Il allait falloir que je m'oublie. Que j'oublie mes sentiments. Que mes émotions ne soient plus liées à mes sentiments. J'allais verrouiller mon cœur, bien plus qu'avant. Je ne serais ni heureuse, ni malheureuse. Et sûrement que cela m'évitera de briser à nouveau quelqu'un. C'est affreux, cette sensation d'avoir détruit une personne que l'on aime... Me fermer et prendre sur moi. J'allais en pâtir, je sais bien. Mais une fois que je ne serais plus dépendante de la drogue, je parviendrais à encaisser les coups psychologiques. Si je m'oublie, peut-être que les autres m'oublieront. Et alors, comme une religieuse s'abandonnant au Seigneur, je m'enfermerai dans la cause et servirai Mikali. J'ai perdu foi en l'humanité et l'utilité des sentiments. Ma vie sera plus utile à Mikali qu'à cette cause amère qu'est le bonheur. C'est la une fatalité qui me faut accepter : je ne suis pas faite pour aimer ni pour être aimée. C'est mieux ainsi. Même si aujourd'hui mon âme est en feu, je ferais tout pour éteindre le brasier et devenir plus solide qu'une pierre, aussi forte et intouchable qu'un roc. Je serais forte. C'est tout ce qui compte pour le Loup. Tout ce qui compte pour Mikali. Tout ce qui compte pour la Cause. C'est aussi ce qu'attendent mes frères pour que plus jamais je ne sème le doute au sein de nos rangs. Tous me reprochent cette pseudo aventure que l'on a tenté avec Dalkhan alors que cela n'a aucun rapport avec la famille. Cela n'a de rapport qu'avec lui et moi. Mais cela déplaît. Très bien. Si la majorité pense ainsi, alors je tâcherai de mettre fin à tout ça. Tout le monde sera content. Si pour cela le prix à payer est de tirer une balle dans mon cœur, vu ce que j'ai fait à Odd, alors je l'accepte.

Après le feu de joie à l'aéroport, je n'avais plus rien pour rentrer. Je ne voulais pas rentrer. Mais rester en présence de mes frères m'énervait. Sortant le seul véhicule qui m'était donné de sortir - un kart - je me remis en route vers Molos pour prendre quelques recharges et partis vers Sofia. Je voulais juste rouler. Loin. Très loin. Je ne devais pas avoir l'air fine mais peu m'importait. Lorsqu'on me demanda un rapport sur ma situation, Odd se révolta. J'étais seule, sur un kart à Sofia, équipée comme un soldat pour la guerre. Il m'ordonna de m'arrêter et me rejoignit avec Jean. Ce dernier était dépité par la situation, exaspéré. Odd alla vers moi et me demanda de le regarder dans les yeux. J'esquivais son regard jusqu'à ce qu'il insiste. Il ne mit pas long feu avant de comprendre l'état dans lequel je me trouvais... Cela le mit hors de lui. Je quittai mon kart et m'en allai vers Sofia. L'autre escouade se mit en route pour nous rejoindre. Jean décida de partir, bien trop exaspéré par la situation. On m'ordonna de m'arrêter. Ce que je fis, me laissant tomber dans l'herbe. Odd explosa sa voiture de rage et l'escouade passa devant nous, se demandant où je me trouvais. Je ne répondis pas. Odd les envoya dans une mauvaise direction. Odd... Comme j'aimerai me laisser fondre dans tes bras... Mais je ne peux pas te demander de me supporter, je t'ai déjà trop fait souffrir... Jean a raison, tu mérites tellement mieux que moi... Pourquoi t'acharnes-tu à m'aimer autant ? Pourquoi suis-je incapable de t'aimer autant ? J'ai cette impression que nous sommes connectés, que nos âmes sont si proches... Cela m'effraie à avouer, mais je le perçois comme une âme sœur que jamais je ne pourrais garder près de moi. Mes sentiments sont tellement flous... Il m'est incapable de prendre une décision, de me poser les questions et d'y apporter une réponse concise et objective. Je n'y arrive pas...

Mes souvenirs s'arrêtent là, ne me rappelant plus comment je suis rentrée à Molos ni comment s'est terminée cette journée. Je sais juste que j'ai échoué... Désolée Hugo... tu te donnes tellement de mal pour moi et voilà que tu as la brigade fiscale et le gouvernement sur toi, que tout commence à partir en lambeaux pour toi depuis que tu nous as donné ton auriculaire. J'aimerais tellement être digne des sacrifices que tu fais pour nous... Tout comme Salif... j'aimerais pouvoir rendre la pareille aux personnes qui m'aident quelques soient les risques... Mark... Au lendemain, le réveil fut plus que difficile... Arkanys voulut que l'on s'éloigne un peu afin de discuter. Je lui confiai la décision que j'ai prise quant à toute cette pagaille qui semblait n'être dû qu'à moi. Il comprit ma position et avança dans mon sens ; le mieux pour la famille, c'est que je m'oublie et que je reste loin des hommes en esprit, proche d'eux en corps. Le parfait petit robot. Cela ne me dérange pas si c'est pour le bien de la famille. Tiens bon, aujourd'hui tu ne sombres pas, tu prends sur toi, me répétai-je sans cesse. La seule façon pour moi de garder la tête haute vu ce que je me suis mis dans la tête hier, c'est de me permettre de prendre du recul. J'ai obtenu une autorisation pour retourner en civile sur Sofia. Il y a tant à faire pour Graine de Malt... Je commence à lancer mes rendez-vous avant de repenser aux conseils de Hugo : il ne fallait pas que je lutte sur tous les front et que je délègue. Alors j'ai délégué. Mon échappatoire ne sera pas le bureau de l'entreprise. Ayant obtenu un feu vert du Loup pour rencontrer Mark après ce qu'il avait fait pour moi, je profitai de l'accalmie pour le rejoindre. Delko accepta non sans réticence à m'accompagner. Il ne fallait pas que je me retrouve seule, c'était la règle. Surtout si Mark était dans les parages. Malgré la confiance aveugle que je lui faisais, j'étais d'accord avec cette règle : la Bratva ne reste jamais loin de son second, surtout avec les sales coups que ma famille a tenté de lui faire... Bref. Il me demanda de le rejoindre sur la colline. Cette colline où nous avions dominé Pyrgos le temps d'une soirée, où je l'ai laissé s'entraîner dans nos jeux enfantins, si éloignés de notre personnalité, si éloignés des rôles que l'on se doit de jouer. Avec lui, je suis naturelle, tellement moi-même que je me sens légère et tout le reste paraît si futile... Malheureusement, l'ambiance fut différente à ce rendez-vous. En dépit des efforts que je faisais pour lui demander de rester distant avec moi, je ne résistai pas à l'enlacer quelques brefs instants. Comme un irrépressible besoin de prendre une piqûre. Je n'aurais pas dû... Son parfum et la douceur de ses bras... J'eus l'impression que tout pouvait être plus simple si je lui demandais de m'emmener loin. Qu'on plaque tout et que nous refassions le monde juste tout les deux.

La réalité me regagna rapidement lorsque Delko me rappela. Le rendez-vous fut écourté. C'était le mieux à faire. Étant faible, aussi bien physiquement qu'émotionnellement, je ne pouvais pas me permettre de rester plus longtemps. D'autant plus que le mik commençait à s'impatienter à Molos, se demandant ce qu'on pouvait bien faire. Sur le retour, j'envoyai un rapport au Loup sur le rendez-vous, assurant à Delko qu'il n'aurait pas d'ennuis car tout ça est fait sous la surveillance du krye. Dans la journée, avec Trevor, nous fîmes un détour vers l'hôpital où je rencontrai Jade Kira. Nous échangeâmes quelques banalités avant que je pense à la prévenir des plans de Jean. Tentant de garder le plus d'anonymat possible, je vis qu'elle ne comprenait rien. Je lui énonçai alors simplement que si elle entend que quelqu'un cherche une femme pour un certain Odd Johansen, elle aura intérêt à s'assurer que la personne lui trouve une femme respectable et saine. Espérant qu'elle pourra veiller à cela, je repris la route. Je ne pouvais m'empêcher de penser à Mark et en même temps je me souciais tellement d'Odd... Mon cœur se déchirait entre les deux directions sans que je sache où l'une et l'autre pouvait me mener. Deux chemins si différents et identiques à la fois... Troublée, je compris à quel point la drogue altérait mon jugement et m'empêchait de raisonner convenablement. Mon traitement, aujourd'hui, je le tiendrai quoi qu'il m'en coûte. Ce lunatisme me fait perdre la tête. Je ne peux pas continuer. Il faut que je me reprenne en main et vite. « Exige beaucoup de toi-même et attends peu des autres. Ainsi beaucoup d'ennuis te seront épargnés. » Un proverbe que me récitait souvent mon oncle et que je ferais tout pour tenir.

base par motley control.
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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Mar 12 Jan - 15:17

Journal de bord
#16
Molos, sur la défensive
Tout dérape... Tentant tant bien que mal de garder le fil directeur de nos missions principales, je m'efforce de cacher mes difficultés. Cela fait plusieurs jours que je devais voir Hugo, malheureusement son travail lui prend beaucoup de temps et ce n'est pas évident pour lui de passer sur Molos... J'essaye de tenir, réellement. Mais le soutien est difficile à obtenir auprès de mes frères. Malgré les débriefing et avertissements, je ne peux m'empêcher de céder à quelques crises de paranoïa. Comme si les regards que l'on posait sur moi n'étaient que des jugements amers. Reste calme Sao, reste calme. Je repense à ce que plusieurs de mes frères m'ont dit : reste en retrait, oublie les sentiments que tu peux avoir pour ne pas faire de mal aux autres. J'ai envie de les écouter. Déterminée à embrasser la cause plus que ma propre existence, je fais tout pour ne pas tomber dans mes travers. La drogue... ça me brise, physiquement et physiquement. Je le ressens, je le perçois. Mais à chaque fois que je pense aller mieux, quelque chose me tombe dessus et le stress me paralyse. Dans ces moments, la tentation de prendre une dose est si forte... que j'ai cédé à mainte reprises. Depuis le départ de Dalkhan, j'ai pourtant réussi à tenir. Comme si la pression qu'il me mettait était un frein à ma rémission alors que quelque part, c'est pour lui que je veux me rétablir. J'aimerai qu'il soit fier de moi, qu'il pense que je mérite réellement ma place au sein de la famille. À son retour, nous avons eu une petite discussion. Sur son voyage, sur mon oncle, sur lui, sur nous... Plus qu'engagé dans la cause, Dalkhan m'a affirmé qu'entre nous, il fallait que cela reste fraternel. Que nous serions plus performants en oubliant tout ce qui est sentiments. Cela me rassurait et m'effrayait à la fois. Je veux embrasser la cause, mais d'un autre côté j'ai cette curiosité de savoir où mènent les sentiments... Partagée entre deux directions opposées, je peine à trouver ma place. La drogue n'arrange rien. Les pressions extérieures ne me permettent pas de raisonner de façon lucide...

Le Loup est plus que déterminé à étendre notre emprise. Nous avons commencé à lancer une opération marché ambulant afin d'aller chier directement les clients, les traîner jusqu'au camion pour écouler nos stocks. Quitter Molos est un soulagement pour moi. Une façon de ne pas tourner en rond constamment, de ne pas tourner la carte à force de rester cloisonnée. Mais en opération, les mik ne semblent pas vouloir me laisser faire quoi que ce soit. Cela me frustre et en même temps je comprends qu'ils veulent prendre le plus de précautions possible à mon égard. Ce n'est pas une vie pour moi... rester sur mes gardes, ne pas mettre obligée de veiller sur chacun de mes pas. J'aimerai tant retrouver ma liberté d'antan... Pouvoir m'éloigner de tout, comme auparavant. Quand je pense à comment tout cela a commencé, cela me rend mélancolique. D'un battement d'aile de papillon, tout peut prendre une tournure tellement différente... Comme si j'étais un aimant à ennuis, durant le marché ambulant, nous sommes tombés face au gouvernement. Retournant vers le Nord-Est, nous les recroisâmes à Sofia ou les mik proposèrent de leur vendre un peu de marchandises. Un peu d'audace, mais pareil, je devais rester en retrait. Bien que je n'étais pas rassurée au départ, je me suis raisonnée : j'ai une cagoule, une AK et ma gorka. Sous tout cela, j'ai le sentiment d'être intouchable. Le gouvernement ne saurait m'atteindre ainsi. Mais j'obéis à mon mik et je restai en retrait, encore. Ils nous achetèrent des marchandises puis chacun quitta la ville de son côté. Nous poursuivions le marché un peu plus au nord. Mandez pour ramener quelques clients, Josef et moi sommes retournés à Sofia. C'est quelques longues minutes plus tard que nous avons vu le van gouvernemental débarquer à nouveau. On a commencé à plier bagages mais leur sécurité a ouvert le feu. Nous nous sommes à couvert et nos frères nous ont extraits.

Nous ne comprîmes pas de suite le retour du gouvernement dans les parages. Ce n'est qu'au retour sur Molos qu'on apprit après qui ils en avaient... Nina. Jean ne nous expliqua pas de suite ce qui se passait mais il nous jura que c'était dans nôtre intérêt de la protéger. Impossible pour moi d'être objective face à ça... La protéger était mon souhait le plus cher, mais ce n'est pas à Molos qu'elle serait en sécurité... Éloigner les hommes en manque comme Josef, éviter que le Loup ne la refroidisse sur place, éviter qu'elle ne parle ou que du mal lui soit fait, c'était beaucoup pour qu'au final, à son retour chez les russes, elle ne soit considérée comme une traître ou une paria. Trop de risques pour une situation qui ne fera que dégénérer. Certes, la livrer au gouvernement n'était pas une bonne idée, je me mis à croire que le plus tôt où sa famille la récupérera : au moins elle aurait d'ennuis. En tant qu'ushtar je ne pouvais en rien influencer tout cela... Restant à l'écart, ne laissant rien paraître à mes frères, je me morfondais dans cette impasse où je me trouvais. Odd convainc le Loup qu'il pourrait tirait beaucoup d'argent grâce à elle. Dalkhan se laissa persuader et décida d'organiser un rendez-vous prochainement avec les russes, puis le gouvernement. À ce moment monteront les enchères. Le trafic d'humain était monnaie courante dans la mafia Shqiptar. Mais le fait que ce soit Nina la marchandise me déplaisait au plus haut point. Cette jeune femme n'est pas un objet, plus qu'une simple personne à mes yeux. Et je restais là, impuissante, culpabilisant pour le moindre mot désobligeant que lui accordaient mes frères... Le débriefing fut plein d'animosité. Les ushtars avaient tenté de s'en prendre à Jean afin d'avoir des explications. Ils avaient menottés leur mik sous le regard du Loup dont la passivité témoignait l'incertitude face à cet homme en qui il avait placé sa confiance, en qui Mikali avait placé sa confiance. Selon moi, il ne l'a pas placée en cet homme pour rien. Le côté humain de Jean était d'une aide précieuse. Même si ce soir, on voyait clairement que cela pouvait également nous être préjudiciable. J'ai vu un Jean Dinard attaché, émotif, sincère, mais aussi le Jean Dinard protecteur, franc, cassant. Tout cela n'a été fait que dans l'intérêt de ses frères les plus proches. Humainement, je lui fais confiance, même s'il me dit que pour le bien de la famille, je ne devrais être qu'un robot. Il a ses raisons que je ne saurais comprendre même s'il me les expliquait. N'observant aucun doute à son égard, si le pire venait à venir pour lui au sein de la MS, je prendrai sa défense.

Luttant pour passer outre mes ressentiments, je reste concentrée sur ce qui se passe. Même si je reste en retrait et passive. Si c'est ainsi que l'on me juge utile à la famille, alors soit. Mais à côté, je ne peux ignorer mes contacts. Je ne peux non plus ignorer Mister T qui, depuis ces derniers jours, m'inquiète. Il nous a prévenu que sa situation était de plus en plus délicate et malgré ça, il continue à prendre d'énormes risques pour nous. Après que nous nous soyons débarrassés du gouvernement, il m'envoya un message en me disant qu'un cadeau allait m'attendre à l'entrée de Molos. En garde non loin de là, je lui demandai de me guider avant que je ne doive me rapprocher de mes frères. Odd s'enquit de savoir ma position. Pour ne pas affoler toute l'escouade, je lui répondis et il vint me chercher. Lui faisant confiance, je l'influençai à vérifier un peu plus loin vers l'entrée de Molos. Nous longeâmes la route et vîmes un camion beige garé sur le bas côté, derrière une benne. Je m'empressai de descendre la première de sa voiture et allai regarder ce qui se trouvait dans le camion. Diverses pierres et bijoux. Si Odd voyait ça, il se poserait trop de questions. Je mis discrètement le tout dans mon sac qui débordait. Il me fallut laisser quelques rations dans le camion. Odd arriva et regarda également le camion. Il s'étonna d'y trouver des rations mais fut rapidement interloqué par un mouvement dans les hautes herbes. À cet instant, je regrettai son sens de l'observation... Il redressa un homme qui rampait au sol et ne le reconnu pas de suite. Je m'interposai sans dire son nom, mais l'intrus vint à se dévoiler rapidement, suscitant ainsi la cordialité du kryetar. Mais lorsque ce dernier lui demanda la raison de sa présence et de son accoutrement pour le moins... particulier, Mister T lui servit une histoire plutôt bancale... Odd lui demanda alors s'il venait pour voir le Loup. L'invité trouva une raison et accepta de rencontrer le Loup. Accueilli avec les honneurs qui lui sont dûs, il partit s'entretenir avec le krye et nous passâmes à autre chose.

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Mar 12 Jan - 15:18

Journal de bord
#17
Altis, au jour le jour
Retourner le plus rapidement auprès des russes, c'était sûrement la meilleure des solutions pour Nina. En sécurité nul part, c'est là-bas qu'elle risque le plus probablement de finir avec le temps. Plus tôt elle y sera, plus facilement sa famille pourrait lui pardonner. La seule chose sur laquelle je comptais, c'était le fait qu'Evsei Agron ait de vrais sentiments pour elle. S'il en a, alors Nina resterait en vie. J'avais si peur... Cela me bouffait de l'intérieur. Impossible de passer outre. Le soir de l'échange, j'étais tellement défoncée avec tout ce qui me passait sous la main que je n'ai pas pu être présente. Comme si quelque part, rester loin me permettait de me protéger de ce qui pouvait se passer. Si Nina finit à la merci de Karagounis, je fais péter le gouvernement, ce sera sans équivoque. Pense à la famille, oui, les répercussions pourraient être terribles... Mais j'en fais des concessions pour ne pas mettre la famille encore plus dans une mauvaise posture... Cette histoire entre Jean et Nina me fait réfléchir sur bien des plans. La vie ne tient qu'à un fil, que l'on soit protégé ou non. Pas de place pour les sentiments et les états d'âme ? Dans ce cas pas de place pour vivre... Car comme Odd m'a dit un jour, tout peut s'arrêter si brusquement... autant profiter des choses qui nous sont données de vivre. Je pense avoir bien profité de la vie et de ses jouissances. Mais il me manque encore bien des choses à vivre, à expérimenter...

Chaque jour qui passe, nous nous battons pour la Cause. On ne se pose pas de questions sur le pourquoi du comment : nous avons juré allégeance, d'aucun nierait notre loyauté. Dans ce chemin jonché de cadavres et d'agonie, on avance sans regarder derrière afin de recommencer chaque jour. Ne pas penser au passé nous rend si insensibles... Notre innocence à tous fut volée il y a bien longtemps. Entre ceux qui acceptent le mal que l'on fait, ceux qui pensent que c'est un mal nécessaire et ceux qui aiment tout simplement avoir ainsi un sentiment de supériorité, de pouvoir, je suis une toupie qui ne peut s'arrêter, tergiversant entre mes intérêts, ceux de la famille, de Mikali et mes émotions qui brouillent ma réflexion. La drogue, durant un temps, me permettait de passer outre mes sentiments. Je pouvais m'évader une soirée et revenir le lendemain avec les idées claires. Mais plus le temps passe et moins la drogue me permet de me vider la tête. Cela a pour seul effet de me faire perdre mes repères. Je vois bien comment ça m'affecte, mon comportement et ma vision des choses sont devenus instables. Tellement que je me perds... Ne sachant vraiment où j'en suis avec Odd, il me semble rester spectatrice. Cela m'exaspère car j'ai de plus en plus envie de tout foutre en l'air. De ne plus servir que moi-même sans penser à rien d'autre que l'instant présent. S'il ne nous reste pas toute une vie à vivre, je ne veux pas perdre mon temps. Cramer quelques voitures et traumatiser quelques civils me permet de canaliser cette colère évanescente. Ne pas retoucher à la drogue et protéger mes frères, ce sont là les seules limites que je m'impose. Les aromaltos de Hugo semblent faire leur travail. Si je tiens encore comme ça quelques petits jours, j'aurais fait le plus difficile dans mon combat contre cette addiction.

Bien que je me sois drastiquement éloignée de Mark, nous avions toujours gardé une correspondance par messages. Mieux je me portais, plus je comprenais la situation dans laquelle il s'était mis pour moi... À la fois perplexe et reconnaissante, je voulais trouver une raison pour lui rendre visite. Mais tout le monde était sur mon dos et je pouvais à peine bouger le petit doigt. Rendre des comptes à tout le monde pour le moindre mouvement est juste insoutenable... Et au vu de la situation, je n'avais aucune justification de me rendre sur Pyrgos ou ne serait-ce que de demander au Loup une autorisation pour rencontrer Mark. Vu les remous que ma présence semble avoir provoqué ces derniers jours, je ne suis pas en posture de demander quoi que ce soit. Et même, loin de moi l'envie de demander quoi que ce soit au Loup... Depuis son retour d'Albanie, on dirait qu'il s'est totalement éloigné. C'est peut-être juste une impression, après tout il a beaucoup de choses à gérer. Et si alors qu'il me considérait comme sienne il ne m'accordait pas vraiment de temps, maintenant qu'il veut racheter la confiance de ceux qui doutaient de lui ça allait être plus froid que jamais entre nous... Cela me fait mal quelque part. Car pour moi, ce n'était pas une nébuleuse : malgré que les sentiments que j'éprouve pour lui ne semblent pas être de l'amour, il occupe tout de même une place importante à mes yeux. Je ne veux pas le perdre... Malgré le fait que cette distance me permettra peut-être de lui pardonner ce qu'il a fait à Odd, ce qu'il m'a fait ou fait faire, je ne peux m'empêcher de regretter cette proximité que nous avions auparavant. Nous n'étions pas aussi complice que je peux l'être avec d'autres, toutefois cela compte beaucoup à mes yeux.

Parfois, la pression est difficile à gérer, surtout quand on lutte contre une dépendance comme la mienne... Ma patience mise à rude épreuve et mes humeurs qui, malgré le retour de leur stabilité, varient pour un rien me laissent encore fragile. Et quand il y a de ça quelques jours on me disait de tout oublier, de ne plus chercher à comprendre les sentiments qui m'envahissaient et les laisser s'envoler, les ignorer, je croyais que c'était possible et qu'il s'agissait de la meilleure solution possible. Mais alors que j'avais fait le deuil de mon cœur, tant d'autres personnages portaient à mes oreilles le discours opposé... Qu'il s'agisse d'Odd, de Hugo, même de Salif... Je me laissai embarquer dans leur utopie. Tonton Touré me parla même de tout lâcher, insinuant que j'avais meilleur compte de partir loin d'ici. Avec lui ? Il m'avoua que sa porte de sortie serait le Takistan et qu'ici, rien de bien ne m'attendait. Sur l'instant ô combien j'aurais aimé aller dans son sens... Mon ange gardien en avait pris des risques pour assurer ma sécurité, me protéger. Ma reconnaissance pour lui n'avait pas de frontière. Bien que mettant cette surprotection sur le compte de ma parenté avec Mikali, je me gardai d'en parler autour de moi. Seul Odd était plus ou moins au courant que je parlais régulièrement avec Salif sans savoir de quoi ni pourquoi. Quelque part, je redoutais l'interprétation que je devais faire des attentions de notre frère. Cependant, je ne lui en parlais pas. Guère par peur de ce qu'il aurait à me répondre, mais parce que j'aimais le sentiment de sécurité qu'il me procurait. Comme si à chaque instant, je pouvais sentir sa main posée sur mon épaule. Rassurante, chaleureuse... J'aimerai tant pouvoir lui rendre la pareille...

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Dim 17 Jan - 9:52

Journal de bord
#19
Altis, d'automne à printemps
J'ai traversé une période sombre. Aussi sombre qu'elle l'était pour la MS. Aussi calme qu'elle l'était pour l'entreprise. Tout semblait se consumer peu à peu sans que personne ne puisse éteindre le feu... Alors que je remonte la pente, me libère de l'emprise de la drogue, je me referme et tente de me protéger du moindre fait extérieur. Sous ma gorka j'ai l'impression que rien ne peut m'atteindre. Je me sens forte. Une sensation que j'avais perdu à cause des stupéfiants... Mon corps paraissait se souvenir qu'auparavant, je n'avais pas besoin de toutes ces drogues pour survivre. Mon esprit se libérait. Je me sentais mieux. Plus lucide, opérationnelle. Je comptais retrouver la confiance du Loup, lui prouver que malgré les récents événements, je restais fiable et loyale. Envers la Cause. Envers lui. Je voulais toujours être dans ses bonnes grâces. Suivre ses pas. Il est un véritable exemple. Certes, il me paraît impossible de devenir comme lui. Et je ne veux pas être comme lui. Mais au moins m'en rapprocher. Pour Mikali. Viva Kalia.

Devant les directives portant sur les relations internes et externes des membres de la MS, je me sentais bien plus que visée. C'était explicitement dirigé vers moi malgré que l'ordre émanait de Mikali à l'intention du Loup. Il ne lui avait parlé que de ses sentiments, pas des miens. Par instinct de protection sûrement plus que par manque de considération pour ce que je pouvais ressentir. Le Loup savait que j'étais en mauvaise position pour faire ce genre d'erreur ; je serais à coup sûr tenue pour responsable. En dépit de la proximité qui me liait à mon oncle, il n'en restait pas moins George Mikali. Sa place, il ne l'a pas volée. Sa réputation non plus. Intransigeant et n'allant pas par quatre chemins, si je venais à perdre le fil, je passerai sûrement plus qu'un sale quart d'heure. Peut-être ne me fera-t-il pas de mal, mais une chose est sûre : je disparaîtrai des ondes d'Altis. Là n'était pas mon souhait ; je veux rester. Étrangement, alors qu'il me paraît étouffer sur cette île, j'ai la ferme intention de rester jusqu'à la fin. Peut-être changerai-je d'avis dans une semaine, un mois, un an, mais pour le moment, mon seul souhait est de rester pour me battre. Pour la Cause. Mikali est plus qu'un guide, c'est une religion pour nous. Tous autant que nous sommes. Le Loup est le meilleur des messies que l'on pourrait avoir. Même si il est difficile de suivre les lignes tracées par ces deux têtes...

Postée en surveillance lors de patrouilles de routine, je reçus d'étranges messages. De la part de Mark. Enfin je le pensais... C'était bizarre. Il avait des ennuis et voulait que je le rejoigne. Son message suintait de sa détresse. Quelque chose n'allait pas, je compris rapidement qu'il avait des soucis avec sa famille. Mais il connaissait ma position, il savait que je ne pouvais rien faire... Surtout en ces temps où je ne peux pas ciller sans que l'on me demande des comptes... Peu après, je reçois un message anonyme usant nos codes. Ce message me prévenait qu'il était dans une voiture en direction de Sofia avec de quoi faire sauter la ville. Et lui par la même occasion. Il était surveillé par un hélicoptère duquel les russes étaient prêts à le faire sauter. Il me donna une radio sur laquelle je me branchai. Rien à faire de la surveillance, rien à faire de ce qu'ils pourraient penser, je partageai l'information au Loup. Après tout, il en valait de la sécurité de Sofia, ce n'était pas totalement par intérêt personnel, me chantai-je pour me persuader que je ne faisais pas une énorme erreur en communiquant l'information. Les questions viendraient après, je n'en doutais pas une seconde. Mais pour l'heure, il fallait trouver une solution pour Mark. Je ne pouvais me résoudre à le laisser crever comme un chien parce que ces connards de russes avaient découvert sur lui des choses qui les déplaisaient. J'ignorais ce qui avait déclencher ce retournement contre le second de la Bratva, mais je n'avais pas vraiment besoin d'explications. Il fallait avouer que les raisons ne devaient pas manquer : que ce soit en terme d'argent ou en terme d'actions, il s'était ouvertement servit de sa famille. Cela ne me posait pas de problème, ça n'avait pas l'air de lui en poser non plus. Malgré mon anxiété face au fait qu'il se ferait choper un jour, il était si sûr de lui qu'il ne devait pas avoir tenu compte de mes mises en garde.

La fierté des russes semblait aussi forte que celle des albanais. Quoi qu'au moins, nous nous savions la ravaler lorsque notre vie était en jeu... Ce à quoi Mark ne devait pas avoir fait attention. J'étais si naïve d'avoir pu croire en sa cape d'invincibilité que je culpabilisais de ce qui était en train de lui arriver. Il me dit que les russes voulaient que je monte dans sa voiture. C'était une chose impensable. Quand bien même je pouvais risquer gros pour sa vie, il m'annonça clairement que quoi qu'il arrive, il allait mourir. Je ne devais pas leur laisser l'occasion de les laisser jouer avec ma vie. C'était pragmatique. Or même si j'étais assez stupide pour vouloir monter dans sa voiture, jamais le Loup ni le Kryetar ne l'aurait accepté. Il aurait fallu que je feinte et échappe à leur surveillance. Mais si je faisais cela, alors la sentence serait probablement expéditive. Ce n'était pas la solution. À vrai dire, il n'y avait pas de solution... Nous rentrâmes à Molos où, rongée par mon impuissance, je restai en retrait, surveillant l'horizon. Je ne savais même plus quoi dire à la radio... L'esprit embrouillé, je me faisais à l'idée que c'était la fin. J'aurais aimé lui dire à quel point j'étais reconnaissante envers tout ce qu'il avait fait pour moi... Je ne pourrais plus faire les choses quel'on faisait sans penser à lui. Je ne pourrais plus oublier ces jeux auxquels on s'adonnait comme si nous avions retrouver nos âmes d'enfants. Plus de courses en roulades sur les collines dominant Pyrgos, plus de plongée vers les ruines sous-marines, plus de chasse aux lapins tricolores. Alors que sa voiture approchait Molos, je retenais des larmes qui naissaient dans mes yeux.

Pourquoi voulait-il se rapprocher de Molos ? Pensait-il - avec raison - que je m'y trouvais ? Pourquoi y emmener les russes ? Je l'ignorais et m'en fichais. Que les russes apprennent qui je suis, cela n'avait pas d'importance. La vendetta est coutume en Albanie. Si c'est ce qu'ils veulent, alors soit. Le Loup tenta de créer un dialogue. Mais rien n'abouti et dés lors qu'il fut en contact radio avec Agron, une explosion retentit, me faisant sursauter. Les yeux fermés, je ne voulais pas me retourner. Refusant de voir le massacre. C'en était terminé. Mark... tu as tant fait pour moi... j'ai si peu donné en retour... Ma frigidité n'était pas due à un manque de sentiments, mais à toutes ces barrières qui, inconsciemment, m'étaient impossible d'abaisser. Autant nos débuts se trouvaient embrumés par nos couvertures civiles, autant lorsque l'on en su plus l'un sur l'autre, il m'était devenu impossible d'avancer. Trop de choses m'étaient arrivées, je n'ai pas su prendre le temps - pas voulu ? - de me poser de réelles questions sur nous. Mais lorsque l'explosion retenti, je ne pus m'empêcher de croire que c'était mieux ainsi. Cachée dans ce déni, ce refus de penser qu'il y aurait pu avoir quoi que ce soit entre nous. Mark...

Au lendemain du drame, je me rendis dans ma maison à Sofia où j'avais entreposé cette chapka qu'il m'avait offerte. Le seul cadeau qu'il m'avait offert qui avait survécu à mes péripéties... Le plus dangereux pour moi. Et en même temps, celui qui semblait le plus personnel. Les bijoux et lingots ne remplaçaient pas son odeur et ses soins. Je demandai à Odd de me rendre un service : m'accompagner jusqu'à cette colline où nous nous rencontrions avec Mark. Je me sentais cruelle de lui demander ça, mais il était la personne en qui j'avais le plus confiance dans la famille. Il insista pour que je lui explique ce que je voulais faire. Approchant de Pyrgos, je ne pus me taire plus longtemps si je voulais qu'il continue à me couvrir... Alors je lui expliquai mon intention de rendre hommage à Mark. Même si je voyais le mécontentement sur son visage, je savais qu'il comprenait. « Il voulait la même chose que moi au final », me protéger. Il l'a fait. Et ça lui a coûté la vie. Que jamais pareil sort n'arrive à qui que ce soit à cause de moi ! Je ne mérite pas que des batailles soient menées en mon nom, ni que l'on tombe pour moi. Je refusais que les autres ne se mettent en danger pour ma personne. Mais cette subite disparition mit en exergue mon envie de vivre chaque instant comme s'il s'agissait du dernier. Mark, tu m'as fait ouvrir les yeux. Ignorer ses sentiments n'apporte que des regrets et de la culpabilité. Mes remords sont si grands qu'au moment d'enterrer ta chapka j'aurais fondu en sanglots si Odd n'avait pas été là. Je serais restée là à chialer des heures durant. Tu m'as fait comprendre la richesse des sentiments. Tu m'as ouvert le cœur. Et même si aujourd'hui je souffre, je te promets d'être heureuse, de suivre le chemin que tu as commencé avec moi. Pour chaque sentiment positif que je ressentirai, je penserai à toi. Ce sera grâce à toi si un jour je parviens à trouver le bonheur. Merci Mark, merci.
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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Mar 19 Jan - 2:01

Journal de bord
#20
Altis, Limitless
Capture à Pyrgos

Goulag russe

Sous la surveillance de Nina

Chanson de Dalkhan

Retour sur Molos
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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Ven 29 Jan - 18:43

Flashback
#1
2011, Albanie
Il n'y a pas de plus belle place au monde qu'auprès de sa famille. Protéger les siens, c'est se protéger soi-même. Il n'y est de plus belle cause que celle de la famille. Tant de paroles qui paraissaient si sages et profondes... Une litanie qui n'avait jamais la même forme mais toujours le même fond : les liens du sang sont plus forts que tout et la réussite de l'un fait celle de tous. Saoreen ignorait l'attachement qu'il y avait entre sa mère et son frère. La dernière fois que les Menotios sont allés en Albanie, elle n'avait que sept ans. Les choses avaient si mal tournées entre son père et la famille maternelle... Pour eux, Késar Menotios avait volé leur cousine, leur sœur, leur fille. Il l'avait éloignée, emmenée là où ils ne lui voyaient aucun avenir : Altis. Delina avait beau être attachée à sa famille, elle les avait sciemment quitté par amour pour le grec qui lui promettait tant de belles choses... Aucun regret pour cette femme qui, malgré les nuits passées à pleurer la distance qui la séparait des siens, était heureuse de la vie qu'elle menait. La famille de Delina était originaire de Tropoya, mais c'est à Tirana que Saoreen s'était aventurée pour poursuivre ses études. Un choix peu commun... L'Albanie n'était pas dans le top des destinations pour étudier. Mais c'était là une suggestion faite par sa mère et, pour avoir elle aussi quitté sa famille pour vivre sa vie, l'étudiante se disait que suivre cette proposition la rendrait un peu moins coupable de les laisser derrière elle...

C'est donc auprès de son oncle que la jeune femme s'établit. George était sûrement celui qui observait le plus d'animosité envers Késar, Saoreen comprit qu'il en voulait aussi énormément à sa sœur pour avoir choisi de partir plutôt que de rester chez eux. Cela fit cogiter la jeune femme de longues nuits. Elle qui est toujours restée dans sa bulle à parcourir des kilomètres sans s'attacher à qui que ce soit ou à quoi que ce soit, voilà qu'on commençait à lui faire comprendre l'importance des liens qui se faisaient entre chaque individu que l'on croise. Quelque part, Saoreen avait envie de croire à toutes ces belles paroles. Au fait que des êtres humains puissent être durablement liés par le simple fait de partager le même sang ou d'avoir vécu des choses marquantes ensemble. Liés par des idéologies, des contrats, des intérêts communs, les personnes qui gravitaient autour d'elle lui ont toujours paru si fausses, si hypocrites. Sao ne voyait dans leurs yeux que la recherche de la sécurité, du confort qu'apporte un groupe, une peur de la solitude ou une incapacité à se gérer tout seul. Dans un cynisme apporté par ses constatations et les théories sociologiques, Saoreen avait une vision manichéenne des Hommes. Elle mit du temps à réellement croire aux paroles de George. Les écoutant, se questionnant sur chacune d'elle. La jeune femme laissait ses mot l'imprégner sans les comprendre réellement avec cette impression d'y être imperméable. Sans acquiescer ses idées, elle les écoutait volontiers, les discutaient avec lui. Son oncle avait beau être réservé et froid, il y avait une complicité implicite qui régnait entre eux. Cette proximité était dû au fait que pour lui, c'était comme voir sa sœur revenir au pays ; Saoreen était du même sang, et qu'est-ce qu'elle ressemblait à sa mère... George ne parlait pas de la relation qu'il entretenait avec Delina par le passé. Mais Sao comprit qu'ils étaient assez proches.

Pour George, Delina était la droiture, le respect incarné. Mais également d'une tolérance presque naïve. Elle dégageait cette impression de tout connaître et de décider d'ignorer. Comme si elle lisait la première page d'un journal qui lui déplaît et qu'elle le rayait pour le reformuler de façon à ce que ça lui paraisse juste. Ce n'était pas vraiment l'idée de faire l'autruche, mais plutôt de trouver une bonne raison à chaque geste, chaque fait, chaque parole. Un comportement n'est jamais blanc ou noir à ses yeux ; de mauvais actes peuvent servir de justes causes et inversement. Il y a dans chaque chose un bien et un mal. Une mentalité qui a laissé naître entre Delina et son frère une synergie certaine. Saoreen ne pensait pas comme ça à l'époque. Parcourant le monde sans jamais s'arrêter sur les détails, elle survolait les foules et formait ses jugements sur la superficialité de ses relations. Chose qui, après deux ans passés avec son oncle, commença à changer. « Dans la vie, la seule chose immuable ce sont les liens du sang. » Les liens du sang avant ceux du cœur, disait-il aussi.
« - Je n'ai pas l'impression d'avoir fait une erreur en partant d'Altis...
- Ce n'en n'est pas une.
- Pourtant... je me suis éloignée des miens. Et ils ne me manquent pas. Comme toutes ces personnes que je rencontre : elles ne me manquent pas. Je n'ai pas l'impression de leur devoir quoi que ce soit.
- Le drame d'aujourd'hui c'est de voir à quel point notre environnement, notre mode de vie, la société en elle-même, nous détourne des véritables valeurs, de ce qui compte réellement. Qu'est-ce qui compte réellement ?
- La famille... »
Les mots de George ne sauraient être plus justes. A présent, Saoreen le voyait. Elle le croyait. Mais elle ne parvenait pas à sentir ce manque que devrait alors lui causer la distance qui la séparait de ses parents, de son frère. Pourtant, à penser à ce qu'elle ferait après ses deux années d'études, il lui était compliqué de concevoir le fait de s'éloigner de son oncle...
« - Tu partiras. Et tu feras le bon choix.
- Comment pouvez-vous penser que ce soit le bon choix ? Ça ne l'était pas selon vous concernant ma mère...
- Parce qu'elle a fait pour de mauvaises raisons. Tu as la chance d'avoir la volonté et le courage de découvrir le monde par tes propres moyens Saoreen. Et je sais que peu importe le chemin que tu emprunteras, nous nous retrouverons. Tu n'es pas faite pour rester cloisonnée. Le jour où tu t'installeras durablement quelque part, ce sera par choix. Personne ne saurait parvenir à t'y obliger. Pas même moi. Tu es bien trop volage pour l'instant.
- Pour l'instant ?
- Malgré ton attachement à ta liberté, au fait de toujours vouloir être libre de tes mouvements et de devoir le prouver à chaque fois que tu sens qu'autour de toi les gens s'attachent et commencent à penser que tu resteras, quand tu sens la monotonie arriver, un jour tu réaliseras que ce n'est pas une solution que de partir. Que tu n'as pas à prouver ton indépendance ou ton détachement, que ce n'est pas une faiblesse que de faire partie d'un projet commun, d'une communauté, de la société elle-même.
- Je ne pense pas avoir quoi que ce soit à prouver à qui que ce soit.
- Que tu penses. Mais je te connais bien Saoreen. Mieux que toi-même. Et je pense que tu te rends compte de tout ça. Le fait est que tu veux profiter de l'innocence qui apporte la jeunesse. Plus tard, tu commenceras à te poser les bonnes questions. Tu te souviendras de mes paroles et à ce moment, peut-être reviendras-tu vers les tiens de ton propre chef. Peut-être qu'à ce moment tu ressentiras cette sensation qu'apporte le fait de réaliser que où que tu sois, quoi que tu fasses, ta famille sera là. Il n'y a rien de plus important ni de plus fiable au monde, sache-le.
- Comment pouvez-vous être aussi sûr de vous ?
- Ma nièce... tu as beau avoir le doux visage de ta mère et les idées de ton père, tu as le même tempérament que ton oncle. »
Saoreen reçu le message comme un compliment, un reproche et une mise en garde. Même si elle espérait qu'il ait raison, la jeune femme ne saurait y croire. Il ne pouvait prédire l'avenir seulement en se basant sur ses expériences. Certes, cela pouvait l'aider à se préparer à l'éventualité qu'un jour elle veuille revenir sur ses pas, mais ça lui paraissait ahurissant d'affirmer que les chemins qu'elle empruntera auront pour finalité de la ramener auprès de sa famille. Car pour elle, cette liberté à laquelle elle est attachée, l'empêchera de rester près des siens.

À l'heure de son départ, Saoreen se surprit, non pas à douter, mais à observer une certaine nostalgie. Elle ne voulait pas quitter son oncle mais était impatiente de partir. Ce duel était une première pour la jeune femme qui n'avait pas hésité à quitter le foyer familial dés seize ans. Pour celle qui n'avait pour seuls amis que des contacts dispersés dans l'Europe. Bien que cela l'attristait, ça ne l'empêcha pas de prendre l'avion vers une nouvelle destination en promettant à son oncle qu'elle le garderait au courant de l'évolution de ses périples pour que jamais ne se perdent ces deux années où il lui a fait comprendre l'importance de garder sa famille près de son cœur même lorsque celle-ci est loin des yeux. Elle ignorait à quel point toutes les paroles de George Mikali s'étaient immiscées dans son inconscient...
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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Sam 6 Fév - 11:21

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#20
Molos, du mauvais côté du ciel
C'est si simple de tomber dans la routine, de ne faire les choses que par habitude, que lorsqu'un changement apparaît, on a soit du mal à l'accepter, soit du mal à réaliser. Salif... Tonton Touré est parti. Cela faisait plusieurs jours que j'étais sans nouvelles. Je m'inquiétais... et voir mes frères ne pas s'en faire plus que cela me dérangeait. M'étais-je trop attachée à lui malgré les avertissements du Loup ? Ne pas créer de liens trop forts, rester dans un sentiment de fraternité. Salif m'inspirait la sécurité, la sagesse. Un esprit qui n'aspirait qu'à la liberté. Aspiration que je respectais et que j'aimerais pouvoir suivre. Cependant le chemin que j'ai choisi était tout autre : la Cause. Se concentrer dessus était mon seul désir pour le moment. Mais pour combien de temps ? Alors que je me remémore les questions de Salif, nous accueillons dans la famille un nouveau frère : Dakka Markovitch. J'ai tenté d'aider au mieux cet homme lors de son arrivée à Graine de Malt. Malgré sa personnalité quelque peu dérangée, l'esprit saccagé par la drogue, le Loup a su remarquer en lui un certain potentiel. Rapidement, je me suis rapprochée de lui, avec pour objectif de l'aider à lutter contre son addiction à l'héroïne. Mes bras se souviennent encore de ces heures sombres par lesquelles je suis passée... Heureusement pour moi, j'ai pu me défaire de cette merde. Grâce à Hugo Frais et à Odd. Ils m'ont épaulée même lorsque je faisais des erreurs de parcours. Sans eux je n'aurais jamais pu m'en sortir, quoi que puisse en penser Dalkhan. Je ne suis pas aussi forte que lui... Il a raison de croire que je suis faible. Le croit-il réellement ? Peu m'importe. J'ai toujours le sentiment de ne pas être à la hauteur lorsque je suis près de lui. Cela me met en colère. Absolument pas contre lui, mais contre moi-même ; je veux lui prouver ma valeur. Voilà une chose qui a toujours été, mais depuis que je l'ai déçu avec cette histoire de drogue, c'est plus virulent que jamais.

Altis traverse des heures sombres. La Stromynka Bratva est plus déterminée que jamais à installer sa suprématie sur Pyrgos et à l'étendre. Des oiseaux nous chantent leurs faits et bien au chaud dans le véritable Est, nous redoutons l'instant où ils chercheront à engager un conflit de plein front avec nous. Mais l'arrivée de la milice privée du Président Ducreux semble leur donner bien du fil à retordre... Alors que des actions sont menées contre les travailleurs de l'Est à coup de taxes et de contrôles abusifs, nous prenons les devants en nous en prenant aux travailleurs de GazProm. L'économie prend un grand coup de recadrage avec l'arrivée au gouvernement d'Alexander Mediev. À la fois ravie de voir Sofia se placer au premier plan avec cette nomination et d'avoir un acteur assez droit pour ne pas être acheté par le premier venu, puis également perplexe car autant il pourra s'acharner sur GazProm, autant il devra passer dans Graine de Malt. Et lorsque ça touche notre entreprise d'un peu trop près, je me méfie. Alexander Mediev a beau avoir toute ma confiance, j'émets toujours une réserve face aux personnes trop droites dans leurs bottes ; on ne sait jamais quand elles vont commencer à se faire dévorer par l'argent et la corruption. Il m'a souvent parlé de cette nécessité qu'il avait de travailler son image publique en s'affichant avec une femme. Bien que l'idée me déplaise, je me suis laissée penser que c'était un bon moyen de rester dans les bonnes grâces de Mediev. Mais côté gouvernement, j'ai donné... Je ne suis pas encore prête à me lancer à nouveau dans des ennuis plus gros que moi. Peut-être tenterai-je de trouver quelqu'un qui serait intéressé mais pour mon cas, trop de choses me prennent et je n'ai pas le temps - ni l'envie - d'être un objet médiatique. Quand bien même cela pourrait apporter des avantages pour l'entreprise. Mediev m'a également proposé de nommer un représentant à Sofia qui serait en quelque sorte son porte-parole en ville. Ce n'est pas tant que l'idée me déplaise ou qu'elle ne m'intéresse pas, mais combiner ce statut avec ma place à Graine de Malt plus mon engagement envers la MS est tout bonnement impossible. Bien des choses sont amenées à bouger au sein de l'entreprise et de Sofia. Malheureusement, cela devra se faire sans une implication trop forte de la MS en tant que civils. Les prochains jours seront bien assez mouvementés pour ne pas avoir à gérer cela. A ce titre, Andrew Rapace nous a quitté. Façon de parler... il reste frère de la MS, mais reprend Graine de Malt à 100%. Entre les taxes et missions données aux autres entreprises et les règlement de compte pour ceux qui refusent de se soumettre à notre emprise, le temps nous manque et 24h ne suffisent pas pour réaliser tous nos projets.

100% Shqiptar... j'aimerai pouvoir le clamer haut et fort. Mais ce serait pure hypocrisie. Car malgré les avertissements et les mises en garde, je n'arrive pas à me détacher d'Odd... Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Depuis ce jour où je l'ai tué, je n'ai cessé de penser à lui. Rongée par une culpabilité si intense que j'en fais des cauchemar, il m'est impossible de ne pas profiter de chaque instant passé auprès de lui. Cela éveille bien plus que des sentiments... Je comprends à présent ce que je ressentais pour Dalkhan. C'était bien différent de ce que je peux ressentir pour Odd. J'admirais le Loup, quand bien même cela s'était retourné contre moi, sa personnalité et si imprévisible et tranchante qu'il reste une énigme à chaque seconde. À la fois raisonnable et démesuré, paternel et cruel, c'est un paradoxe à lui seul qui ne cesse d'attiser ma curiosité. Je regrette que notre histoire nous ait quelque peu éloignés... Depuis son retour d'Albanie il est souvent absent, très occupé. Nous ne discutons plus autant qu'avant, ou alors ça reste strictement professionnel. Il me manque. Mais en même temps, ne plus être si proche de lui qu'auparavant me permet de cacher plus facilement. Bien des frères doivent porter de sérieux doutes quant à ma relation avec Odd. Toutefois, personne ne semble en parler. Après, on ne sait jamais ce que disent les autres dans notre dos... Cela dit, nous sommes encore en vie alors c'est que ça ne doit pas trop faire de bruit, ou alors force est de constater que cela ne nous empêche pas d'être opérationnels sur le front et ils le tolèrent. De toute façon, les choses sont allées bien trop loin entre lui et moi pour que l'un ou l'autre ne se résolve à laisser tomber notre relation... Ces instants intimes, ces échanges charnels, Odd me fait oublier la drogue, les tensions, les remords. Lorsque nous sommes tous les deux, plus rien ne semble avoir d'importance. À côté de lui, je me sens forte et n'ai plus peur de rien. Même si parfois cela peut m'atteindre personnellement lorsqu'il me réprimande en tant que Kryetar, je garde le sens des priorités quand nous sommes en mission. Pour le moment, ça fonctionne.

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Sam 6 Fév - 11:22

Journal de bord
#21
Altis, bon côté de l'enfer
La guerre froide est lancée entre Bratva et Shqiptar. Nous profitons de ces attaques récurrentes menées pour faire quelques petits jeux. La recrudescence de travailleurs portant des chapkas nous a donné l'idée de collectionner ces chapeaux poilus. 10 000 € par chapka, autant dire que les contrôles n'ont jamais été aussi nombreux ! Celui qui, au bout d'une semaine, en a le plus, se fait payer par les perdants. Le dernier ayant un gage. Pour la première semaine, nous avons eu deux perdants ex aequo ; ce fut donc la chaise albanaise pour les deux autour d'une lada remplie de chapkas. La fête se termina avec un beau feu de joie albanais ! Peut-être qu'un jour je remercierai les russes pour nous permettre ce genre de petites festivités. À part quelques petits incidents lors de convois peut-être un peu trop ambitieux, les affaires vont plutôt bien pour nous. Les stocks bien remplis, les ventes dynamiques, nos oiseaux chantonnent de douces mélodies sur l'extérieur et nous rapporte de beaux cadeaux. Cette période de « tranquillité » nous fait du bien je pense. Toutefois, le calme est parfois pesant. Quelques éclats ci et là parviennent tout de même à nous entretenir ; entre les entreprises qui pensent que sous prétexte que la Bratva les taxent, on devrait leur accorder des délais/réductions et la milice qui a tendance à foutre son nez là où elle ne devrait pas, le « calme » a une résonance particulière pour nous.

Le changement approche, c'est une chose à laquelle je me prépare secrètement. Les tensions qui pèsent sur le gouvernement, la milice et la Bratva nous retomberont forcément dessus un jour ou l'autre. Quand des valises de plusieurs dizaines de millions se trimbalent de comptes en comptes, tous les acteurs de l'économie parallèle s'affolent. Chacun place ses pions sur l'échiquier et bientôt la partie va commencer. La première manche s'est jouée entre la Bratva et la milice puis la MS et le gouvernement. Malheureusement pour nous, le gouvernement a remporté : des couvertures sont tombées. Dont la mienne. Au début, j'appréhendais. Mais plus les jours passent, et plus je considère que c'est une bonne chose. Bien que je reste prudente, je prends plus de risques qu'auparavant car je sais que si les choses tournent mal, je pourrais me défendre ouvertement. La peur semble m'avoir quittée. Seules quelques personnes parviennent encore à m'évoquer une certaine crainte : les têtes de la Bratva et le Loup s'il venait à apprendre pour Odd et moi. Le reste ne m'importe plus autant qu'avant. Le gouvernement ? Quand bien même De Ryckman pourrait essayer de me faire chanter, ma couverture n'a plus d'importance alors qu'il essaye. Les oubliés ? Idem. Soit disant qu'ils ne sont pas là pour se battre. Armés comme ils sont, pour moi ce ne sont que des petites racailles au même titre que les braqueurs de pacotille. Roi, reine, peu importe comment ils s'appellent, comment ils gèrent leur groupuscule, ils n'ont pas d'importance. La milice, qu'elle ait ma couverture ou non, n'a rien contre moi. Aucune preuve tangible. Certes, ils pourraient en fabriquer et faire croire que sous un masque il s'agit de moi - ils peuvent aisément faire tomber qui ils veulent en tricotant de pseudos enquêtes, de pseudos preuves - cela ne leur apporterait rien. En plus, il en coûterait sûrement au gouvernement. Et je ne pense pas que le Président Ducreux serait ravis de voir sa milice anéantir les acteurs qui font fonctionner ses intérêts.

Néanmoins, les miliciens ont déjà usé de leur pouvoir pour nous faire chanter. Enfin chanter... Il s'agissait d'une coopération qui éviterait du bruit inutile. Plus tôt, Mikel avait reçu un message étrange de la part de Steibeck lui demandant si ce soir, il serait capable de faire quelque chose. S'il refusait, il aurait quelques soucis avec sa couverture. Peu de temps après, je reçois une convocation au QG. Tentant de réfléchir aux raisons qui pouvaient justifier une convocation, je compris très rapidement qu'il ne s'agissait pas d'une requête officielle. La personne n'usait pas mon nom mais une déformation pittoresque de mon prénom. Cela me rappela que quelques jours avant, à l'hôpital, j'avais croisé M. Rastapopoulos et l'un de ses sbires qui n'avait pas voulu se présenter à moi autrement que sous le nom de Sergent K. Des informations me firent exclure la possibilité que ce soit ce Rastapopoulos qui m'ait contacté. Ne restait que cet étrange milicien. Je laissai mes affaires en Albanie avant de me rendre avec Odd au QG, curieuse de voir ce qu'ils avaient à me dire ces miliciens. Petit contrôle de routine à l'entrée, j'avais visiblement omis de retirer une arme qui semblait ne pas plaire. Un petit sourire en coin, je le rangeai dans le pick-up. Le milicien demanda à ce que je vienne seule dans le QG. Odd resta à la voiture alors que je m'éloignai avec Sergent K. Je croisai Steibeck qui ne manqua pas l'occasion d'être particulièrement lourd et déplacé. Il se dirigea vers Odd avec qui je restais en contact radio. On me demanda de monter dans une voiture. Cela ne me disait rien qui vaille. J'acceptai tout de même de monter. Nous nous éloignâmes en traversant le QG.

L'établissement longeait la côte. Sergent K stoppa la voiture pas très loin, au bord de l'eau. Encore à portée de mire du QG, environ 200 mètres. Le milicien me demanda de descendre. Je refusai catégoriquement. Le questionnant avant sur les raisons de ma convocation. Il ne voulait pas lâcher le morceau avant que je ne descende. Insistant, je parvins tout de même à avoir un début de réponse. Je m'en contentai et descendis. Des dossiers sensibles, cela ne pouvait concerner que la MS vu les récents événements. Lui exprimant explicitement le fait que je comprenais le côté officieux de ce rendez-vous, je me mis à épier le moindre mouvement suspect qui pouvait venir de lui ou des alentours. Sergent K m'ordonna de laisser toutes mes affaires dans la voiture. Toutes. Je laissai ma radio, ma montre, quelques effets personnels. Toutes. Hors de question. Jusqu'à ce qu'il me demande d'aller faire une baignade. Pour s'assurer que rien d'électronique ne vienne capter notre conversation. Je lui demandai alors de se retourner et ôtai mes affaires. Marchant vers l'eau glacée, je restai quelques longues secondes avant d'avoir son autorisation de revenir. J'attachai mes cheveux trempés et remis mes vêtements par-dessus mes sous-vêtements mouillés. Hors de question de passer une heure à me sécher, quitte à choper la crève ensuite. Il proposa de faire une petite balade et commença doucement à en venir au fait lorsque nous nous arrêtâmes près d'un cabanon. Il me convia à y entrer. Cela me fit presque rire. Mais il ne me laissait pas vraiment le choix. Le milicien semblait tenir à un maximum de discrétion. J'acceptai alors mais restai près de la porte. Être enfermée m'insupporte. Après tout ce cinéma, Sergent K tenta de parler un peu plus franchement.

Cela faisait déjà trop longtemps que j'étais hors de vue d'Odd. Il fallait que ça se termine vite. Alors que le parano de service balbutiait quelques paroles implicitement menaçantes concernant le fait que ma couverture n'était plus un secret pour certaines personnes de la milice, je l'arrêtai ; qu'il en vienne directement au fait et cesse d'arrondir les angles. On est seuls, visiblement hors de toute connexion et d'oreilles indiscrètes, rien ne sert de s'échanger des courtoisies et de prendre des pincettes. Je déteste les personnes qui ne vont pas droit au bout. C'est une perte de temps. Il finit par m'expliquer qu'il fallait que nous participions à une opération contre la Bratva au DP22. Je manquai de m'étouffer en entendant une telle facétie. Sergent K sembla étonné de ma réaction car selon lui, nous devrions être contents de pouvoir s'acharner sur des chapkas. Je lui expliquai clairement que s'en prendre à la Bratva ne pouvait que nous ravir mais que le faire aux côtés de la milice nous révulsait. Nous sommes assez grands pour taper sur qui on veut quand on veut sans qu'on ne nous tienne la main... Mais loin d'être idiots, nous ne nous en prendrons pas à la Bratva sans qu'il y ait un réel intérêt pour nous derrière. Le milicien m'expliqua que la milice ne voulait qu'une chose : Agron. Une fois qu'ils l'auraient, nous pourrions alors faire ce que bon nous semble. Il évoqua la possibilité de capturer quelques russes. Cela devenait ridicule... pourquoi prendrions-nous des russes en otage ? À croire que la milice nous prend pour de simples terroristes qui ne veulent qu'une chose : faire du mal aux autres. Non. C'est plus subtile que ça. Nous cherchons notre intérêt dans tous les domaines. Tout ce qui rapporte à nôtre Cause mérite notre attention. Capturer des russes, surtout en temps de guerre entre Bratva et milice, ne nous apporterait que des ennuis superficiels. Certes, enlever quelques chapkas pourrait nous être utile. Mais pas dans ce contexte.

Malgré mon appréhension, Sergent K m'expliqua que de toute façon, si nous refusions, il y aurait des conséquences : certains dossiers confidentiels ne le seraient plus et des enquêtes judiciaires seraient menées contre des membres de la MS. Alors que si on participe, tout serait enterré. Contre moi, ils n'avaient rien. Rien de concret en tout cas. Même si, comme déjà énoncé, ils pouvaient très bien fabriquer quelques affaires bidons qui suffiraient pour que la milice s'en prenne à moi. Je lui assurai que j'en parlerai au Loup mais qu'il devait m'expliquer ce que, concrètement, il attendait de nous. Sans se faire prier cette fois, il me donna les grandes lignes de l'opération et détailla le rôle que nous aurons à tenir lors de l'attaque. Ceci fait, nous retournâmes à la voiture et il me raccompagna à la sortie du QG où m'attendait Odd. Ce dernier était entrain de se battre avec Steibeck. Cela n'avait pas l'air d'être une attaque mais plus un concours de celui qui aurait la plus grosse... Je n'aspirais qu'à une chose : quitter les lieux. Mais visiblement notre pick-up avait subit quelques dommages. C'est donc à pieds que nous rentrâmes. Sur la route, Odd m'expliqua que Steibeck lui avait proposé un petit deal : capturer certaines personnes. Chaque tête nous rapporterait une valise de 10 millions. Cela me fit comprendre pourquoi le Sergent K insinuait que nous pourrions profiter de l'opération pour enlever quelques membres de la Bratva... L'offre devint plus alléchante tout d'un coup. Nous marchâmes longuement jusqu'à une petite baraque abandonnée où nous passâmes quelques instants hors de tout, juste lui et moi, se déconnectant de nos responsabilités le temps de quelques rêveries.

Le soir, nous fûmes contactés par la milice. Sans réponse du Loup, le Kryetar prit les choses en mains et accepta le deal. Notre opérateur fut mis en relation avec le Sergent K afin de connaître plus en détails le plan. Le milicien m'avait assuré que ses hommes ne seraient autorisés à ne tirer que sur des chapkas. Les bonnets en gorka ne devront pas être ciblés. De nôtre côté, nous ne devions pas nous en prendre à la milice et restait au maximum en retrait. Nous sortîmes l'artillerie lourde, prêts à faire une guerre que nous ne voulions pas. Sur notre position, nous rencontrâmes une DSHK russe. Tenant en joue la nôtre qui se demandait si c'était là sa dernière heure, les deux autres équipes cernèrent l'engin et un tir sur le tireur russe fit battre en retraite la DSHK. Quelques petites minutes plus tard, nous reçûmes l'ordre de nous reculer. En un éclair nous disparûmes du champ de vision. Retranché plus loin, on reçut un message de Steibeck qui nous disait de ne pas bouger, quelqu'un viendrait nous chercher. Un rictus en coin ; ces bâtards ne nous aurons pas aussi facilement. Alors qu'on demanda en quel honneur nous aurions besoin de quelqu'un pour nous rapatrier, nous commencions notre route vers une autre opération. Étrangement, aucune réponse de la part de la milice. Peut-être pensaient-ils nous prendre. Un débrief de la situation était inutile, il n'y avait aucune raison valable pour nous de les rencontrer à nouveau. Et c'était bien mieux ainsi. Si Steibeck pense pouvoir prostituer la MS pour ses intérêts, il se met le doigt dans l'œil modèle géant !

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Jeu 25 Fév - 15:02

Journal de bord
#22
Athira, Ama-Gi Anunnaki
De sombres nuages transpercent le firmament. À l'aube de notre rédemption on glisse, plus vite, plus bas, impossible de voir la fin de cette pente infinie que tout le monde emprunte. Je tiens fermement la main d'Odd, préférant noyer mon regard dans le sien plutôt que de voir les obstacles qui traversent le chemin. Par-dessus mon épaule je perçois l'ombre de Dalkhan, oppressante. Comme si sa main tenait mon bras et le serrait, plus fort, encore plus fort. Son regard est devenu vide. Et ce n'est pas le vide créé par son manque d'expression, non. Aujourd'hui, il paraît vraiment vide. Tout ce qui compte à présent, c'est la Cause. Ceux qui appliquent la volonté de Mikali ne sont plus à considérer. Seule la mission compte. L'humanité qui persistait à survivre dans les veines du Loup s'est évadée. Je veux bien croire que mon oncle a su se montré persuasif. Mais je sais aussi qu'il a choisi Dalkhan pour ce qu'il est, et non pas pour ce qu'il peut représenter. Ce sont ses actes en tant qu'être humain qui l'ont mené à cette position, non pas le fait qu'il puisse se transformer en un patin. Une coquille vide... cela me perce le cœur. Moi qui avait tant d'estime pour lui... Bien qu'avec le recul il me paraisse évident que lui et moi ça n'aurait jamais pu marché, je n'ai pas inventé ce que je pouvais ressentir pour lui. L'admiration et la reconnaissance que j'observais à son égard se dilapide peu à peu. Comme si je l'avais perdu. Comme s'il s'était perdu lui-même... Bercée par une irrépressible envie de lui donner des claques jusqu'à ce qu'il revienne à lui, je suis partagée entre le respect que je conserve et la colère qu'il m'inspire.

Nous heurtons le sol comme un poing en pleine face. Cela me réveille. Odd est à côté de moi. Nos jambes emmêlées, corps dénudés collés l'un à l'autre. J'observe son visage jusqu'à ce que ses yeux s'ouvrent peu à peu. Ces derniers jours ont été si éprouvant pour lui... Un petit moment déjà, il me posait des questions sur la religion, me demandait mon point de vue sur tout ça. Avec Daniélou qui voue un culte à l'église de Molos et les religions naissantes sur Altis, il y avait de quoi se poser quelques questions effectivement. Mais mon avis a toujours été fixe sur le sujet : les dieux ne sont que de simples consolations. Des idoles qui servent de guide à ceux qui sont incapables de trouver leur chemin tout seul ou qui n'ont personne à suivre. Autant dire que je suis plutôt fermée côté spirituel religieux. Après les actes des religieux de Nagara et des adorateurs de Nibiru, nous nous devions d'enquêter un peu sur ces cultes. Odd avait entendu parlé d'un meeting - d'une cérémonie - qui aurait lieu sur Athira. Après le travailleur retrouvé pendu sur le parvis de notre église, j'étais intriguée par les Anunnakis. Certes, nous les avions rencontrés quelques jours auparavant, mais leur histoire m'intéressait peur finalement. Ce qui comptait, c'était d'en savoir plus sur les acteurs de cette secte. Pour le coup, je ne fus pas déçue. Une belle petite conférence en direct d'Athira qui se termina en attentats mis sur le compte des adorateurs de Nagara.Nagara, déesse qui - selon le grand prêtre des adorateurs de Nibiru - serait la prostituée des dieux Anunnakis. Un véritable micmac qui semble plus se rapprocher d'une guerre de secte qui convertirait le plus d'adeptes qu'une réelle quête spirituelle. Les histoires de tablettes de Rollingstones, j'y crois moyen. A vrai dire, même pas du tout. Mais c'est un autre sujet.

En tout cas, nous avions lutté pour écouter le prêtre dégénérescent jusqu'au bout et quand survinrent les explosions, nous n'avions plus de voiture - condamnées par la milice pour l'occasion - alors les Anunnakis nous invitèrent à monter dans leur camion. Ce que nous fîmes. Il y avait également un autre civil. Ils nous demandèrent où nous souhaitions qu'ils nous déposent. Nous leur déclarâmes que nous devions rentrer sur Sofia. Conciliants, ils semblaient motivés à nous y reconduire. Mais dans le mauvais sens... Je dois avoué les avoir pris pour de sombres crétins incapables de se servir d'une carte lorsqu'ils se mirent à nous dire que les dieux Anunnakis les guidaient et qu'ainsi, ils étaient sûrs de la route qu'ils empruntaient. Hors au bout de deux kilomètres, ils quittèrent les routent et nous tournâmes pendant de longues minutes dans les campagnes de l'Ouest. Ils s'arrêtèrent à une cabane adossée à une colline. Désabusés, Odd et moi commencions, résolus, à rentrer à pieds. La marche ne nous fait pas peur après tout les kilomètres qu'on s'est tapés à pieds ces derniers temps. Soit par manque de trousse à outils, soit par manque d'essence. Mais au moment de partir, les prêtres nous encerclèrent et le grand de leur cercle ordonna à ses sbires de nous menotter. Loin de vouloir se laisser faire, nous tentons de les frapper afin de s'échapper de leurs griffes. Sortir les armes n'allait que nous attirer des ennuis et vu la morale incessante de Dalkhan quant à la condamnation de l'utilisation abusive des armes, je n'ai pas osé sortir mon Tec-9 pour les transformer en passoire. En sous-nombre, nous fûmes maîtrisés l'un après l'autre et emmenés dans la petite cabane en bois.

Le prêtre porta son attention sur Odd. Déclarant qu'il était un pêcheur de par ses paroles de tantôt sur la place d'Athira. Il lui déballa tout un charabia de gourou sectaire. Cela me fit vraiment peur sur le coup. Avec le recul, je me dis que j'ai été stupide d'être ainsi intimidée par un simple orateur. Mais la vérité est que sur le moment, l'aura qu'il dégage avait pris possession de mes émotions. Comme un présage du malheur qui s’ablaterait sur nous une fois que ce serait terminé. Il força Odd à avaler une pilule étrange. Puis une autre. Une drogue, j'ignore laquelle. Cela ressemblait plus à un médicament qu'à une drogue traditionnelle. Les prêtres quittèrent la cabane quelques instants. Odd semblait se laisser transporter dans un état second. Je n'avais de cesse de lui parler, le forcer à garder conscience. Lui parler pour qu'il se concentre sur ma voix. Ce que je disais n'avait pas d'importance, il devait juste rester conscient. Conscient, il l'était. Physiquement tout du moins. Une grande faiblesse s'empara toutefois de lui. Les prêtres revinrent vers nous et me forcèrent à me taire sous menace de sévices corporels. Devant moi, je vis Odd passer dans une sorte de transe. Il n'arrêtait pas de répéter ce que voulait lui faire dire le grand prêtre : Ama-Gi Anunnaki, une façon d'aduler les dieux selon eux. Ma voix semblait faire resurgir Odd, le faire revenir à lui, ce qui n'était pas au goût des disciples.. On me fouetta et ils prirent l'un de mes gants qu'ils m'enfoncèrent dans la bouche. Incapable de bouger, de parler, je ne pouvais qu'assister à la transe de mon aimé. Le voir ainsi hypnotisé me mettait tellement hors de moi... Mes idées n'étaient pas claires mais une chose était sûre : si je voulais qu'on sorte de là vivants, il allait falloir les laisser finir ce qu'ils étaient en train de faire. Résolue, je ne pouvais m'empêcher de culpabiliser face à mon impuissance.

Une fois qu'Odd sembla atteindre un point satisfaisant dans sa transe, le grand prêtre demanda à ce qu'on m'inocule le même traitement. Il me semble avoir avaler une pilule, m'être sentie comme... écrasée par un poids venant de toute part. La tête compressée, les muscles affaiblis. Je ne marcherai pas dans leur délire. Non. Mais la suggestion semblait si forte... cela me fit réaliser que par sa parole, le grand prêtre insufflait ses idées et prenait peu à peu possession de nos êtres. Le regardant droit dans les yeux, je répétai le schéma d'Odd, jouant le jeu. Lorsqu'il me demanda de penser très fort à un moment heureux de mon passé, tout ce qui me vint fut le visage d'Odd. J'avais si peur pour lui, pour nous, à cet instant, qu'il m'était impossible de penser à autre chose. Mon regard partait dans le vide. Je crus voir, l'espace d'un instant, le visage de ma mère, lorsqu'il parla de nos défunts. Aux dernières nouvelles - quoi qu'assez obsolètes - elle allait bien, j'ignore pourquoi c'est son visage qui m'est apparu... Mais mon esprit luttait tellement pour ne pas sombrer, mon corps œuvrait tant bien que mal pour me maintenir debout, que je ne me posais pas plus de questions que cela. Il fallait que je tienne. Et j'ai tenu. Marcher dans leur jeu nous permis de pouvoir s'en sortir indemnes - ou presque - et de revenir sur Athira. Nous sortîmes une voiture du garage et je pris le volant. Odd ne semblait pas retrouver ses idées. Je décidai d'arrêter la voiture sur Pyrgos. Nos frères se trouvaient à proximité. Je ne pouvais pas les laisser voir le Kryetar dans cet état. J'eus l'idée de l'amener vers les digues de Pyrgos pour qu'il respire un peu d'air marin. Peut-être que ça lui rafraîchira les idées. En s'avançant un peu trop près du bord, Odd tomba à l'eau. Il semblait parvenir à garder la tête hors de l'eau. Non loin, un homme pêchait. J'hurlai après lui pour qu'il vienne en aide à Odd mais il sembla jouer la sourde oreille. Je perdis Odd de vue quelques minutes, ce qui me terrifia. Mais il revint vers les berges. Visiblement revenu à lui. Je le raccompagnai jusqu'à la voiture et nous rejoignîmes nos frères.

Sur le chemin, je tentai de lui expliquer ce qui s'était passé, vu que visiblement, il n'avait aucun souvenir des dernières heures passées. Silencieux sur ce qui nous était arrivé, nous rentrâmes à Molos. Nos frères étaient désobligeants, venant d'essuyer des tirs au DP23 et au lac de sel, ils semblaient nous reprocher d'avoir été injoignables durant tout ce temps. S'ils savaient ce qu'on venait de vivre... Même l'expliquer seconde par seconde ne saurait le décrire à l'exactitude. Mais certes, nous n'avons pas pu agir en renforts auprès de nos frères. Nous avons échoué. Voir ce genre de reproches après ce que venait de subir Odd me mettait hors de moi. Je ne relevai pas plus que cela. Les laissant dans leur rancœur. Plus tôt, je fus contactée par Mediev. Ses messages n'avaient pas eu la moindre importance face à ce que je vivais, mais dés que j'eus un moment d'accalmie, je pris le temps de les lire. Il me convoquait à Sofia pour discuter d'un pick-up à mon nom retrouvé sur une scène de crime avec de la drogue. Je remerciais grassement mes frères et allai au rendez-vous avec Odd qui avait insisté pour ne pas me laisser seule. Nous réglâmes cette histoire avec Ducke Dafy et Mediev en inculpant un pauvre innocent qui s'était permis d'insulter le ministre - ou le milicien, je ne sais plus trop, mon attention n'était pas au plus haut point. Au lendemain, le Loup demanda un rapport sur ce qui c'était passé. Il y eut le rapport de la fusillade, puis il nous demanda, à Odd et moi, de nous lever, de venir face à lui et de lui faire un rapport sur notre situation au moment de l'opération. J'avais demandé à Odd de rester discret sur ce qui c'était passé, pensant avoir le temps d'en discuter avec lui à tête reposée avant que des conclusions hâtives ne soient portées et que des actions soient menées. Nous restâmes donc évasifs. TRÈS évasifs : on a assisté à la cérémonie puis les attentats ont eu lieu. Nous avons été raccompagnés par les Anunnakis et puis nous sommes rentrés avec nos frères. Ce sur quoi le Loup insista lourdement. Très lourdement : « est-ce toute la vérité ? ». Bien que je connaisse le Loup, et que je voyais dans son regard qu'il en savait plus qu'il ne le disait, je restai muette. Il est loin d'être dupe. La franchise dont j'ai l'habitude de faire preuve à son égard forçait à lui laisser croire qu'à cet instant, j'en disais trop peu pour que ce soit toute la vérité. Il nous avoua qu'un indic médecin était sur une intervention hier où il aurait entendu une femme se faire torturer. Il aurait reconnu que cette voix faisait partie de la MS. Je fermai les yeux. À la fois désabusée et reconnaissante à ce médecin pour l'intérêt qu'il porte à notre famille.

À cet instant, nous étions obligés de déballer toute ce qu'on savait. Je demandai au Loup si on pouvait en parler en privé, mais il insista sur le fait qu'il était hors de question de cacher quoi que ce soit aux frères. Cela me révoltait. J'avais tenté d'être prévenante envers Odd, ne pas balancer sa faiblesse passagère aux yeux de tous, je voulais prendre le temps de réfléchir à comment l'expliquer à Dalkhan pour éviter qu'il ne se braque contre nous, contre son Kryetar, qu'il interprète la situation de la mauvaise manière, mais visiblement il ne voulait pas de tout ça. Aucun ménagement. On doit tout partager tout le temps entre tout le monde. Sur le coup j'avais envie de lui balancer qu'à mes prochaines menstruations j'en ferais profiter à toute la famille, si des choses personnelles doivent être constamment porter au grand jour et bien soit ! Mais je n'étais pas assez stupide pour déballer de si puériles paroles. Surtout dans cette situation où malgré le rapport que je faisais, le Loup n'avait de cesse de m'interrompre, ayant du mal à réaliser le fait qu'il ait dû nous sortir les vers du nez pour avoir ce rapport. J'expliquai ce qui était arrivé à Odd, lui qui ne se souvenait pas de tout ça, sous le regard inquisiteur de Dalkhan et de tout nos frères qui profitèrent de notre faiblesse pour nous lapider en balançant tous les reproches qui leur étaient donnés de nous faire. Nos virées furent reprochées : on part sans se soucier d'eux, l'absence de Mik lorsque Dalkhan ou Odd part, le fait que je ne veuille plus me battre tous les soirs pour faire tourner le marché alors que ça fait un bon moment que tout devrait rouler tout seul et tant d'autres choses qui n'avaient pas vraiment de rapport avec le sujet de notre réprimande. Le Loup insista sur le fait que si nous avions autre chose à lui dire, il fallait le dire maintenant ou on risquait le pire s'il l'apprenait dans le futur. Je trouvais cette insistance très étrange. Parce que pour le coup, il n'y avait rien. À part notre relation, mais c'est là un lien qui s'expliquerait facilement par le fait qu'Odd est mon mentor et que nous sommes très complices. Le seul élément suspect est que nous soyons un homme et une femme et que pour tous, ce genre de lien ne peut se finir qu'au lit. Tout me rapproche d'Odd et les allégations passées de Dalkhan à notre égard font qu'il est impossible pour nos frères de faire la part des choses. Ils pensent ce qui les arrangent, sans chercher à comprendre plus loin que ce qu'ils voient. C'est peut-être ce qui m'énerve le plus : ils se contente de déduire notre relation si aisément, sans la prouver, que ça m'exaspère. Pourtant ils savent ce qu'il nous en coûterait si nous venions à être découvert. C'est alors que je compris que certains en ont strictement rien à faire de nous. D'Odd, leur kryetar, et de moi, leur sœur. Se rendre compte que l'on a si peu d'importance auprès de ceux avec qui on passe notre vie, ça fait mal. Très mal...

Comme spectatrice, j'observe mes frères se complaire dans leurs tran train tout en constatant à quel point on s'égard des valeurs que mon oncle m'a inculqué durant tout ce temps. La famille est le seul combat qui vaille la peine d'être fait. Je croyais que la famille c'était étendue à la MS. Mais visiblement, à vouloir couper tout ce qui peut nous lier, j'ai l'impression qu'ils ne sont que des pions. Et j'ai choisi de rejoindre les pions. Dois-je me perdre dans cette roue infinie qui nous force à nous oublier nous-même ? À chaque fois que je croise le regard du Loup j'ai l'impression d'éprouver une profonde mélancolie, une sorte de pitié qui je ne saurais expliquer. Peut-être parce que je ne peux m'empêcher que cela l'arrange. Qu'il se complaît dans ce vide qui l'entoure. Je donnerai beaucoup pour revoir une flamme briller dans ses yeux. Peu importe ce qui l'illuminerait. Mais qu'il soit autre chose que cette coquille sans rien à l'intérieur. Toutefois, il semblerait que ce soit peine perdue de chercher à l'ouvrir pour y découvrir la perle qui s'y cache. Cela me fait traverser une période de doutes. Il m'arrive de me questionner sur ce que Mikali attend vraiment de moi. Si je l'ai conduis à lobotomiser ainsi Dalkhan, consentira-t-il à ce que l'on attente à me vie pour refuser de me plier à la volonté du Loup ? Le distance que je prends me met de plus en plus en danger chaque jour. Les paroles de ces Anunnakis ne font que me conduire vers une idée qui a déjà osé traverser mon esprit : et si on s'en allait ? Odd et moi, si on prenait un bateau ? Si on s'éloignait ainsi de tout ? La MS nous retrouverait forcément si on restait sur Altis ou en Europe. Mais d'un autre côté, jamais Odd ne consentirait à quitter la MS. Quand bien même il se détacherait de Mikali, la mafia est tout ce qu'il connaît depuis tant de temps... C'est la vie qu'il a choisi et qu'il chérit quelque part. C'est une vie que j'affectionne également, qui m'apporte tout ce dont je pourrais rêver où le prix à payer est que je ne pourrais jamais être avec l'homme que j'aime... Lourd tribu contre lequel j'ai tellement envie de me révolter...

Même si je sais que laisser cet amour se découvrir résumerait à signer notre arrêt de mort. Si Dalkhan venait à l'apprendre, il nous réserverait probablement une sanction des plus théâtrales et cruelles. Je crois que si ce jour venait à arriver, je mettrai moi-même fin à mes jours. Ceux-ci sont comptés depuis trop longtemps. Depuis trop longtemps la malchance accélère le rythme et la chance sonne la fin. Je l'ai vu avec les Oubliés, le gouvernement, la Bratva. Peu importe la situation, je touche le fond et une main alerte me sort des pires circonstances. J'ai l'impression que quelque chose, quelqu'un, tire les ficelles et s'amuse, faisant de ma vie un véritable circuit de montagnes russes. Depuis quelques jours, je crois apercevoir la ligne d'arrivée ; un long tunnel où respirer n'est plus nécessaire. Où l'on s'estompe à petit feu vers le néant. En attendant ce jour, je veux me battre pour Odd. Ces Anunnakis ne l'auront jamais tant que je serais en vie. Jamais. Panpan m'expliqua qu'il fallait éviter les drogues. Il a trouvé un message derrière l'église de Molos. Sûrement laissé lorsqu'ils ont pendu le travailleur. Dessus, il était inscrit : « Anti-drogues, Panpan ». Il m'expliqua qu'avec l'absence de Nina, ses déboires avaient pris une grande importance, et même si je lui avais fait comprendre qu'il devait cesser ces conneries, qu'il avait tout arrêté, le fait qu'il était visé dans ce message ne devait pas être un hasard. Je trouvais tout cela très bancal, incompréhensible, mais au vu de la situation, ce n'était pas l'élément le plus aberrant qui nous était donné de voir. En tout cas, Panpan me déclara qu'il fallait éviter de consommer toute sorte de drogue, quelle soit dure ou douce. Ça n'allait pas être un problème pour moi. Mais il faudrait faire attention à Odd. Il a tendance à consommer de temps à autres. C'est pourquoi, le lendemain, lorsque je vis Sanov à la ZUP, je lui demandai de faire attention à ce qu'il ne vende plus rien à Odd. Même de l'herbe. Couvrant cela par le fait que je m'inquiétais de voir sa consommation augmenter ses derniers temps, quand bien même ce soit pure fabulation. Compréhensif, il me promit de faire attention.

En ce moment plus que n'importe quand, Odd a besoin de moi comme j'ai eu besoin de lui lorsque j'étais dépendante de la drogue. Ceci vient en contradiction totale avec le fait que; pour sauver notre peau, nous devons nous montrer plus distants. Allez vous faire foutre. Je ne laisserai pas Odd plonger sans tout faire pour l'aider, l'épauler. Tout cela me rend malade... Je ne me sens pas en grande forme ces derniers jours. Un contre-coup de la cérémonie bizarre des Anunnakis ? Peut-être. Cependant, je m'efforce de rester forte pour lui. Pour la famille même si je me montre de plus en plus sarcastique et désobligeante. La gentille Saoreen semble me quitter peu à peu. Je ne réagis plus selon ce que l'on me dicte, mais selon ce qui me semble juste. Tentant de prendre en compte les ordres et consignes qui me paraissent légitimes, laissant les autres dériver à la mer. Je ne veux agir que dans le sens commun dans le respect des individualités. Que l'on ne doit pas un seul et même esprit avançant sur une même ligne, mais un esprit qui se décompose pour progresser en échelons vers le même point final. C'est par les branches qu'un arbre est grand, pas seulement le tronc. La MS est un arbre. Même si certaines branches sont plus grosses que d'autres, si il y en a des toutes biscornues et des droites, elles font toute partie de celui-ci. C'est en restant nous-mêmes, en acceptant nos différences et en cultivant notre sens commun que l'on assoit cette suprématie. Même que certaines branches pourtant coupées, paraissent pouvoir se rattacher... Quand je vois qu'Osmani a déserté la MS et que, par la force des choses, il l'a réintégrée en cachant sa lâcheté à ses frères, que maintenant, vérité dénudée, il n'a aucune culpabilité, aucun regret, qu'aucune rancune ne lui est retenue, je me dis que tout peut être possible. Ce que je partage avec Odd ne remet pas en cause notre loyauté, n'affecte pas notre efficacité (d'ailleurs bien au contraire la renforce), mais à côté la désertion est si aisément pardonnée. Tout cela me paraît si absurde que je commence à douter sur bien des choses, sauf sur mes choix.

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Dim 27 Mar - 9:46

Journal de bord
#23
Shqiptar, l'ère nouvelle
L'état d'Odd me préoccupait de plus en plus. Je tachais de ne pas montrer mon inquiétude afin de ne pas attiser les craintes qu'il observait face aux récents événements. On trouvera un moyen de le libérer de cette emprise qu'ont les Anunnakis sur lui. L'un des adeptes de ce culte de dégénérés nous a laissé entendre qu'il existait une tablette qui permettrait de libérer Odd. Au début, je n'y croyais pas. Toutefois, devant mon impuissance face à l'état du kryetar, je me mis à vouloir y croire. Accorder du crédit à cette histoire de tablette c'est donner raison à ces fanatiques... Nous avons tenté à plusieurs reprises de récupérer cette tablette, mais nos tentatives furent vaines... Alors je me remis en question : est-ce qu'une incantation farfelue libérerait vraiment Odd ? Plus les jours avancent et moins j'y crois. À mon sens, le seul moyen de casser cette emprise était de l'éloigner de ce culte. Dés lors que je pense retraite, je me vois sur les routes vers nul part. Mais Cela faisait quelques temps que j'avais tissé une relation avec la communauté des Jardins d'Alberta Rivière. Paul Rivière organisait quelques séances de méditation qui, bien qu'inefficaces sur moi, pourrait peut-être aider Odd à se sentir un peu mieux, ou tout du moins lui permettre de penser à autre chose le temps d'une séance.

Prétextant une petite virée pour collecter quelques informations, j'ai emmené Odd dans la ville où la communauté avait obtenu l'autorisation de s'installer. Je m'y étais déjà rendue avec Madou lors de leur tombola d'inauguration. Quand nous sommes arrivés, nous avons chaleureusement et sereinement été accueilli par les résidents. Nous fûmes invités à visiter les jardins. Le comportement des visiteurs était pour le moins... déroutant. Odd semblait se prendre au jeu tandis que je restais à l'écart, aux aguets. D'une parce que je n'aime pas particulièrement les fleurs, et de deux, parce que tout ça me laissait perplexe. Une séance de méditation eu lieu avant qu'un repas nous soit généreusement offert par Gilbert. À la suite de ce repas, on nous parla du gourou. Celui qui aurait insufflé aux résidents ce désir de sérénité. Curieuse, j'acceptai de rencontrer cette personne. Quelques visiteurs, Odd et moi-même nous joignîmes au cortège des résidents allant à la rencontre de ce mystérieux personnage. C'est sur les côtes rocailleuses que nous vîmes Goar. Cet homme proposa de nous octroyer la clé de la sérénité. Des touristes aux abords de Molos m'en avait parlé il y a plusieurs jours de cela. Intriguée, alors qu'Odd se mit à l'écart, j'acceptai de recevoir cette clé. Lorsque je la consommai, tout mon environnement sembla se distordre. Aussi bien ce qui m'entourait que ma perception du temps. Je me sentis soudainement happée par un milliers de caresses, lovée dans une bulle où je me sentais en sécurité, en confiance avec les autres, en symbiose avec le monde...

Mes souvenirs sont troublés, mais je me souviens de m'être réveillée à l'arrière du pick-up. Odd conduisait en direction de l'hôpital. Il jurait que j'avais pris quelque chose, de la drogue. Je me braquai et lui jurai par tout ce en quoi je pouvais croire que je n'avais rien consommé d'illicite. Ma dernière bouteilles de moonshine commençait à dater et ça avait été la première depuis ma rémission. Hors de question pour moi de retoucher aux drogues. Ce manque de confiance me blessait, mais je savais que s'il s'entêtait à ce point, c'était pour mon bien. Parfois j'en viens à regretter son côté surprotecteur... Le médecin Koche vint à ma rencontre afin de savoir ce qui m'était arrivé. Je niais toute maladie, mis à part quelques rhumatismes et quelques nausées sûrement dus au trajet à l'arrière du pick-up, je n'avais rien. La fatigue me donnait sûrement mauvaise mine et cette impression de décalage avec ce qui m'entourait, mais ce n'était rien de grave. Odd insista néanmoins sur le fait que j'avais consommé de la drogue. Une prise de sang fut alors faite. Nous attendions patiemment les résultats, lui pour me prouver que je n'étais pas clean et moi pour lui prouver le contraire. Quand le médecin revint, il souligna la présence de substances illicites dans mon sang. Il ajouta également que j'attendais un heureux événement. La nouvelle me foudroya sur place. C'est une révélation qui sembla ricocher également sur Odd qui demanda à ce que le médecin refasse les tests, qu'il devait s'agir d'une erreur. Cela me rassurerait que ce soit une erreur. Qu'une telle chose puisse m'arriver me semblait tellement invraisemblable... Malheureusement, les tests confirmaient que j'étais enceinte. À cet instant, j'aurais aimé qu'Odd me retienne, m'empêche d'avoir cette impression de tomber car le sol se dérobait sous mes pieds, me projetant dans des abîmes que je ne voulais explorer.

Une fois rentrés chez nous, tout me parut différent. Odd semblait vouloir gérer la situation dans son coin, s'oubliant dans ses responsabilités envers la mafia Shqiptar. D'un œil objectif, c'est ce qu'il y avait de mieux à faire, de plus sage. Il fallait avant tout rester focalisé sur la Cause, sur notre mission. Mais le poids de ma culpabilité me rongeait tellement... Je n'étais plus à ce que je faisais. Le médecin avait mis un compte à rebours au-dessus de ma tête comme une épée de Damoclès. Chaque nuit j'en faisais des cauchemars... Que ce soit dans le sens où je me séparais de l'enfant ou dans le sens où mes frères viendraient à le découvrir. Cela me donna des insomnies où je commençais à imaginer toutes les scénarios, même les plus incongrus. Je parvins à avoir quelques brèves conversations sur le sujet avec Odd, mais il semblait vouloir rester détaché. Sûrement parce que pour lui il n'y avait pas d'autre solution que de se séparer du bébé. Je ne pouvais pas lui en vouloir malgré la colère que cela avait tendance à provoquer chez moi. Dés lors que j'effleurais mon ventre de mes doigts, je prenais conscience de ce que pouvait devenir cet enfant. Mais une fois ma AK dans les mains, je réalisais que rien de bon n'était à prévoir pour lui. J'oscillais entre le pour et le contre. Entre le pragmatisme et les principes que mon oncle avait mis dans de temps à me faire adopter... Autant il conditionnait ses hommes pour être de véritables robots pantins, autant il m'avait toujours bercée de paroles concernant la pérennité et l'importance de la famille, que le sang était tout ce qui importait réellement. Hors de question d'abandonner son propre sang...

C'est alors que la guerre éclata. L'indépendance du Nord-Est Albanais était déclarée. Avec toutes les choses qui en découlaient. Alors que je menais une lutte pour me nuire et m'empêcher de m'intéresser à mon problème, Nous essuyons des assauts lourdement armés, en tenue de guerre la moitié du temps, au contact des civils de l'autre. J'étais émerveillée par l'engouement que nôtre Cause provoquait chez les citoyens. Cela me donnait un souffle neuf, me remplissait d'optimisme face à notre entreprise. Malgré les embargos et la lutte perpétuelle de la milice pour nous confiner dans notre coin, des clandestins traversent le no man's land chaque jour pour faire leurs affaires. Les travailleurs n'ont que faire des taxes de péage imposées par le bras armé de Ducreux. Tout le Nord-Est transpire la solidarité et la fraternité. Chaque civil se dit albanais et fier de l'être. Les viva Kalia fusent autant que les mirëdita et mirupafshim au milieu des véhicules rouges et noirs. Le marché des bonnets ne s'est jamais aussi bien porté ! Ces choses avaient beau être des lois imposées, les civils semblaient heureux de les suivre. L'exemple le plus concret est la loi Panpan : roulons à gauche. Les médecins ont interdiction d'opérer dans le Nord-Est. Mais cela n'a pas découragé les plus vaillants qui, malgré la peine de mort encourue, se battent pour remplir leur mission : venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Altos ou albanais.

J'étais en contact avec Najib Scelerat. Cet ancien employé mais aussi ami, m'aidait énormément. Que ce soit dans ses informations ou le soutien qu'il m'apportait. C'est vers lui que je me tournai pour mon problème. Nous parvînmes à nous rencontrer pour discuter des solutions possibles. Au stade de ma grossesse, tout était encore possible. Je lui expliquai les raisons qui me menaient à choisir l'avortement. Il ne fut pas difficile à convaincre, surtout vu les temps qui courent. Lui en parler, et de façon concrète, avait fini par me persuader que c'était ce que je souhaitais, quand bien même cela allait à l'encontre de ma conscience. Je savais que je garderais de tout cela des séquelles. Non pas physiques, ça j'en ai que faire, mais psychologiques. En mon for intérieur, je savais que cette décision me pèserait tout au long de ma vie. Plus les jours avançaient sur l'échéancier, plus je me voulais me rapprocher d'Odd. Entre la guerre qui sévissait et cette histoire, mon seul désir était d'être avec lui quoi qu'il m'en coûte. Je vivais chaque séparation comme la dernière, me demandant constamment si tout se passait bien pour lui. Malgré cela, j'arrivais à m'oublier et faire passer la Cause avant mes états d'âme, prête à prendre des risques inconsidérés pour Kalia. Il en valait pour preuve ce jour où nous avions capturé le général Matembo, ce dégénéré. Je laissai ma place dans le humvee pour que mes frères l'embarquent sur Molos. Par chance, ce jour-là, l'un de mes informateurs, Lucien Latranche, vadrouillait pour retranscrire le plus d'informations possibles. Il croisa ma route et grâce à lui, je pus m'extraire rapidement.

La capture de ce général allait, pour nous, signer une véritable victoire sur la milice. On le questionna, le tortura. Nous enregistrâmes une vidéo dans laquelle il déclarait son entier dévouement aux albanais. Un dossier bien compromettant dont le Loup saurait se servir à bon escient dans la guerre de propagande et de désinformation qui opérait actuellement sur l'île. Ce soir-là, les Bobs avaient organisé tout un marché où avaient afflué un bon nombre de civils venant aussi bien de l'Est que de l'Ouest. Alors que des frères se retrouvaient assignés à la circulation pour éviter que tout véhicule non autorisé ne traverse notre chère capitale, Osmani arrêta une oreille trop curieuse. Un vieillard qui disait avoir entendu les appels à l'aide du général et qui aurait voulu lui venir en aide. Au mauvais endroit au mauvais moment, on mit des habits de prisonnier et un sac noir à cet homme. La milice était en route pour récupérer son général. Kowalski s'occupait à les trimbaler de droite à gauche pour finalement leur dire de venir récupérer le colis à l'aéroport de Molos. Nous nous positionnâmes le temps qu'ils arrivent. L'hélicoptère finit par arriver. Comme convenu, un unique milicien venait récupérer le général. Ce dernier fut apporté à l'aéroport et donné au milicien. Après quoi notre unité s'empressa de partir en pressant l'hélicoptère pour pas qu'il reste trop longtemps sur nos terres. C'est une fois l'escouade sur le départ que le milicien se rendit compte qu'il ne s'agissait aucunement du général Matembo mais d'un vieillard sans valeur. Le décisionnaire de la milice en fonction reçu nos nouvelles conditions : un remboursement, au moins en partie, du compte à la GNB qui nous a été enlevé. Après une attente longue et fastidieuse, la milice annonça son accord. Peut-être pensaient-ils pouvoir gagner du temps pour déployer un plan d'attaque sur nous, ou peut-être qu'ils voulaient rassembler l'argent en liquide, mais au final c'est un messager en BTR qui arriva aux portes de Molos. Il veilla à ce que le virement soit bien reçu de notre part avant de repartir avec son général. Après ce jour, nous nous doutions que plus aucun retour arrière ne serait possible et que la milice s'assurerait personnellement que notre vie devienne un enfer.

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MessageSujet: Re: Journal de Saoreen Menotios   Dim 27 Mar - 12:36

Journal de bord
#24
Shqiptar, viva Kalia !
On pourrait croire que c'est facile, que cela ne nous coûte rien. Beaucoup de frères luttent sans relâche afin d'assurer la pleine indépendance du Nord-Est. Nous faisons un travail aussi bien armé que psychologique. Les guerres d'idéologie s’immiscent dans les foyers de toute l'île. Un climat de guerre froide s'installe peu à peu alors qu'à la limite de nos terres, les DSHK peinent à se regarder droit dans les yeux sans s'entre-tuer. Les attaques incessantes affaiblissent nos forces. Nous avons les moyens de vaincre, d'avoir la mainmise sur Altis pour Kalia, mais alors que le Loup cherche à entamer des négociations afin de trouver un équilibre économique pour que l'argent rentre dans les bonnes poches. Les perspectives sont immenses, mais elles demandent un niveau réflexion que le Président Ducreux ne semble pas prêt à expérimenter... Au lieu d'étudier les avantages que nos deux camps peuvent tirer de cette situation, il envoie ses sbires en beige pour nous assaillir jour après jour. Malgré leurs défaites, ils reviennent, obtenant leurs victoires. Mais nous nous sommes toujours relevés, déterminés à en finir avec cette guerre. Ce n'est pas notre but ; la guerre. Notre seul désir est de prendre le contrôle du territoire pour asseoir la suprématie de Kalia à travers l'île et faire proliférer le business. Ce conflit direct était un mal nécessaire, mais sa durée aura fini par avoir raison de nous... Alors qu'Odd et moi avons décidé de s'éloigner deux jours, la milice passa sur Molos et ravagea tout ce qui s'y trouvait.

À notre retour, tout semblait normal. Mais aux abords de la capital, il y avait plus des airs de zone de tests d'obus que de fête albanaise... Nous nous fîmes arrêter par des Anunnakis. Leur présence ici me paraissait n'être qu'une hallucination. Malheureusement, ce n'était pas le cas. Ils nous prirent à partie et nous expliquèrent comment ils avaient fini le travail de la milice en tuant les derniers survivants de la ville. Ma colère ne pouvait s'exprimer tant la tristesse et la rage me tiraillaient. J'aurais aimé les tuer un à un, les faire souffrir comme des chiens, qu'ils payent pour tout ce qu'on a enduré. Mais nous n'étions que deux face à leur armée d'Inana... Alors nous nous contentâmes d'obtempérer sagement. Ils pillèrent ce qui restait de nos maisons et on leur acheta notre vie. Une valise en échange d'un allé simple vers partout sauf Altis. Arrivés à l'aéroport, Odd sortit un avion et nous décollions vers le grand Est. À l'approche de Molos, Odd me dit qu'il avait un cadeau pour moi, me promettant que jamais je n'en verrai de pareil. Sais-tu ce qui me gêne le plus dans tout ça Numerius ? Dit-il à la radio. Non, dis-moi, répondit le haut-parleur de la courte portée. C'est que vous n'avez pas fait toc toc. Ah, et comment fait-on toc toc ? Comme ça. Lorsque l'on survola cette ville qui fut bien plus que notre maison, des explosions retentir de partout. Cela aurait dû m'attrister, voir ainsi cette ville chargée d'histoire ravagée par les mines. Mais l'effet était inverse ; j'étais contente de voir que pour avoir Molos, les Anunnakis allaient devoir œuvrer. Le fait qu'ils ne puissent pas squatter impunément notre capitale et qu'à chaque nouveau pas ils se demandent si ça ne va pas exploser, c'est plaisant. Alors que les chevaliers nana se préparent à une battue pour nous retrouver, nous entendons la voix de Numerius grésillante dire à ses hommes que cela ne servait à rien, que nous étions déjà loin. Dans un dernier viva Kalia, nous décidâmes d'une direction à suivre sans s'arrêter afin de vivre loin de la mafia, loin de l'Albanie, juste nous deux et l'enfant à naître.

C'est ainsi que les derniers rescapés de la mafia Shqiptar s'en sont allés, ébranlant une dernière fois Altis.


Viva Kalia vellai im,
viva Kalia !


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